
Dans cette tribune, Bali Nébié soutient que les difficultés des dirigeants occidentaux à comprendre les mutations géopolitiques en Afrique, particulièrement dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), trouvent leur origine dans des représentations héritées de la colonisation et durablement ancrées dans les mentalités. S’appuyant sur une réflexion autour du conditionnement social et du fonctionnement du subconscient, l’auteur plaide pour une remise en question de ces schémas de pensée afin de favoriser des relations fondées sur le respect mutuel et la souveraineté des États africains.
Face à la situation géopolitique qui prévaut au sahel et en particulier dans les pays de l’AES, depuis une dizaine d’années, des Dirigeants de pays impérialistes, notamment la France et ses alliés, sont totalement désorientés : à travers leurs médias, toute honte bue, ils multiplient des déclarations incohérentes et dépourvues de tout bon sens. Pour ces « experts » en Géopolitique, l’Afrique Noire doit être recolonisée parce qu’elle a des ressources naturelles dont eux Occidentaux ont besoin pour leur survie.
C’est comme si pour ces fameux « experts », le temps s’est figé depuis la conférence de Berlin (1884-1885) au cours de laquelle le continent a été partagé comme un gâteau entre les puissances européennes. Ayant compris que la « machine » à remonter le temps relevait de la fiction, les voilà pris de panique comme des vacanciers surpris sur une plage par un tsunami ; Ils pleurnichent partout en pointant du doigt la Rusie d’être à l’origine de tous leurs malheurs : ils ont la ferme conviction que c’est la Russie qui les a chassés comme des malfrats des pays de l’AES car pour eux, les Africains sont absolument incapables d’initiatives aussi élaborées et audacieuses.
De nombreux Africains se demandent comment de « grands » experts en Géopolitique soient aussi myopes et bornés au point de ne pas comprendre ce qui leur arrive en Afrique et en particulier dans les pays de l’AES.
La réponse à cette interrogation est pourtant toute simple : les Occidentaux sont victimes des préjugés sur les Africains que leur ont imposés leur environnement social et surtout leur système éducatif depuis des générations. L’image de l’Africain véhiculée au sein des populations européennes a toujours été celle d’un être presqu’humain et profondément débile.
Et comble de malheur, ces êtres vivent sur un continent au sous-sol extrêmement riche, un trésor dont ils ignorent probablement l’importance. Que devaient faire les grands civilisateurs qu’étaient les Européens ? Les coloniser ! Aujourd’hui, les Européens ont encore besoin des ressources de ces pays. Que faire ? Aller les recoloniser, même si on est au XXIe siècle. Le drame pour les Occidentaux, c’est qu’ils n’arrivent pas à se défaire de ces préjugés qui perturbent profondément leur appréciation de la situation politique en Afrique subsaharienne. En réalité, voilà ce qui leur arrive, à ces Européens !
Il est admis aujourd’hui que l’activité du cerveau humain génère l’esprit se présentant sous deux formes : l’esprit conscient et l’esprit inconscient (ou le subconscient).
L’esprit conscient, qui n’est véritablement actif qu’à partir d’environ sept (7) ans chez l’enfant, permet à l’individu d’analyser et d’interpréter les évènements vécus, de valider ou de rejeter une idée ; il lui permet de faire des choix et de prendre des décisions. Il est alors dit rationnel et objectif. Son action est la pensée.
Quant à l’esprit inconscient (ou le subconscient), il est actif dès la naissance de l’individu. Il est le siège des sentiments, de l’instinct, de l’intuition, des habitudes acquises, des émotions, etc. ; il assure toutes les fonctions vitales de l’individu. Ainsi, il contrôle plus de 95% de l’activité de l’individu. Le subconscient a la capacité de stocker, de façon automatique, tout ce que l’individu perçoit dans son environnement depuis sa naissance jusqu’à l’âge d’environ sept (7) ans.
Si l’esprit conscient n’est mis à contribution que pendant l’éveil de l’individu, l’action du subconscient est permanente. La première caractéristique extraordinaire du subconscient est sa capacité à transformer les informations reçues encore appelées suggestions, en données comparables à des programmes informatiques d’un ordinateur : on dira alors qu’il est programmé ou formaté. La deuxième est sa capacité à déclencher automatiquement l’expression d’un programme dès que le contexte s’y prête. Exemple : si le subconscient d’une personne a téléchargé le programme : « Je mène honnêtement ma vie », le jour où elle tentera de voler ou de tricher, une petite voix intérieure l’interpellera automatiquement en ces termes « Ne fais pas ! ». L’expression d’un programme est assimilable à une habitude acquise ; comme le dit l’adage : « On a beau chasser l’habitude, elle revient au galop ».
