Tensions xénophobes en Afrique du Sud : La haine enflamme, les problèmes subsistent

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Le 30 juin 2026 était la date limite donnée aux migrants sans papiers pour quitter l’Afrique du Sud, ont décidé des organisations et des activistes qui menacent de bloquer le pays si les migrants ne sont pas partis. Le pays a été en branle-bas de combats ce jour fatidique, avec plusieurs dizaines de manifestations prévues dans tout le pays. Le gouvernement aussi était sur le pont pour que ces manifestations se déroulent dans l’ordre, sans pillage et sans agressions des personnes étrangères présentes dans le pays.

À cette fin la police, l’armée et même des forces de sécurité privées ont été mobilisées. Le gouvernement de l’ANC (African National Congress) semble pousser un ouf de soulagement. La journée de blocage du pays ne s’est pas soldée par un bain de sang et des pillages contre les migrants. Il avait pris des mesures avec les forces de défense et de sécurité et mis dans la balance 36 millions de dollars pour intensifier les opérations d’expulsion. Tout cela pour préserver le petit capital de sympathie qui subsiste pour le parti et le pays après la mort de Nelson Mandela.

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Après la journée de manifestation, les organisateurs de l’“Opération Dudula” et March & March peuvent se frotter les mains. De nombreux magasins sont restés fermés dans les grandes villes et le trafic a considérablement diminué, preuve de l’inquiétude de la population face à ces manifestants qui chantent à gorge déployée de tuer le migrant pour mettre fin au désordre et nettoyer le pays. Elles ont imposé leur thème favori, qui est l’expulsion des migrants, dans l’agenda politique et peuvent se projeter comme des partis politiques pour les élections municipales.

Depuis 2008, des entrepreneurs politiques ont fait des Africains présents dans le pays de Nelson Mandela les boucs émissaires des problèmes sociaux de l’Afrique du Sud post-apartheid. La xénophobie n’est pas du racisme, parce que cette haine ne revendique pas l’idéologie d’une race supérieure mais est dirigée contre des populations pour leur origine. Et dans le cas présent, les haters ne veulent pas voir leur image dans le miroir car ce sont des personnes comme elles, de la même couleur de peau, mais en provenance d’autres pays.
C’est une haine de soi qui n’est pas propre à l’Afrique du Sud, mais bien présente dans tous les pays de notre continent qui chantent le panafricanisme mais abhorrent l’Africain, même en peinture. Que faire pour mettre fin à cette fausse conscience et au déficit d’analyse et de compréhension des problèmes de la société, de connaissances des causes exactes du chômage, de la criminalité, de la hausse des prix et du manque de logement ?

“Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde.”

Si la xénophobie en Afrique du Sud a des origines qui remontent à plus de deux décennies, depuis quatre mois, il y a eu une campagne de harcèlement des migrants dans plusieurs provinces du pays où ils sont menacés de mort s’ils ne rentrent pas chez eux. Les migrants et les propriétaires de logements sont menacés. Car les migrants peuvent louer des logements parce qu’ils vendraient de la drogue pour empoisonner la jeunesse. Ils “prennent le boulot” des Sud-Africains et bénéficient des soins médicaux, si bien que les médicaments subventionnés manquent pour les autochtones. Tout ce qui ne va pas dans le pays, c’est la faute aux migrants.

Dans un tel climat de haine, de menaces et d’agressions, ils sont 25 000 à avoir quitté le pays ces jours-ci. Le Ghana a rapatrié 300 de ses ressortissants et prévoit de le faire pour 800 autres. Le président Thabo Mbeki a demandé à l’auditoire lors d’une conférence : « Est-ce que 300 nouveaux emplois ont été créés après le départ des Ghanéens ? » C’est une folie, et ceux qui propagent ces idées savent bien que chasser, tuer les migrants n’est pas la solution aux problèmes réels que sont le chômage, la criminalité record, la hausse des prix et l’accès aux soins. Ils espèrent en tirer profit lors des futures élections. Et certains partis politiques partagent cette campagne. Comme celui de l’ancien président Jacob Zuma qui a quitté l’ANC après avoir été condamné par la justice pour des affaires de corruption. La situation économique du pays s’est beaucoup dégradée lors de sa présidence entre 2009 et 2018.

Du reste, l’Afrique du Sud n’est pas envahie, submergée par des migrants. Seulement 3 millions de personnes. Ils représentent seulement 5 à 6 % de la population, selon les statistiques. L’Afrique du Sud compte plus de 62 millions d’habitants, selon l’estimation de 2021. La première économie du continent ne peut-elle pas supporter que sa relative prospérité attire cette proportion d’Africains ? Des pays moins nantis que l’Afrique du Sud accueillent avec hospitalité plus de migrants à la recherche de meilleures conditions de vie.

Le succès de ces campagnes xénophobes montre que les partis politiques ne jouent plus leur rôle d’éducation de la population. Il révèle également que l’ANC et les militants de la lutte contre l’apartheid n’ont pas transmis leur héritage en racontant l’histoire du soutien apporté à ce combat par les pays voisins de la SADC (Southern African Development Community) ainsi que par les autres États d’Afrique australe. Or, les migrants originaires de ces pays représentent 63,4 % des étrangers présents en Afrique du Sud, tandis que 25,4 % proviennent du reste du continent. Les 11,2 % restants viennent d’autres régions du monde et ne sont pas concernés par les expulsions.

La jeunesse de ces pays, tout comme une partie de la jeunesse occidentale, a également contribué à la lutte contre l’apartheid, notamment grâce à l’organisation de concerts de soutien. Pourtant, le message d’amour, de pardon et de réconciliation porté par Nelson Mandela n’a manifestement pas été compris et se trouve aujourd’hui rejeté par une partie de ces foules.

Les pays africains ne pourront relever leurs défis en agissant chacun de leur côté, seuls face au reste du monde. Ils ne pourront y parvenir qu’en unissant leurs forces, en vivant avec leurs voisins et avec ceux venus de plus loin dans un esprit de fraternité.

La principale leçon que les Sud-Africains pourraient tirer de la présence des migrants est leur volonté de réussir et leur capacité d’entreprendre. Ainsi, 58 % des petites boutiques sont détenues par des immigrés, principalement des Somaliens, alors que les Sud-Africains n’en possèdent que 8 %. Le même constat s’observe sur le marché du travail : en 2022, le taux de chômage des immigrés vivant en Afrique du Sud était de 18,2 %, contre 32,9 % pour les Sud-Africains. Cet écart ne peut s’expliquer que par un niveau de qualification plus élevé des étrangers et/ou par le refus d’une partie des autochtones d’exercer certains métiers.

Lorsqu’on ne comprend pas les causes réelles d’un problème, on finit par accuser injustement certaines personnes d’en être à l’origine.

Jay Naidoo, fondateur de la Cosatu et ancien ministre, a écrit au président Ramaphosa : « La plus grande menace contre notre démocratie, ce ne sont pas les étrangers qui essaient de gagner leur vie honnêtement. C’est la corruption, l’échec de la gouvernance, le crime organisé, les inégalités et l’érosion persistante de la confiance des gens. Monsieur le Président, nous sommes à un moment dangereux pour notre Constitution. »

Dans cette furie contre les migrants, la conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud a pris leur parti et appelle à agir dignement envers eux en respectant leur humanité. La COSATU, le principal syndicat des travailleurs sud-africains, et des organisations des droits de l’homme ont également montré leur sympathie pour eux.

Sana Guy
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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