Pénurie de pâturages à Bobo-Dioulasso : la production de fourrage comme alternative durable

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Pénurie de pâturages à Bobo-Dioulasso : la production de fourrage comme alternative durable

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Ouagadougou, 02 juil. 2026 (AIB)-Les espaces de pâturage se réduisent progressivement sous l’effet de la pression foncière, des changements climatiques et de la dégradation des terres. Face aux difficultés croissantes d’alimentation du bétail, certains éleveurs se tournent désormais vers la production de fourrage. Entre innovations, espoirs et contraintes, cette pratique apparaît de plus en plus comme une réponse durable à la crise pastorale.

 

A la périphérie de Bobo-Dioulasso, le constat est visible. Là où s’étendaient autrefois de vastes espaces de pâturage, les terres sont aujourd’hui occupées par des habitations, des champs ou diverses infrastructures. Pendant la saison sèche, les animaux parcourent parfois de longues distances à la recherche d’herbe.

Dans la ferme du nonagénaire Ousseini Traoré, les bottes de fourrage soigneusement conservées servent à l’alimentation de ses animaux

Cette situation inquiète aussi bien les éleveurs que les services techniques en charge des ressources animales.

 

Selon le directeur provincial de l’Agriculture, de l’eau, des ressources animales et halieutiques du Houet, Traoré Mamadou, la pénurie de pâturages est devenue une réalité préoccupante dans la région, particulièrement dans les zones périphériques de Bobo-Dioulasso.

 

« Cette situation est liée à plusieurs facteurs, notamment les activités humaines, les effets du changement climatique et l’expansion des sociétés immobilières qui réduisent progressivement les espaces de parcours du bétail », explique-t-il.

Le directeur provincial de l'Agriculture, de l'eau, des ressources animales et halieutiques du Houet, Traoré Mamadou, indique que la pénurie de pâturages est devenue une réalité préoccupante dans les zones périphériques de Bobo-Dioulasso

A cela s’ajoute, selon lui, le contexte sécuritaire qui limite l’accès à certaines zones pastorales et concentre davantage les activités d’élevage autour des grands centres urbains.

 

Les services techniques soulignent que les zones périurbaines sont aujourd’hui les plus touchées.

 

« La forte croissance démographique, l’urbanisation rapide et les diverses activités anthropiques exercent une forte pression sur les terres disponibles. Cette situation réduit considérablement les espaces destinés à l’alimentation du bétail », poursuit le directeur provincial.

Au-delà des constats techniques, cette pénurie affecte directement les éleveurs.

Plusieurs producteurs disent constater depuis quelques années une raréfaction progressive des pâturages naturels. Les difficultés d’alimentation du bétail deviennent particulièrement visibles pendant la saison sèche.

 

Eleveur à la périphérie de Bobo-Dioulasso, Adama Yanogo affirme que la situation devient de plus en plus difficile.

Le maralfalfa facilite l'alimentation des animaux en élevage intensif et favorise une croissance plus uniforme du troupeau

« Aujourd’hui, les animaux ne trouvent plus suffisamment d’herbe. Nous sommes souvent obligés d’acheter des aliments complémentaires », confie-t-il.

Pour lui, le manque de pâturages entraîne l’amaigrissement des animaux, une baisse de la production laitière ainsi qu’une augmentation des dépenses consacrées à l’alimentation du troupeau.

 

Une situation qui n’est pas sans conséquence sur les performances animales.

Le chercheur à l’INERA Farako-Bâ, Dr Souleymane Ouédraogo, explique qu'une alimentation insuffisante agit directement sur la santé et la productivité des animaux

Pour les spécialistes, l’alimentation constitue l’un des piliers essentiels de l’élevage moderne.

 

Maître de recherche en zootechnie et pastoralisme à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA)/Farako-Bâ, du programme de recherche en gestion des ressources naturelles et systèmes de production de l’Ouest du Burkina Faso (GRN/SP-Ouest), Dr Souleymane Ouédraogo, explique qu’une alimentation insuffisante agit directement sur la santé et la productivité des animaux.

