
L’association Afrique contre le Tabac (ACONTA) a lancé, ce vendredi 24 avril 2026, le rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac au Burkina Faso. Outil essentiel d’analyse et de suivi des interactions entre l’industrie du tabac et les pouvoirs publics, le rapport vise à mettre en lumière les stratégies d’influence utilisées par cette firme pour orienter les politiques publiques, souvent au détriment de la santé des populations.
Le questionnaire administré est composé de 20 questions reparties entre sept catégories ou indicateurs qui permettent d’évaluer la façon dont les gouvernements répondent aux tactiques de l’industrie du tabac en utilisant les directives de l’article 5.3 de la Convention-Cadre de l’Organisation mondiale de santé (OMS) pour la lutte antitabac (CCLAT). Ces indicateurs sont la participation de l’industrie du tabac à l’élaboration des politiques publiques ; les initiatives de l’industrie du tabac en matière de responsabilité sociale des entreprises ; les avantages accordés à l’industrie du tabac ; les interactions inutiles avec l’industrie du tabac ; la transparence dans les relations avec l’industrie du tabac ; des conflits d’intérêts de l’industrie du tabac et les mesures préventives prises par les gouvernements pour protéger leurs politiques de santé publique de l’ingérence de l’industrie du tabac.
« Le Burkina participe pour la quatrième fois à l’élaboration de l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac. Cette édition 2025 se distingue particulièrement par le classement honorable de notre pays. En effet, sur 100 pays évalués à l’échelle mondiale et 20 au niveau africain, notre pays occupe respectivement les 8e et 3e rang. Alors qu’à l’édition précédente, en 2023, le Burkina occupait la 11e place au plan mondial et 4 e au niveau africain. Cette performance témoigne d’une volonté affichée des autorités à protéger la santé publique et, partant, à éviter toutes formes d’ingérence de l’industrie du tabac dans la mise en œuvre des politiques de lutte anti-tabac », apprécie le coordonnateur de ACONTA, Adama Zango.

Cependant, de l’avis de l’association, des défis restent à relever. C’est pourquoi plaide-t-elle dans le cadre de ce rapport, pour l’adoption du projet de loi révisée portant lutte contre le tabac au Burkina Faso conformément à la CCLAT (Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac) et qui prend en compte les produits nouveaux et émergents ainsi que les autres défis concernant la lutte antitabac au Burkina Faso. « Sur ce point, nous félicitons déjà l’engagement de l’OMS aux côtés du ministère de la Santé, parce qu’à la date du 22 avril 2026 à Ouagadougou, une rencontre de plaidoyer avec les parlementaires, dont le retour donne un réel motif de satisfaction au regard des engagements qui ont été pris. C’est l’occasion pour nous, acteurs de la société civile, de remercier, une fois de plus, l’engagement des parlementaires en faveur de la protection de la santé publique à travers la lutte anti-tabac », a commenté M. Zongo.
La deuxième recommandation est relative à l’adoption du projet de décret sur la prévention de l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques de santé publique. Sur ce point également, ACONTA félicite le ministère de la Santé et encourage le coordonnateur du programme national de lutte contre le tabac et son équipe qui ont travaillé en synergie d’actions avec les acteurs engagés dans la lutte anti-tabac pour la mise en place d’un document relatif au conflit d’intérêt concernant les acteurs relevant du secteur public. L’objectif étant d’éviter que l’industrie du tabac ne puisse utiliser, directement ou indirectement, les acteurs de l’administration publique pour interférer ou saper les politiques de lutte anti-tabac.

La troisième recommandation porte sur la finalisation du processus de mise en œuvre du conditionnement neutre des produits du tabac au Burkina Faso et la quatrième recommandation est, elle, relative à la dotation du programme national de lutte contre le tabac, de moyens humains, matériels et financiers pour réaliser les activités de lutte anti-tabac, en partenariat avec tous les acteurs engagés dans la lutte anti-tabac, y compris la société civile. Cela pourra permettre la pleine participation de la société civile, telle que prônée par la CCLAT, afin d’atteindre l’objectif de la Convention et de ses protocoles, c’est-à-dire protéger les générations présentes et futures des effets sanitaires, sociaux, environnementaux et économiques dévastateurs de la consommation de tabac et de l’exposition à la fumée du tabac (article 3 de la CCLAT).
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« L’actualité en matière de lutte antitabac est aussi marquée par une grande victoire d’étape engrangée par l’Etat burkinabè avec à ses côtés les acteurs de la lutte anti-tabac au Burkina Faso contre l’industrie du tabac. En effet, une action du ministère public soutenue par la société civile notamment ACONTA a suscité une décision de justice qui a condamné l’industrie du tabac pour violation de la règlementation sur la publicité. Nous célébrons cette victoire car pour nous acteurs de la lutte antitabac, cette décision est une jurisprudence qui traduit l’effectivité de la règlementation sur l’interdiction de la publicité du tabac et des produits du tabac au Burkina Faso. Il est important que tous les acteurs de l’industrie du tabac sachent que la publicité du tabac et des produits du tabac est interdite et sanctionnée au Burkina Faso et toute violation engage leur responsabilité. En rappel, l’article 16 de la loi n° 040 -2010/AN portant lutte contre le tabac au Burkina Faso dispose que la publicité y compris la publicité transfrontalière et la promotion directes et indirectes, sous, quelle que forme que ce soit, en faveur du tabac et des produits du tabac, sont interdites… », informe le coordonnateur de ACONTA, Adama Zango.

L’association a, en outre, adressé les félicitations au ministère en charge du commerce à travers la Brigade mobile de contrôle économique et de répression des fraudes (BMCRF) qui a, récemment, saisi des milliers de cartons de cigarettes non conformes à la réglementation (https://lefaso.net/spip.php?article145719), c’est-à-dire au système de marquage, authentification, de suivi et de traçabilité, entré en vigueur le 5 juillet 2025 et qui impose un sticker sécurisé sur les emballages de cigarettes.
Une des articulations-phares de cette cérémonie de lancement du rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac au Burkina Faso, a été la remise symbolique dudit rapport aux autorités, aux organisations de la société civile et aux personnes-ressources présentes.
Avec ce lancement, le rapport va être disséminé par l’association, dans l’optique de contribuer non seulement à préserver les acquis, mais également à interpeller sur le fait que la protection de la santé publique doit primer sur les intérêts commerciaux. Aussi, chaque citoyen, chaque institution a, invite ACONTA, un rôle à jouer pour garantir un environnement sain et protéger les générations présentes et futures.
A titre de rappel, et selon le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’épidémie mondiale du tabagisme, en 2021, au Burkina Faso, 15,2% des adultes (15 ans et plus) consomment du tabac, avec une prévalence plus élevée chez les hommes (23 %) que chez les femmes (7,2 %). Le tabac est responsable de 71% des décès dus aux cancers des poumons, 42% des maladies respiratoires chroniques et 10% d’autres maladies.
O.L
Lefaso.net
