Université Thomas Sankara : Salifou Taïta décroche le Master 2 recherche en levant l’ancre sur le rôle des leaders coutumiers pendant la transition de 2014 à 2015

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Pour couronner son Master 2 recherche en sciences politiques de l’université Thomas Sankara, le candidat Salifou Taïta a fait le choix de mener son étude autour d’un thème à la fois « d’actualité et crucial » : « Rôle des leaders coutumiers au Burkina Faso pendant la transition de 2014 à 2015 : cas du Mogho-Naaba ». Le jeudi 16 juillet 2026, l’étudiant a défendu avec brio son mémoire devant un jury présidé par Pr Magloire Somé, Pr d’histoire religieuse contemporaine.

Pour situer le contexte, le candidat a convoqué en août 1983, avec le coup d’État des capitaines, qui a vu l’instauration d’un régime qui prendra tragiquement fin en octobre 1987 avec l’assassinat du président Thomas Sankara. Le nouveau pouvoir, poursuit-il, dirigé par le président Blaise Compaoré, après plus de trois ans d’État d’exception, consent à renouer avec le processus démocratique, en faisant adopter une nouvelle constitution le 2 juin 1991.

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« Après quatre mandats, face à la volonté du président Blaise Compaoré de sauter le verrou constitutionnel de la limitation des mandats présidentiels, notamment l’article 37 de la Constitution de 1991, qui ne lui permettait pas de se représenter pour un troisième mandat, l’opposition politique et les organisations de la société civile lancent un appel à la résistance citoyenne. L’action de subversion enclenchée débouche sur le soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014, contraignant le président Compaoré à la démission. Cette démission conduit à la mise en place d’une transition politique civile », déroule M. Taïta.

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Salifou Taïta a témoigné ses reconnaissances à l’ensemble de tous ceux qui l’ont soutenu dans cette période studieuse.

La mise en place et la conduite de cette transition, considérée comme une « démilitarisation paradoxale » du pouvoir politique (Sampana, 2015), dit le candidat, ont connu des soubresauts que l’implication des chefs coutumiers et traditionnels, notamment celle du Mogho-Naaba et des leaders religieux, a permis de juguler.
« Pourtant, dans l’histoire du pays, le magistère de ces chefs traditionnels a par moments été remis en cause et ils ont souvent été écartés de la scène politique. Par exemple, le premier président Maurice Yaméogo et le président du Conseil national de la révolution Thomas Sankara ont lutté contre ces autorités dans le but de réduire leur influence. Ces décisions et postures ont momentanément mis en veilleuse l’activisme politique des chefs traditionnels, mais le régime du président Blaise Compaoré, en son temps, les a remis plus ou moins en selle, en les sollicitant régulièrement pour les solutions de sortie de crise. Alors que l’on pouvait penser que ces acteurs sombreraient après la chute de Blaise Compaoré en 2014, ils ont repris du service dans l’arène politique de façon officieuse, mais intensive. Ainsi, les jours qui ont suivi la chute de Blaise Compaoré, sa Majesté le Moogho-Naaba Baongo a joué un rôle très important. Hommes politiques et militaires sont fréquemment allés chercher conseil auprès de celui-ci (International Crisis Group, 2015). Il était alors devenu une autorité incontournable dont l’onction était nécessaire pour prétendre jouer un rôle politique durant cette période, passant ainsi d’acteur de l’ombre à acteur visible sur la scène politique. Cela pose encore la problématique générale de la participation des chefs traditionnels dans la gestion publique et étatique. Plus spécifiquement, celle de leur influence souterraine ou visible sur les pouvoirs publics. Au-delà de cette position de principe, c’est la reviviscence de la chefferie coutumière et traditionnelle dans l’État moderne qui nous interroge. En considérant la période de la transition qui a connu beaucoup de remous, l’ensemble des autorités coutumières et religieuses, et particulièrement le Mogho-Naaba, ont joué un rôle majeur dans la gestion des crises qui sont survenues. Cela suggère à l’esprit une question majeure : qu’est-ce qui explique le recours aux leaders coutumiers et religieux et surtout au Mogho-Naaba, ainsi que la relative réussite de leur intermédiation dans la gestion des crises politiques de la transition ? C’est pour répondre à cette question que nous avons choisi de nous intéresser au sujet suivant : le rôle des leaders coutumiers au Burkina Faso pendant la période de la transition de 2014 à 2015 : cas du Mogho-Naaba », pose Salifou Taïta, estimant, par rapport au choix du thème, que les sciences nécessitent le courage à tout point de vue. C’est dans cet esprit qu’il dit appréhender son travail comme une « modeste contribution » à l’évolution de la science politique.

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De gauche vers la droite : Dr Windata Miki Zongo, Pr Magloire Somé, l’impétrant Salifou Taïta, et Julien Natielsé.

Sur le plan méthodologique, le candidat indique avoir fait le choix de la méthode qualitative, en raison du caractère complexe du microcosme politique sous la transition, que de simples questionnaires ne sauraient permettre d’appréhender de façon systémique. Les outils de collecte des données sont principalement des guides d’entretiens libres et semi-directifs avec les protagonistes des crises politiques, des acteurs de la médiation et des acteurs de la société civile. Il s’est également appuyé sur des ouvrages, des articles scientifiques et ce qu’il a qualifié de « littérature grise », c’est-à-dire des études, des rapports et des discours sur le sujet.

