
Reboisement des berges, aménagement de boulis et réhabilitation d’infrastructures hydrauliques, le consortium Eau vive internationale – HELP fait de la gestion durable de l’eau une réalité dans la province du Sanguié. À travers le Projet de renforcement de l’opérationnalisation de la gestion intégrée des ressources en eau (PRO-GIRE), les initiatives se multiplient sur le terrain. Objectif : protéger les ressources hydriques et améliorer les conditions de vie des populations. Avec l’appui financier de l’Union européenne, ce projet contribue à renforcer la résilience des communautés dans quatre sous-bassins versants de l’Agence de l’eau du Mouhoun. Une mission de suivi des activités et réalisations a été organisée par Eau vive internationale le mardi 9 juin 2026.
Les chants d’oiseaux rompent le calme matinal qui enveloppe le village de Ouéra, commune de Imasgo. Ici, comme dans de nombreuses localités rurales du Burkina Faso, l’eau rythme le quotidien. Elle fait vivre les hommes et les animaux. Sa préservation est donc essentielle pour tous. C’est dans cette dynamique que la mission de suivi d’Eau vive internationale s’est rendue dans différentes zones d’intervention du PRO-GIRE.
Après les salutations d’usage au chef du village, les échanges s’engagent autour d’une initiative qui suscite beaucoup d’espoir dans la localité. Dans le cadre de la protection des berges, le projet accompagne des producteurs installés à proximité des barrages. Ils bénéficient gratuitement de plants fruitiers. En contrepartie, ceux-ci s’engagent à déplacer progressivement leurs activités maraîchères loin des berges et à entretenir les plantations. L’objectif visé est de limiter les risques d’ensablement et de pollution.

À quelques kilomètres de la cour royale, un vaste espace verdoyant attire l’attention des visiteurs. C’est le verger d’Hervé Sinaré, président du Conseil villageois de développement (CVD) de Ouéra. De jeunes manguiers, tangelos, citronniers et goyaviers poussent en rangées régulières. Derrière cette réussite se cache un important investissement personnel.
En juillet 2024, Hervé Sinaré reçoit du projet 140 pieds de manguier, 50 pieds de tangelo et 10 pieds de goyavier. Rapidement, il décide de mettre toutes les chances de son côté. Il clôture le site avec des piquets métalliques pour empêcher les animaux d’y pénétrer, et aménage un puits pour faire face aux éventuels aléas climatiques. En mai 2026, après la motopompe offerte par le Comité local de l’eau (CLE), il achète une nouvelle motopompe, ainsi que deux rouleaux de tuyaux.

Pour la cheffe d’antenne Réo de Eau vive internationale, Nadège Dabilgou, le président du CVD constitue un véritable cas d’école. Après la distribution des plants, affirme-t-elle, rien ne garantit le succès de l’initiative. Cependant, trois mois plus tard, lors d’une visite de suivi effectuée avec un agent de l’environnement, les équipes constatent que toutes les consignes techniques sont respectées. Et ce, de la profondeur des trous, à l’espacement des plants, en passant par l’entretien régulier jusqu’à la protection du site. « Il a bien exploité et protégé son terrain, et c’est ce qui nous amène ici », souligne-t-elle.
Selon Nadège Dabilgou, l’un des principaux défis consiste à protéger durablement les berges des retenues d’eau contre les effets de l’ensablement et des activités humaines. « Au Burkina Faso, les berges des barrages sont des zones stratégiques soumises à une forte pression démographique et environnementale », explique-t-elle.

Parmi les bénéficiaires figure également Hamidou Djiguemdé. L’homme reçoit cent pieds de manguier et vingt pieds de tangelo. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Des ruminants détruisent une partie des plants. Malgré cette déconvenue, il ne baisse pas les bras. Il sollicite de nouveaux plants et promet de renforcer leur protection afin de réussir cette fois son exploitation à Ouéra.
Ce courage de Hamidou s’inspire de l’expérience réussie de Hervé Sinaré qui suscite désormais l’intérêt d’autres habitants du village. Ces derniers souhaitent également bénéficier de plants fruitiers dans le cadre des perspectives d’extension prévues en 2026.

Les boulis de Goundi prolongent la disponibilité de l’eau
Après Ouéra, la mission met le cap sur la commune rurale de Goundi. Ici, le PRO-GIRE accompagne l’aménagement de deux boulis ainsi que la délimitation d’espaces de protection autour du barrage. Ces ouvrages changent progressivement le quotidien des producteurs.
Yves Bazié mesure concrètement les effets des aménagements. « Avant la réalisation de ces boulis, dès la fin du mois de février, nous n’avions plus d’eau. Aujourd’hui, nous pouvons travailler jusqu’à la fin du mois d’avril. Cela a contribué à améliorer nos revenus et nos conditions de vie », témoigne Yves Bazié. Pour les producteurs, chaque semaine supplémentaire de disponibilité de l’eau représente une opportunité de production, de commercialisation et de revenus.

