Burkina/Flambée des prix des condiments : Entre retard des pluies et difficultés d’approvisionnement, vendeuses, restauratrices et ménagères à bout de souffle

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Au marché de Toécin, les étals ne désemplissent pas. Pourtant, les clientes repartent souvent avec des paniers à moitié remplis. Tomates, piments, choux, feuilles et autres condiments indispensables à la préparation des repas sont devenus hors de prix. Face à cette flambée des prix des denrées alimentaires, une équipe de Lefaso.net s’est rendue sur les lieux et a pu s’entretenir avec des commerçantes, des consommatrices, des restauratrices et des maraîchères afin de comprendre les causes de cette situation et ses répercussions sur leur quotidien. Toutes sont unanimes, les difficultés de production dues notamment au manque d’eau, la rareté des produits et difficultés d’approvisionnement, en sont les principales causes.

Parmi ces vendeuses, il y a Aminata Maïga, vendeuse d’épices au marché de Toécin. Pour elle, les condiments se font rares, d’où la flambée des prix. « C’est l’indisponibilité des condiments qui rend les prix chers. Pour dire vrai, nous qui sommes actuellement au marché, nous faisons pitié. Nous n’arrivons plus à faire de bénéfices. Pourtant, c’est sur ces bénéfices que nous comptons pour avoir de quoi nous mettre sous la dent. En dehors de la vente de condiments, nous n’avons pas d’autre travail », confie-t-elle.

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La commerçante explique que, faute de moyens, elle est souvent contrainte de s’approvisionner à crédit. « Nous prenons souvent nos produits à crédit. Le lendemain, même si nous n’avons pas encore remboursé la précédente dette, nous sommes obligées de reprendre encore des marchandises à crédit. Sinon, nous n’aurons rien à vendre et rien à manger », révèle-t-elle.

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« Pour dire vrai, nous qui sommes actuellement au marché, nous faisons pitié. Nous n’arrivons plus à faire de bénéfices », confie Aminata Maïga, vendeuse d’épices au marché de Toécin

Selon elle, cette situation touche particulièrement les femmes. « Les femmes ont aujourd’hui plus de difficultés que les hommes. S’endetter chaque jour pour vendre et ne même pas avoir de quoi nourrir sa famille est très difficile. Si les autorités peuvent faire quelque chose pour nous soulager, qu’elles le fassent », espère-t-elle.
Aminata Maïga évoque également les difficultés d’approvisionnement, qu’elle attribue notamment à la baisse de la production. « Les condiments venaient des barrages et de la brousse. Mais aujourd’hui, nos fournisseurs disent qu’il n’y en a plus. On se demande si ce n’est pas lié au fait que les producteurs ne peuvent plus cultiver comme avant à cause de l’insécurité. Quand les produits arrivent, ils sont tellement chers que nous avons du mal à les écouler », dit-elle.

Même constat chez une autre vendeuse de condiments qui préfère garder l’anonymat. Pour elle, les prix actuels rendent quasiment impossible toute rentabilité. « Le prix auquel nous vendons actuellement ne nous avantage pas. Nous n’avons pas d’autres sources de revenus. Il ne pleut pas, donc il n’y a pas de condiments. Quand nous achetons pour revendre, nous avons déjà du mal à récupérer notre investissement, sans parler de faire un bénéfice », explique-t-elle.

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Un chou vendu à 200 FCFA au marché de Toécin

Elle attribue principalement cette flambée au déficit pluviométrique. « À cette période, normalement, nous devrions avoir beaucoup de condiments grâce aux pluies. Mais cette année, il n’a presque pas plu. Le sac de chou coûte aujourd’hui 47 500 francs CFA et celui du piment atteint 135 000 francs CFA. Avant, le sac de piment ne dépassait pas 15 000 à 20 000 francs CFA et celui du chou variait entre 25 000 et 30 000 francs CFA. À combien allons-nous revendre cela pour réaliser un bénéfice ? Habituellement, ces hausses ne durent pas longtemps. Cette année, elles se prolongent à cause du manque de pluie », regrette-t-elle.

Cette hausse des prix se répercute directement sur les ménages. Venue faire ses courses, Fatimata Ouédraogo/Ganamé, dit éprouver de plus en plus de difficultés à nourrir sa famille. « Les condiments sont vraiment très chers et, en plus, ils sont rares. On n’en trouve même pas facilement. Avec 3 000 francs CFA, il faut acheter la viande, les condiments et tout le reste. Actuellement, la tomate est tellement chère, tout comme les autres aliments. Ce n’est pas facile, mais on fait avec », soutient-elle.

Tout comme la vendeuse de condiments, elle impute cette situation au manque de pluie. « La saison est difficile. Comme il ne pleut pas, les cultures maraîchères sont ralenties », a-t-elle ajouté.
Du côté des restaurateurs, pas d’exception, ils subissent également les conséquences de cette flambée. Restauratrice depuis 2013, Chantal Woba tente de maintenir ses prix malgré l’augmentation continue du coût des intrants.

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Le principal obstacle au niveau de la production reste le manque d’eau selon les maraîchers

« En tout cas, c’est dur pour nous. Ce qu’on achetait à 100 francs coûte maintenant 200 ou 250 francs. Vous voyez bien qu’on ne peut pas s’en sortir. Augmenter le prix des repas n’est pas une option facile car les clients se plaignent déjà énormément. Même si tu augmentes seulement de cinq francs, ils trouvent que c’est trop. Jusqu’à présent, je n’ai pas augmenté mes prix, mais je suis en train de réfléchir parce que ça devient très difficile. Avant, j’allais m’approvisionner à Tanghin. Mais avec les travaux autour du barrage, il n’y a plus rien. La quantité de feuilles que je payais à 5 000 francs CFA coûte aujourd’hui 12 500 francs CFA », a-t-elle fait savoir.

À la base de toute cette chaîne d’approvisionnement, les maraîchères peinent elles aussi à produire. Installée sur un site attribué par la mairie depuis deux ans, Alizèta Zébré et ses coéquipières expliquent que le principal obstacle reste le manque d’eau.

« Cela fait deux ans que nous sommes sur cet espace, mais nous sommes toujours dans la souffrance. Notre seul souci, c’est le manque d’eau. Nous avons des forages, mais l’eau ne vient pas. Et lorsqu’elle arrive, la quantité est insuffisante », raconte-t-elle avant de poursuivre « C’est à cause du manque d’eau que nous n’arrivons plus à produire. Depuis qu’on nous a attribué ce site, nous n’avons tiré aucun bénéfice. Nous sommes dans la souffrance totale ».

Des maraîchers jusqu’aux marchés, en passant par les restaurants et les ménages, tous les acteurs rencontrés dressent le même constat à savoir la raréfaction des condiments, aggravée par le déficit en eau et les difficultés de production, qui entraînent une hausse généralisée des prix. Tandis que certains appellent au retour de la paix afin de permettre la reprise des activités agricoles dans les zones affectées par l’insécurité, d’autres fondent leurs espoirs sur l’installation effective de la saison des pluies, indispensable à la relance des cultures maraîchères.

Hanifa Koussoubé
Anita Zongo
Wassila Rouamba (stagiaire)
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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