Les programmateurs du subconscient de tout être humain vivant en communauté sont :
– la famille nucléaire,
– les amis proches de la famille,
– l’Ecole officielle,
– la religion,
– les médias (journaux, émissions audio visuelles, réseaux sociaux, etc.),
– la « Rue »
– l’esprit conscient : dès que le conscient de l’individu devient fonctionnel, toute idée validée par lui, devient automatiquement un programme pour le subconscient.
Ce sont ces programmeurs formant l’environnement social de l’individu qui vont déterminer sa personnalité. Ils sont les seuls paramètres qui modèlent le profil du citoyen.
Un Etat qui n’a aucun contrôle sur les trois programmeurs fondamentaux que sont l’Ecole, les Religions et les Médias, est comparable au conducteur d’un véhicule entièrement automatisé et téléguidé de l’extérieur. C’est la tragédie que vivent de nombreux Etats africains.
Le subconscient est sensible aux mots répétés et surtout aux images d’où l’importance des médias auditifs et visuels dans le processus de programmation du subconscient. Les médias français (RFI, France 24 et TV5) sont les moyens utilisés par les autorités françaises pour programmer les subconscients des populations africaines. Comme le dit l’éminent journaliste Michel Collon « Le rôle des grands Mediaş n’est pas d’informer mais de fabriquer le consentement à la politique de leurs gouvernements et des grandes entreprises ».
Les trois Dirigeants de l’AES ont infligé un coup dur au régime français en suspendant la diffusion des trois médias dans leur espace. Ainsi ils ont coupé l’herbe sous les pieds des dirigeants français. On comprend aisément les vives protestations des autorités françaises face à ces mesures. Leur attitude n’a aucun rapport avec la défense de la liberté de presse.
Depuis des siècles, les Occidentaux (et pas eux seuls) ont compris ce système de programmation du subconscient de l’être humain en vue de le modeler à souhait. En effet, les comportements de tout individu, ses attitudes, ses émotions, ses croyances, ses préjugés, etc. sont l’expression des programmes gravés dans son subconscient.
Certains programmes seront bons et d’autres, mauvais, mais tous s’exprimeront. Le faite qu’une personne prenne conscience de la nocivité d’un de ses programmes n’entraine pas sa suppression de façon automatique. Pour supprimer un programme, la personne doit se déprogrammer, ensuite, se reprogrammer. On parle souvent de « déconstruction mentale ».
Les Européens, depuis des siècles, ont réparti les êtres humains en trois (3) grandes catégories appelées races qu’ils ont hiérarchisées avec l’aide de pseudo-scientifiques comme le stipule cet extrait d’un manuel scolaire de 1918 en France : « …les Nègres sont bien moins intelligents que les Chinois et surtout que les Blancs… Il faut bien savoir que les Blancs, étant plus intelligents, plus travailleurs et plus courageux que les autres, ont envahi le monde entier et menacent de détruire ou de subjuguer les races inférieures… ».
Par le système éducatif, les Dirigeants européens ont inculqué dans les subconscients des populations, la suprématie de la race dite Blanche sur les autres et surtout la race dite Noire. Ainsi, l’Européen programmé qui se trouve face à un Noir ou à un Asiatique, se sent tout « naturellement » supérieur à lui et se comporte comme tel.
Pendant que ces idées racistes se répandaient en Europe, les Européens qui ont pris pied sur le continent africain, expérimentaient leur thèse de suprématie « Blanche ». Ainsi, pendant la traite négrière et la colonisation, des actes d’une barbarie inouïe seront commis contre les paisibles populations africaines dans le but de faire accepter par l’esprit conscient du Noir, la « toute-puissance du Blanc » ; l’esprit conscient du Noir ayant validé cette suggestion, son subconscient l’enregistre automatiquement comme un programme qui sera alors transmis de génération en génération. L’expression courante et banale « Le Blanc est fort ! » est une parfaite illustration de la réussite de cette programmation. Et comme tout programme est forcément exprimé dans les comportements, attitudes, etc. de l’individu, le Noir programmé se sentira toujours inférieur au Blanc jusqu’à ce qu’il soit déprogrammé.
