Sissili : « Tikeli », le musée qui fait revivre mobylettes d’antan et traditions ancestrales
Léo, 27 juin 2026(AIB)-Au secteur 3 de Léo, le musée Auto-moto « Tikeli » ne se contente pas de restaurer de vieilles motos. Porté par Omar Ouédraogo, ce projet culturel ambitionne de préserver les valeurs endogènes, de former les jeunes générations et de dynamiser le tourisme et l’économie locale de la Sissili. Visite d’un site à moitié achevé, mais déjà porteur de grandes promesses.
Les cliquetis des vieux moteurs semble encore résonner dans l’air. En franchissant les portes du musée Auto-moto « Tikeli », le grenier en nuni, le visiteur est immédiatement saisi par un parfum d’histoire. Ici, au secteur 3 de la cité des tubercules, le temps s’est arrêté, ou plutôt, il se transmet.
Conçu par son promoteur, Omar Ouédraogo, ce site unique s’est donné pour missions de créer une mémoire collective en matière de mécanique auto-moto, de promouvoir les valeurs endogènes, de prôner le retour aux sources, de promouvoir le tourisme interne et de servir de centre pédagogique pour les générations futures.
Le musée s’organise en plusieurs compartiments distincts, chacun racontant un fragment de notre patrimoine technologique et quotidien.
Le parcours débute par l’aire des motocyclettes et des vélos, véritables stars de la collection.
On y croise la mythique mobylette Cady, dite « la bleue », et la toute première moto de la gendarmerie nationale de Haute-Volta.
« C’est la toute première pièce de ma collection », confie avec émotion Omar Ouédraogo. « Je l’ai acquise auprès d’un vieil homme qui n’est plus de ce monde aujourd’hui. C’est le genre d’engin qu’un jeune fonctionnaire utilisait à l’époque lorsqu’il commençait à travailler. »
Issu d’une famille de mécaniciens, le promoteur a passé son enfance et sa scolarité, jusqu’en classe de terminale, à réparer des P50, des Kamiko et des motos à trois vitesses.
Une passion dévorante qui l’a poussé, il y a 20 ans, à débuter cette collecte contre l’oubli.
« En Afrique, nous n’avons malheureusement pas toujours la culture de la conservation ; nous avons tendance à tout jeter. Or, il est primordial de construire notre mémoire collective pour que les enfants sachent d’où nous venons et où nous allons », martèle-t-il.
Pour sauver ces pièces, camarade Ouédraogo mène une véritable traque auprès des ferrailleurs qui rachètent les engins pour le métal. Une P50 négociée à 10 000 francs CFA au lieu des 5 000 ou 6 000 francs CFA initiaux, un passage chez le mécanicien pour une restauration minutieuse, et la magie opère.
La collection s’est aussi enrichie grâce à la solidarité des familles de la région, sous forme de dons de Kamiko ou de P50 qui traînaient dans les cours. Plus loin, les compartiments des appareils électroniques et des automobiles complètent ce tableau rétrospectif.
Mais limiter « Tikeli » à la seule mécanique serait une erreur. Le projet se veut un espace culturel global et vivant. Le nom du musée n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard : en langue gourounsi, « Tikeli » signifie « le grenier », symbole par excellence de la conservation.
Au cœur du site, le visiteur quitte le métal pour la terre battue en entrant dans le village traditionnel.
Les habitats typiques Nuni, Mossi, Lobi et Peulh y sont fidèlement reconstitués. Dans cette cour traditionnelle, l’apprentissage se fera par le geste.
« Ce sera un musée vivant », explique Omar Ouédraogo. « Quand les visiteurs arriveront, ils verront des actrices en mouvement : des femmes en train de battre le mil, d’écraser les céréales ou de produire du beurre de karité. »
Les scolaires pourront ainsi s’approprier les techniques ancestrales, du moulage du maïs au fonctionnement des greniers traditionnels.
Un espace dédié aux contes, animé par des conteurs sélectionnés, ainsi qu’un podium réservé exclusivement à la musique et aux danses traditionnelles de la région, complètent cette vitrine identitaire.
Pour le promoteur, cette initiative s’inscrit en droite ligne de la dynamique de Révolutio progressiste populaire au Burkina Faso, qui prône la promotion de la culture et le retour aux valeurs souveraines.
À 12h30, l’heure de la fin de la visite sonne, laissant entrevoir l’immensité du travail accompli, mais aussi le chemin restant à parcourir.
Le musée est actuellement réalisé à environ 50 %. Les infrastructures comme le podium d’expression pour les artistes traditionnels et les ateliers de formation à la danse restent à finaliser.
Le plus grand défi réside désormais dans le fonctionnement futur, notamment le recrutement de personnel pour l’entretien du site et la gestion de la logistique dès l’ouverture officielle.
Plaçant sa confiance dans la dynamique gouvernementale actuelle, Omar Ouédraogo indique que le ministère de la Culture est déjà informé et espère un accompagnement institutionnel.
En attendant l’ouverture officielle, le promoteur lance un appel aux autorités et à la population de Léo à venir soutenir et découvrir ce joyau.
Car au-delà de la culture, c’est un levier de développement pour toute la province de la Sissili.
« Une personne qui quitte Ouagadougou pour visiter notre musée va loger dans un hôtel local et manger dans un restaurant de la place. C’est toute l’économie locale qui s’en trouve boostée », rappelle le promoteur, convaincu que l’avenir du pays se construira sur ses valeurs endogènes.
À en croire l’intérêt grandissant des premiers curieux, « Tikeli », le grenier, promet déjà d’être plein.
Agence d’information du Burkina
BAN/ata
