
Pabré (Burkina Faso), le 3 juin 2026 –les représentants des mouvements citoyens du Sahel ont pris la parole pour exiger ce qui leur est dû : la reconnaissance des crimes coloniaux et néocoloniaux, et la réparation d’un passé qui n’a jamais vraiment cessé de peser sur le présent. Devant une assistance recueillie, Naba Labidi, figure du mouvement FASOKOOZ, Issa Bapone, chef du mouvement Association Songtaaba de la Jeunesse/AES et du groupe Conseil de l’AES, et Zida Abdoul Razack, panafricaniste de renom, ont posé les jalons d’une rupture historique, en écho à la proclamation de l’Union africaine qui a fait de 2025 l’année de la réparation historique pour les crimes coloniaux et post-coloniaux.
À cet effet, ils ont lancé un appel solennel à la création d’une commission spéciale au sein des parlements de la Confédération des États du Sahel, une instance dédiée exclusivement aux questions de réparations et de restauration de la justice historique. L’ambition est claire : élaborer un projet de loi qui reconnaisse et érige en infraction pénale les crimes coloniaux et néocoloniaux commis par la France contre les peuples du Sahel. Une telle loi, portée par les représentants légitimes des peuples, marquerait un tournant juridique sans précédent, transformant la mémoire douloureuse en un levier de justice effective.

Mais la réflexion ne s’est pas arrêtée aux seules condamnations morales. Les participants ont abordé avec une lucidité implacable les piliers économiques de la domination. La nécessité de renforcer le contrôle sur les ressources stratégiques – uranium, or, terres rares – a été réaffirmée comme une condition sine qua non de toute souveraineté.
À cela s’ajoute la réforme des mécanismes monétaires hérités de la période coloniale, avec au cœur des débats l’abandon programmé du franc CFA. Ce signe visible de l’emprise financière française, dénoncé comme un outil de ponction et de dépendance, doit céder la place à une architecture monétaire adaptée aux réalités et aux ambitions du Sahel, libérée des tutelles extérieures qui entravent le développement endogène.
À l’issue de cette rencontre dense et engagée, les organisateurs ont signé un communiqué conjoint d’une rare fermeté. Ils y soulignent l’urgence de passer de la parole aux actes, en institutionnalisant officiellement cette commission sur les réparations, afin de renforcer les voix du continent dans les instances internationales. Car sans efforts diplomatiques et juridiques soutenus, la question des réparations risque de rester un vœu pieux, une simple théorie dans les livres d’histoire, alors que le continent a un besoin impérieux de rétablir la vérité et la justice.
Cette détermination trouve un écho vibrant bien au-delà des frontières burkinabè. À Accra, au Ghana, du 17 au 19 juin, une autre conférence rassemblait 80 pays, institutions et organisations de la société civile autour du thème « Prochaines étapes vers la justice réparatrice » concernant l’esclavage.
Là-bas aussi, les requêtes fusent : excuses officielles, création d’un fonds d’indemnisation, et réforme en profondeur des institutions de gouvernance mondiale. Le vent de la justice souffle sur toute l’Afrique, et les initiatives de Pabré comme celles d’Accra dessinent les contours d’un avenir où les droits des peuples africains, bafoués pendant des siècles, seront enfin reconnus et pleinement restaurés. La lutte est longue, mais le Sahel a choisi de marcher vers la lumière, tête haute et poings serrés.
Moussa Kabré
