
Porté au pouvoir par un immense espoir populaire, le tandem Bassirou Diomaye Faye–Ousmane Sonko semble aujourd’hui confronté à des tensions qui alimentent les spéculations. À travers cette tribune, l’auteur invite les deux principales figures du PASTEF à préserver leur unité afin que les ambitions personnelles ne compromettent pas les attentes suscitées par l’alternance politique au Sénégal.
Pendant des années, les Sénégalais ont caressé un rêve. Celui d’un nouveau départ, sans querelles de personnes, sans calculs politiques à deux balles, sans ces pratiques qui finissaient par saouler tout le monde. Ce rêve avait un nom : le changement. Et ce changement, il avait un visage, un duo qu’on pensait inséparable : le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.
Quand ils sont enfin arrivés au pouvoir, après un long combat contre le régime de Macky Sall, l’espoir était énorme. Pour des millions de Sénégalais, ils incarnaient la victoire de la ténacité, la force du peuple qui finit par avoir le dernier mot. On les voyait comme deux mecs animés par la même vision, unis par la même ambition : reconstruire l’État, redonner confiance, remettre le Sénégal sur le droit chemin. Mais le pouvoir, c’est souvent le moment où les failles qu’on cachait dans l’opposition finissent par apparaître au grand jour.
Avec les mois, les petites divergences de ton, les déclarations qui ne collent pas toujours, les commentaires qui laissent entendre qu’une rivalité grandit… tout ça a fini par installer un climat de doute. Aujourd’hui, les observateurs se demandent si le tandem est vraiment aussi solide qu’il en avait l’air, ce tandem qui faisait pourtant la force du projet politique du PASTEF.
Quand les fissures du pouvoir ébranlent l’espérance populaire
Ce qui inquiète, ce n’est pas juste qu’il y ait des divergences. Dans toutes les démocraties, c’est normal. Non, ce qui gêne vraiment, c’est cette impression que les rapports de force internes risquent de prendre le pas sur ce qui compte vraiment pour le pays.
Pourtant, le Sénégal traverse une période difficile. Les défis économiques sont énormes. Le coût de la vie plombe les ménages. Les jeunes ont des attentes énormes. Les investisseurs regardent la stabilité politique de près. Les partenaires internationaux surveillent la cohérence du gouvernement. Dans ce contexte, chaque énergie gaspillée dans des rivalités internes, c’est de l’énergie en moins pour les urgences du pays.
Les militants du PASTEF sont sûrement les premiers à sentir cette désillusion. Ceux qui ont encaissé les épreuves, les arrestations, les manifestations, les longues années d’opposition… ils n’avaient pas rêvé d’un pouvoir bouffé par des tensions internes. Ils espéraient une équipe soudée, capable de transformer en actes les promesses qui avaient fait vibrer toute une génération.
Quand deux figures qui portaient ensemble l’espoir semblent aujourd’hui prendre des chemins différents, c’est toute une base militante qui se retrouve perdue. Certains parlent de simple divergence stratégique. D’autres craignent une vraie fracture. Dans tous les cas, le doute s’installe là où il y avait une confiance presque absolue.
L’intérêt supérieur de la nation à l’épreuve des ambitions et des ego
L’histoire politique africaine nous rappelle pourtant une leçon : beaucoup de mouvements qui ont gagné dans l’opposition se sont fragilisés une fois au pouvoir. Les alliances forgées dans l’adversité tiennent parfois mal quand arrivent les questions de leadership, d’influence, de priorités.
Le vrai ennemi d’un gouvernement issu d’une alternance historique, ce n’est pas toujours l’opposition. Parfois, c’est la tentation de laisser les ambitions personnelles, réelles ou supposées, prendre le dessus sur l’esprit collectif qui a permis la victoire.
Les Sénégalais, eux, attendent autre chose. Ils veulent des réformes concrètes, un meilleur pouvoir d’achat, plus d’emplois, une école qui marche, une justice crédible, une administration efficace, une gouvernance exemplaire. Ils veulent que les promesses de rupture deviennent réalité. L’histoire retiendra moins les rivalités entre dirigeants que les résultats pour le peuple.
C’est pourquoi le moment appelle à la responsabilité plutôt qu’à la confrontation, au dialogue plutôt qu’à l’affirmation des ego. Le capital politique exceptionnel dont disposent Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, c’est un héritage précieux, construit au prix de sacrifices de milliers de militants et de citoyens. Le préserver, c’est un devoir politique et moral.
Parce qu’une victoire électorale peut créer de l’espoir. Mais seule une gouvernance unie, lucide et tournée vers l’intérêt général permet de transformer cet espoir en progrès durable. Le Sénégal mérite que les promesses de l’alternance l’emportent sur les divisions du pouvoir. C’est à ce prix que le rêve porté hier par tout un peuple ne deviendra pas une désillusion historique.
Bodoin Agapi FOLANÉ
