Trypanosomose animale dans le Mouhoun : Une étude du Dr Kotimogognini Dramane Ouédraogo révèle une circulation silencieuse de la maladie

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Pendant plusieurs années, la trypanosomose animale semblait avoir disparu des radars dans la province du Mouhoun. Pourtant, derrière ce silence apparent, la maladie continue de toucher les troupeaux. À travers une investigation menée sur le terrain dans le cadre du Programme de formation en épidémiologie de terrain (FETP), le Dr Kotimogognini Dramane Ouédraogo, vétérinaire et chef du service régional des services vétérinaires des Bankui, met en lumière l’ampleur du phénomène. Ses travaux, présentés lors de la cérémonie de graduation de la cinquième cohorte du FETP, ouvrent de nouvelles perspectives pour la surveillance de cette maladie qui menace l’élevage à travers des pertes économiques et, par ricochet, la sécurité alimentaire.

Au premier regard, rien ne semblait alerter. Les paysages verdoyants bordant le fleuve Mouhoun offrent pourtant des conditions idéales au développement des mouches tsé-tsé, principaux vecteurs de la trypanosomose animale. Malgré cet environnement favorable, très peu de cas étaient officiellement signalés. Un paradoxe qui a éveillé la curiosité scientifique du Dr Kotimogognini Dramane Ouédraogo. « Depuis un bon moment, nous avons constaté un silence épidémiologique malgré les conditions écologiques favorables au développement du vecteur. Pour cela, nous avons initié une investigation afin de mieux cerner la situation », explique le vétérinaire, rencontré en marge de la cérémonie de remise des attestations de la cinquième cohorte du Programme de formation en épidémiologie de terrain (FETP), le 17 juillet 2026 à Ouagadougou.

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Lors de la cérémonie de graduation des épidémiologistes, le Dr Kotimogognini Dramane Ouédraogo a présenté l’étude aux autorités

Cette recherche, conduite dans la province du Mouhoun, visait à déterminer si la maladie circulait toujours malgré la faiblesse des notifications. La trypanosomose animale est une maladie parasitaire transmise par des glossines appelées mouches tsé-tsé. Elle affecte principalement les bovins, les petits ruminants et les équidés parmi les animaux domestiques. Chez les animaux infectés, elle provoque une forte fièvre en intermittence, une perte d’appétit, un amaigrissement progressif, une pâleur des muqueuses due à l’anémie, des larmoiements, des poils piqués, une grande fatigue et, dans les cas avancés, un état de prostration pouvant conduire à la mort. Chez les femelles, nous avons une baisse de la fertilité et des avortements pour les gestantes.

Pour répondre à cette interrogation, le chercheur et son équipe ont adopté une approche mêlant recherche documentaire, des travaux sur le terrain et des analyses biologiques. Les données collectées sur les registres auprès des services vétérinaires de la province ont d’abord permis de recenser l’ensemble des cas détectés au cours de l’année 2025 dans les communes de Kona, Dédougou, Safané et Tchériba. Parallèlement, des prélèvements sanguins ont été réalisés sur des animaux suspects afin de confirmer la présence du parasite en laboratoire :

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La mouche tsé-tsé responsable de la trypanosomose animale

80 cas suspects révélés par l’étude

« Nous nous sommes rendu compte que 1 734 cas de trypanosomoses animales sont survenus au cours de l’année 2025 dans la province du Mouhoun », révèle le Dr Ouédraogo. Selon les résultats de l’étude, les bovins sont de loin les espèces les plus touchées avec 865 cas, soit près de la moitié des cas enregistrés. Viennent ensuite les petits ruminants avec 831 cas, tandis que les équidés représentent une faible proportion des animaux atteints. La commune de Kona apparaît comme le principal foyer de la maladie, devant Dédougou, Safané et Tchériba.

Pour vérifier que ces notifications correspondaient bien à des cas réels de trypanosomoses, le chercheur a procédé à une investigation active sur le terrain. « Nous avons eu au total 80 cas suspects sur lesquels nous avons prélevé des échantillons de sang. À l’issue de l’analyse au laboratoire, nous étions à un taux de positivité de plus de 90 %. Ce qui confirme davantage que la maladie existe, sauf qu’elle est moins signalée par les populations et dans le système », souligne-t-il. Pour le vétérinaire, ce faible niveau de notification s’explique en partie par une méconnaissance de la maladie chez les éleveurs. Beaucoup observent les symptômes sans pouvoir les distinguer d’autres affections.