« Cette étude, par-delà les insuffisances méthodologiques qu’elle recèle, a permis d’explorer un pan récent de l’histoire mouvementée de notre pays. Certes, l’échantillon des personnes interviewées aurait dû être élargi en prenant en compte les acteurs militaires du RSP (Régiment de sécurité présidentielle) et des unités militaires venues des régions pour en découdre avec les putschistes. Mais la sensibilité des questions militaires n’a pas permis de pouvoir écouter cette catégorie de protagonistes », a volontiers concédé Salifou Taïta dans la présentation de la synthèse.

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Dans la première partie de la soutenance, consacrée à la présentation de la synthèse du travail, on note que l’étudiant Salifou Taïta a pu, en dépit des réalités majeures qui caractérisent le thème, avoir des échanges avec des acteurs-clés de la crise de 2014 à 2015, notamment le général Gilbert Diendéré et l’ancien Premier ministre Isaac Yacouba Zida (par visioconférence). Le premier purge une peine à la maison d’arrêt et de correction des armées et le second est au Canada depuis la fin de la transition (le contexte n’a pas permis de pouvoir les relancer en cas de besoin de clarification ou de recoupement de l’information).

« C’est vrai que le sujet est, a priori, difficile parce que certains acteurs ne sont pas faciles à saisir, et le Mogho-Naaba, qui est lui-même un acteur-clé, nous a opposé un devoir de réserve. Mais il fallait quand même s’y aventurer, pour ouvrir des brèches. Et je constate que notre sujet a aujourd’hui trouvé un début de solutionnement avec l’adoption de la loi sur la chefferie traditionnelle. C’est dire que c’était judicieux pour nous d’explorer ce thème. (…) Pour y parvenir, nous nous sommes posé une question empirique : pourquoi, à chaque fois qu’il y a une situation de crise, on fait recours aux chefs traditionnels ? Cet élément déclencheur nous a encore conduits à la question de savoir qu’est-ce qui explique le recours des acteurs étatiques au Mogho-Naaba pendant les périodes de crise (parce que cela n’a pas commencé tout de suite) ? Je pense que notre étude a permis de déceler ce qui milite à cela, dont le fait que dans le royaume moaga, le chef est une incarnation du peuple, ou du moins de la population, de sorte qu’on lui voue respect et considération, voire une confiance totale. Donc, c’est une des ressources symboliques pour pouvoir intervenir dans des situations de crise », peut-on retenir du travail du candidat.

« La principale difficulté d’un tel travail réside dans la question même du choix du thème et de sa cible. »

Selon M. Taïta, les données collectées sur les médiations du Mogho-Naaba montrent que ce sont les protagonistes qui l’ont toujours sollicité. Le rôle central du Mogho-Naaba dans la gestion des crises politiques lors de la transition est, souligne-t-il, en lien avec les stratégies déployées par les acteurs, en vue d’utiliser sa légitimité issue de son « mandat de représentation-incarnation » pour se positionner sur le champ politique ou se sécuriser.

Cette étape a fait place à l’intervention du jury, présidé par Pr Magloire Somé, professeur titulaire d’histoire religieuse contemporaine à l’université Joseph Ki-Zerbo, et composé de Julien Natielsé, enseignant-chercheur à l’Unité de formation et de recherche en sciences juridiques et politiques (UFR/SJP) de l’université Thomas Sankara, directeur de mémoire, et de Dr Windata Zongo, enseignant-chercheur, rapporteur de la soutenance. Observations de forme et de fond, questions d’éclaircissements, commentaires et suggestions (actualiser certaines données, prendre en compte la dimension historique…), ont constitué cette partie dédiée aux spécialistes du domaine, c’est-à-dire les membres du jury.

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Ainsi, après avoir relevé le choix d’un thème aussi audacieux que d’actualité, ils ont félicité un « travail de très grande portée historique (…), sérieux, intellectuellement honnête, équilibré et suffisamment maîtrisé ». Une pertinence attribuée entre autres à la rigueur, la persévérance, la motivation dont a fait montre le candidat.
« Ce sujet n’est pas un sujet de confort. (…). La principale difficulté d’un tel travail réside dans la question même du choix du thème et de sa cible. Malgré toutes les difficultés, le candidat a pu nous produire un document de qualité, qui met en avant l’influence de la chefferie traditionnelle, notamment du Mogho-Naaba dans la résolution de la crise de 2014-2015 », a commenté le directeur de mémoire, soulignant également l’honnêteté intellectuelle du candidat, qui se traduit entre autres par son attitude à assumer les insuffisances.

Selon Dr Natielsé, ce travail constitue une ressource documentaire qui pourrait servir à d’autres travaux de recherche dans la même problématique. « Pour le candidat, c’est un tremplin pour se propulser dans une dynamique de recherche doctorale, dont ce travail peut être un soubassement, élargir son champ de connaissances pour prendre en compte d’autres dimensions comme la dimension historique. Et en tant qu’enseignant-chercheur, nous l’encourageons dans cette perspective. Qu’il persévère dans la même dynamique, parce qu’il a déjà fait montre d’excellentes qualités qui lui ont permis de faire ce travail. Nous l’encourageons également à rester toujours tel qu’il est : humble, modeste, sérieux, motivé… », a ajouté le directeur de mémoire.

Au terme de cet examen d’évaluation du travail et d’écoute de sa défense, moment au cours duquel il a aussi formulé des observations à prendre en compte dans le document final, le jury a, après délibération, jugé Salifou Taïta digne du Master de Science politique avec la mention Bien.
Une consécration que l’impétrant dit accueillir avec joie, sentiment de mission accomplie et surtout l’engagement tourné vers les perspectives, c’est-à-dire l’approfondissement du thème par une recherche doctorale.

O.L.
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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