 

« Une alimentation insuffisante entraîne une baisse de production de lait, un ralentissement de croissance et une fragilisation des animaux », indique-t-il.

 

Selon le chercheur, la pénurie de pâturages résulte de plusieurs facteurs combinés.

Le producteur de fourrage, Adama Yanogo, évoque le manque d'équipements de broyage

« Le premier est la forte croissance démographique qui accroît les besoins en terres agricoles. Pour nourrir une population de plus en plus nombreuse, les superficies cultivées s’étendent au détriment des espaces pastoraux », explique-t-il.

 

La mécanisation agricole ainsi que l’aménagement des bas-fonds, autrefois riches en pâturages naturels, participent également à la réduction des zones de pâture.

 

« Pendant la saison des pluies, une grande partie des terres est occupée par les cultures, limitant davantage les espaces accessibles aux animaux », ajoute le chercheur.

 

Face à cette raréfaction des pâturages naturels, certains éleveurs développent désormais une autre approche qui est la production de fourrage.

Longtemps peu développée dans certaines exploitations, la culture fourragère gagne progressivement du terrain dans la région de Bobo-Dioulasso.

 

Selon les chercheurs, plusieurs espèces fourragères s’adaptent bien aux conditions climatiques locales.

 

Dr Souleymane Ouédraogo, cite notamment les espèces locales telles que l’Andropogon gayanus, autrefois abondantes dans les savanes burkinabè.

 

« D’autres espèces du genre Andropogon sont également adaptées. A celles-ci s’ajoutent des espèces introduites et améliorés comme le Brachiaria, le Panicum et le Maralfalfa, qui présentent de bonnes performances dans la région à condition de bénéficier d’une gestion adéquate », précise-t-il.

 

Pour le chercheur, le pâturage naturel offre certes une alimentation diversifiée aux animaux, mais la culture fourragère présente l’avantage de produire de grandes quantités de fourrage homogène et de qualité régulière.

 

« Cette homogénéité facilite l’alimentation des animaux en élevage intensif et favorise une croissance plus uniforme du troupeau », souligne-t-il.

 

Selon lui, les producteurs peuvent associer des légumineuses riches en protéines à des graminées riches en énergie afin d’améliorer la qualité nutritionnelle de l’alimentation animale.

 

Sur le terrain, certains éleveurs expérimentent déjà cette pratique avec des résultats encourageants.

 

Dans le village de Darsalamy, à 20 km de Bobo-Dioulasso, se trouve la ferme de Ousseini Traoré âgé de 95 ans, Dans cette ferme, des bottes de fourrage sont soigneusement conservées sous un hangar.

A proximité, plusieurs parcelles sont consacrées au maïs fourrager, au panicum ainsi qu’à différentes espèces destinées à l’alimentation animale.

 

Ousseini Traoré, fait partie de ces producteurs qui ont choisi d’investir dans la culture fourragère.

 

« J’ai commencé par cultiver un hectare de panicum. Par la suite, sur les conseils des services techniques, je me suis orienté vers le Maralfalfa. Aujourd’hui, je dispose d’environ un hectare de Maralfalfa que j’exploite pour l’alimentation de mes animaux », explique-t-il.

 

Pour assurer la production tout au long de l’année, il a investi dans des infrastructures hydrauliques.

« Depuis que nous produisons du fourrage, les animaux résistent mieux pendant la saison sèche », affirme Ousseini Traoré

« J’ai réalisé des forages, installé des systèmes d’irrigation ainsi que des bassins de stockage d’eau », précise-t-il.

 

Pour la conservation du fourrage, le producteur utilise la technique de l’ensilage.

« Une fois le silo rempli, il est fermé et recouvert de sable pendant quinze à vingt jours avant utilisation. J’utilise également un broyeur pour faciliter la consommation du fourrage par les animaux », raconte-t-il.

 

Les résultats sont visibles

 

« Depuis que nous produisons du fourrage, les animaux résistent mieux pendant la saison sèche », affirme-t-il.

 

Dans son exploitation située à Karangasso Vigué, à 60 km de Bobo-Dioulasso, Adama Yanogo, cultive également un hectare de Maralfalfa, un quart d’hectare de panicum et un quart d’hectare de Brachiaria.