« Les populations ont une idée plutôt vague de la maladie. Elles peuvent facilement la confondre à d’autres maladies. Il appartient aux professionnels de les sensibiliser et surtout de les convaincre de l’importance de cette maladie », insiste-t-il.

L’étude s’est également intéressée à la manière dont les cas sont pris en charge sur le terrain. Les conclusions montrent que le diagnostic repose essentiellement sur l’examen clinique des animaux malades. En revanche, les tests de diagnostic rapide et les examens de laboratoire sont encore très peu utilisés, alors qu’ils permettent une confirmation des cas suspectés, donc plus fiables. Concernant le traitement, deux molécules sont principalement administrées aux animaux infectés, à savoir le diminazène et l’isométamidium. Si ces médicaments restent efficaces dans de nombreux cas, le chercheur estime qu’il devient nécessaire d’aller plus loin. « Nous souhaitons maintenant étudier l’efficacité de ces produits afin de pouvoir recommander, si nécessaire, d’autres molécules qui pourraient être intégrées dans la prise en charge », explique-t-il.

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Dr Kotimogognini Dramane Ouédraogo est vétérinaire et chef de service régional des services vétérinaires de la région des Bankui

Au-delà de son intérêt scientifique, cette étude met en évidence les conséquences économiques de la maladie. La trypanosomose animale fragilise fortement les animaux d’élevage. Un bovin qui maigrit produit moins de viande, une vache infectée donne moins de lait et les performances reproductives diminuent. Dans un contexte où le Burkina Faso mise sur l’offensive agro-pastorale pour renforcer sa souveraineté alimentaire, ces pertes représentent un véritable enjeu. « Cela entraîne des pertes économiques et peut aussi impacter la sécurité alimentaire. Il faut préserver la santé de notre cheptel pour ne pas manquer de lait et de viande à l’avenir », rappelle le chercheur.

Même si cette maladie animale ne se transmet pas à l’homme par la consommation de viande ou de lait issus des animaux infectés, le vétérinaire appelle à ne pas sous-estimer son importance. Le parasite appelé trypanosome appartient au genre Trypanosoma, le même genre que celui responsable de la trypanosomose humaine appelée maladie du sommeil chez l’homme. Les trypanosomoses humaine et animale partagent le même vecteur : il s’agit des mouches tsé-tsé. « C’est une maladie qu’il faut vraiment surveiller et prendre au sérieux, parce qu’elle est au carrefour de la santé humaine, animale et environnementale », affirme le spécialiste.

À l’issue de ses travaux, plusieurs recommandations ont été formulées. Elles portent notamment sur le renforcement de la détection précoce des cas suspects, l’amélioration de la notification des maladies, la réalisation systématique d’examens complémentaires au laboratoire ou au moyen des tests de diagnostic rapide et la disponibilité d’une grande variété de médicaments vétérinaires contre la trypanosomose animale.

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Illustration du cycle de la maladie aussi bien chez l’homme que chez les herbivores

Présentée devant le ministre de la santé entouré des responsables du ministère de la Santé, les partenaires techniques et financiers, l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Burkina Faso, ainsi que les autres participants au Programme de formation en épidémiologie de terrain, cette recherche illustre concrètement l’intérêt de l’approche « Une seule santé », qui rapproche les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale autour d’un même objectif : prévenir les menaces sanitaires avant qu’elles ne deviennent des crises.

Pour le Dr Kotimogognini Dramane Ouédraogo, cette graduation marque certes la fin d’une formation, mais surtout le début d’un engagement plus grand. Celui de continuer à produire des données scientifiques utiles aux décideurs et aux éleveurs afin de mieux protéger le cheptel burkinabè. Car derrière chaque bovin sauvé de la maladie se jouent aussi les revenus d’une famille, la sécurité alimentaire d’une communauté et la résilience d’un secteur vital pour l’économie nationale.

Farida Thiombiano
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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