Précisons que des membres de chaque communauté africaine, notamment les membres des sociétés secrètes, ont rejeté et combattu ces programmations. Ce sont ces derniers qui ont été à l’origine des luttes de libération organisées sur toute l’étendue du continent et des luttes d’émancipation des Noirs hors du continent.
Pour renforcer ce programme défavorable au Noir, les partisans de la suprématie « Blanche » ont développé cet autre programme : « Le Noir est un grand enfant ». Aux Etats Unis d’Amérique, il fut une époque où tout homme Noir quel que fût son âge, était interpelé par les Blancs y compris leurs enfants et même petits-enfants, par le sobriquet de « fiston ! ».
Ce programme étant plus que jamais d’actualité, on comprend aisément les comportements paternalistes et condescendants des Autorités européennes à l’égard des Dirigeants africains. Pour elles, de « grands enfants » ne peuvent parler de « souveraineté nationale » car, le terme est trop fort pour eux. Ce ne peut être donc qu’une puissance rivale, en l’occurrence la Russie, qui soit derrière cette revendication légitime. Les autorités françaises, étant entièrement plongées dans leurs programmes, sont incapables de se rendre compte du ridicule et de l’indécence de leurs déclarations sur les médias à propos de recolonisation de l’Afrique. Certes, leurs prédécesseurs ont fait pire qu’elles mais avec un peu plus de finesse tout de même.
« Pays pauvres » ; « Pays pauvres et très endettés » » ; « Pays en voie de développement » ; etc. sont autant de programmes conçus par les Occidentaux et destinés à inonder les subconscients des africains pour raffermir et renforcer le sentiment de complexe d’infériorité vis-à-vis des Occidentaux. L’objectif majeur est de dissuader les Dirigeants des pays africains de voir, même en rêve, le terme « Souveraineté Nationale ». On comprend aussi aisément la rage des Occidentaux face au langage souverainiste des Dirigeants de l’AES.
Les derniers programmes que les autorités françaises et leurs alliés ont mis en selle dans les pays africains sont : « Election démocratique » et « Président démocratiquement élu ». Elles ont vidé complètement le mot « Démocratie » de sa substance comme une moule de son corps et ont bourré sa coquille de tout ce qu’ils veulent. Des élections, ouvertement manipulées et trafiquées au vu et au su des populations, sont déclarées « démocratiques » par les médias occidentaux dont les représentants sont mués pour la circonstance en experts en observation et en supervision des élections.
On aura beau expliquer à certains citoyens que ces élections ne sont qu’un des moyens mis en place par les impérialistes pour placer leurs sbires aux postes clés de l’Etat dans le but d’organiser le pillage des ressources du pays à leur profit, certains répliqueront ceci : « Les experts internationaux ont déclaré le régime légitime car issu d’élections démocratiques ». Et tant que ces citoyens ne seront pas déprogrammés, puis reprogrammés, ils reprendront par le même refrain quelle que soit la gouvernance qui caractérisera le régime « démocratique ».
La programmation du subconscient de l’être humain ne relève pas de la fiction. C’est une réalité. Les Occidentaux l’ont exploitée à outrance pour dominer et exploiter l’Afrique Noire à partir d’une époque de l’Histoire de l’humanité où ils ont eu une avance sur les Noirs dans les domaines militaire et technologique. Aujourd’hui Ils sont surpris et furieux à la fois de constater que les Dirigeants des pays de l’AES en particulier ne répondent plus à leurs programmes qui, indubitablement, sont devenus obsolètes.
Malheureusement, ils sont tellement englués dans leurs programmes qu’ils sont incapables de comprendre qu’il ne leur reste plus qu’une issue de survie : se déprogrammer, puis se reprogrammer afin d’accepter avec humilité de tisser des partenariats équitables avec les pays africains. Ils doivent se convaincre de ce que la marche entamée par chaque pays africain vers la « souveraineté nationale » est irréversible./.
Bali NEBIE
Professeur certifié de SVT en retraite
Formateur/Ecrivain
Expert de l’Académie Endogène des Savoirs (ACADES)
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