Mais le projet ne se limite pas aux infrastructures. À Goundi, le projet met également en place une cellule locale de sensibilisation chargée de prévenir les conflits liés à l’eau. Formés pendant trois jours, ses membres assurent la collecte des informations relatives aux tensions observées sur le terrain et les transmettent au comité local de l’eau de Réo.
La sensibilisation porte également sur les bonnes pratiques environnementales. Les producteurs sont encouragés à éviter les dépôts de fumier sur les berges et à limiter les risques de pollution liés aux produits phytosanitaires. Les pêcheurs, quant à eux, sont invités à protéger les alevins afin de préserver les ressources halieutiques.

Un besoin d’eau toujours plus grand
Au Centre agricole Sainte Famille de Goundi, destiné à la prise en charge d’enfants en difficulté, l’un des boulis réalisés par le projet profite à de nombreux usagers. Le frère Albert Sandwidi, responsable du centre, constate toutefois que le succès de l’ouvrage dépasse les prévisions initiales.
Le bouli alimente les puits du centre, mais il profite également aux populations riveraines. Cette forte sollicitation entraîne un tarissement plus rapide que prévu.

Cette demande illustre à la fois l’utilité des infrastructures mises en place et les défis persistants liés à la pression croissante sur les ressources en eau.
À Pouni Nord, la réhabilitation du barrage redonne espoir
La dernière étape conduit la mission à Pouni Nord. Village situé à environ 130 kilomètres à l’ouest de Ouagadougou. Ici, le projet accompagne la réhabilitation du déversoir d’un barrage dégradé. Depuis deux ans, la dégradation du barrage complique l’accès à l’eau pour les besoins domestiques, le maraîchage et l’élevage. « Depuis que le barrage s’est dégradé, nous avons des difficultés pour accéder à l’eau. Mais avec le démarrage des travaux, les populations retrouvent l’espoir », affirme Jean-Paul Bazié, président du CVD de Pouni Nord.
Les habitants ne se contentent pas d’attendre la fin du chantier. Afin d’accélérer les travaux avant l’installation complète de l’hivernage, ils apportent également leur contribution. Une rotation pour renforcer la main-d’œuvre aux côtés de l’entreprise chargée de la rénovation et un apport financier.

« Nous sommes fiers et heureux de voir l’initiative du projet avec la collaboration des villageois se concrétiser. « C’est un bel exemple d’engagement communautaire », souligne Ghislain Bertrand Bako, représentant du président de la délégation spéciale de la commune de Didyr.
Selon Nadège Dabilgou, l’intervention de Eau vive Internationale répond directement à une sollicitation des populations. « Au départ, la population disposait déjà de 11 tonnes de ciment, d’agrégats et de moellons. Elle a demandé un accompagnement technique pour reconstituer le déversoir cassé », explique-t-elle.

L’enjeu est crucial. Sans déversoir fonctionnel, l’eau retenue après les pluies s’échappe rapidement. La cuvette s’assèche et les activités maraîchères disparaissent. « Depuis que le déversoir a cédé, tous les maraîchers n’ont plus d’activité ici. À partir de janvier, il n’y a plus rien dans la cuvette », confie la cheffe d’antenne Réo de Eau vive internationale.
De Ouéra à Goundi en passant par Pouni Nord, les réalisations observées témoignent d’une implication croissante des communautés dans la préservation des ressources en eau. Entre reboisement des berges, amélioration de la disponibilité de l’eau et réhabilitation d’ouvrages hydrauliques, le PRO-GIRE contribue à renforcer la résilience des populations face aux défis environnementaux.

À Ouéra, les producteurs acceptent de s’éloigner des berges pour protéger les barrages tout en développant des vergers fruitiers. À Goundi, les populations apprennent à mieux gérer l’eau et à prévenir les conflits. À Pouni Nord, les habitants s’organisent pour sauver un barrage dont dépend une grande partie de leur activité économique.
Les résultats déjà enregistrés nourrissent désormais de nouvelles attentes, notamment l’extension des activités de reboisement, le curage des ouvrages existants et la poursuite des investissements destinés à garantir une gestion durable de l’eau dans les zones d’intervention du projet.

Dans un contexte marqué par la pression démographique, les changements climatiques et la raréfaction progressive de l’eau, cette dynamique locale apparaît comme l’une des plus grandes réussites du PRO-GIRE. Car derrière chaque plant mis en terre, chaque bouli aménagé et chaque pierre posée sur un déversoir, se dessine la volonté d’assurer aux générations futures un accès durable à l’eau, source de vie et de développement.
Le PRO-GIRE est financé à hauteur de 2,5 millions d’euros, soit environ 1,64 milliard de francs CFA. Il est mis en œuvre par le consortium Eau vive internationale – HELP, de décembre 2023 à novembre 2027, dans quatre sous-bassins versants prioritaires relevant de l’espace de compétence de l’Agence de l’eau du Mouhoun. Le projet cible principalement les Comités locaux de l’eau (CLE) des sous-bassins Vranso 3 à Réo, Mouhoun Tâ à Dédougou, Kou à Bobo-Dioulasso et Plandi 2 à Bama.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