 

Pour Ousséini Traoré, les avantages sont nombreux. « Le Maralfalfa repousse rapidement après chaque coupe. Les animaux le consomment entièrement sans rejet. Il permet plusieurs récoltes par an et assure une alimentation régulière du troupeau. Grâce à une meilleure alimentation, ma production de lait est passée d’environ 40 litres à 70 litres par jour », se réjouit-il.

 

Malgré ces résultats encourageants, la production fourragère reste confrontée à plusieurs difficultés.

 

La principale contrainte demeure l’accès à l’eau

 

« Le Maralfalfa nécessite environ 36 mètres cubes d’eau par hectare tous les sept à dix jours. Les investissements pour les forages, les bassins et les installations d’irrigation sont très coûteux », explique Ousséini Traoré.

Adama Yanogo, évoque également le manque d’équipements de broyage et l’insuffisance de techniciens spécialisés pour assurer la maintenance des installations.

 

Du côté des services techniques, le constat est similaire

 

« Malgré les efforts d’encadrement et les appuis apportés aux producteurs, l’absence d’une maîtrise suffisante de l’eau limite le développement des cultures fourragères », regrette le directeur provincial en charge des ressources animales, Mamadou Traoré.

 

Le chercheur de l’INERA, Dr Ouédraogo, relève pour sa part, la faible disponibilité des semences fourragères de qualité.

 

« Le système de production et de distribution des semences reste à renforcer », estime-t-il.

 

A cela s’ajoutent les difficultés de conservation du fourrage, le manque d’équipements adaptés et les coûts de mécanisation.

 

Selon le chercheur, les coûts de production varient en fonction des systèmes adoptés.

 

« Pour un hectare de culture fourragère, le labour coûte généralement entre 25 000 et 30 000 FCFA. Les semences peuvent varier de 25 000 à 200 000 FCFA selon les espèces », explique-t-il.

 

En revanche, les rendements peuvent être particulièrement intéressants.

 

« Certaines espèces comme le Maralfalfa peuvent produire jusqu’à 500 tonnes de biomasse par hectare et par an dans de bonnes conditions », ajoute-t-il.

 

Pour les services techniques, un accompagnement plus soutenu pourrait accélérer l’adoption de cette alternative.

 

Le directeur provincial estime que la production de fourrage constitue aujourd’hui l’une des principales solutions pour garantir une alimentation animale régulière.

 

« Les éleveurs sont encouragés à aménager des champs fourragers et à adopter des techniques de conservation comme l’ensilage », souligne-t-il.

 

L’Etat accompagne les producteurs à travers la mise à disposition de semences fourragères subventionnées, de fertilisants, ainsi que des formations destinées aux producteurs et aux techniciens.

 

Des banques fourragères équipées de systèmes d’irrigation sont également aménagées dans plusieurs communes afin de favoriser une production durable.

 

Mamadou Traoré, indique que ces infrastructures sont constituées de parcelles d’environ deux hectares permettant une production permanente de fourrage grâce à l’irrigation.

 

Plusieurs espèces y sont cultivées, notamment la luzerne, le Panicum et le Brachiaria.

 

Pour le Dr Souleymane Ouédraogo, ces efforts méritent toutefois d’être renforcés.

 

« Un renforcement du système semencier et des mécanismes d’accompagnement est nécessaire pour soutenir durablement le développement de la production fourragère », recommande-t-il.

 

Malgré les défis, plusieurs acteurs restent convaincus que la culture fourragère représente une solution d’avenir pour l’élevage.

 

Dans plusieurs exploitations de Bobo-Dioulasso, les bottes de fourrage prennent progressivement la place des pâturages naturels autrefois abondants.

 

« Aujourd’hui, si nous ne produisons pas nous-mêmes l’alimentation des animaux, l’élevage devient difficile », estime Adama Yanogo.

 

Dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources pastorales, la production de fourrage apparaît désormais comme une alternative durable pour préserver l’avenir de l’élevage dans la capitale économique burkinabè.

Agence d’information du Burkina 

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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