
Face à une hyperconnexion qui s’impose progressivement comme un phénomène de société, des chercheurs et des étudiants de l’université Joseph Ki-Zerbo veulent susciter une prise de conscience. À travers le projet « OFF DAY : 24h sans écran, 24h pour moi », officiellement lancé ce jeudi 23 juillet 2026 à Ouagadougou, ils proposent aux jeunes une expérience de déconnexion volontaire afin de promouvoir un usage plus responsable et équilibré du numérique.
Les smartphones, les réseaux sociaux et les plateformes numériques rythment désormais le quotidien des Burkinabè. Ils facilitent les échanges, l’accès à l’information, l’apprentissage et le divertissement. Mais cette révolution numérique, aussi bénéfique soit-elle, n’est pas sans conséquences. Derrière les écrans se cachent des réalités de plus en plus préoccupantes : dépendance, perte de concentration, fatigue mentale, isolement social ou encore anxiété liée à la peur de manquer une information. C’est dans ce contexte que l’Équipe de recherche en éducation aux médias et au numérique (EREMN), avec l’appui du Laboratoire médias et communication organisationnelles (LAMCO) et des étudiants en communication de l’université Joseph Ki-Zerbo, a lancé le projet « OFF DAY : 24h sans écran, 24h pour moi », lors d’une conférence de presse organisée au Durra Institut.
En ouvrant la rencontre, la présidente du comité d’organisation, Rebecca Sankara, a salué la présence des médias, qu’elle considère comme des partenaires essentiels de cette campagne de sensibilisation. « Votre présence témoigne de l’intérêt que vous accordez aux questions liées à la jeunesse, au numérique et à l’éducation aux médias », a-t-elle déclaré, avant de rappeler que le projet est né d’une volonté de rapprocher la recherche scientifique des préoccupations quotidiennes des citoyens.
Une société de plus en plus connectée
Pour illustrer l’ampleur du phénomène, Rebecca Sankara s’est appuyée sur les données de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). Au 31 mars 2026, le Burkina Faso comptait 29,79 millions de cartes SIM actives, contre un peu plus de 28 millions au dernier trimestre de 2025. La télédensité est passée de 117,46 % à 120,44 % de la population nationale. « Nous vivons aujourd’hui dans un pays où le numérique occupe une place essentielle dans notre quotidien. Les téléphones intelligents, les réseaux sociaux et les plateformes numériques ont profondément transformé notre manière de communiquer, d’apprendre, de travailler et de nous divertir », a-t-elle souligné. Selon elle, ces technologies représentent « des outils extraordinaires d’information, d’innovation et d’ouverture sur le monde ». Toutefois, leur utilisation intensive soulève de nouveaux défis, notamment chez les jeunes.

L’originalité du projet OFF DAY réside dans son ancrage scientifique. Les promoteurs expliquent qu’il s’appuie sur plusieurs travaux de recherche menés au Burkina Faso sur les usages du numérique. Des thèses de doctorat consacrées à l’éducation aux médias, aux usages d’internet par les élèves, à la téléphonie mobile ou encore à la désinformation viennent nourrir cette réflexion. D’autres recherches portent sur les effets des réseaux sociaux sur l’estime de soi des étudiants, la participation citoyenne numérique ou encore les phénomènes de manipulation de l’information.
Ces études montrent que l’hyperconnexion favorise la dépendance aux écrans, la diminution de la concentration, les troubles du sommeil, le stress, la fatigue mentale ainsi que la réduction des interactions sociales en présentiel.
Rebecca Sankara a également évoqué le FOMO (Fear Of Missing Out), cette peur permanente de manquer une information, une publication ou une opportunité lorsqu’on n’est pas connecté. « L’hyperconnexion favorise une dépendance aux écrans, une diminution de la concentration, une baisse des interactions sociales en présentiel, des troubles du sommeil, du stress ainsi qu’une fatigue mentale pouvant affecter le bien-être et les performances académiques des jeunes », a-t-elle expliqué. S’appuyant sur des études récentes, notamment celles de Chakrabarti publiées en 2024, elle a rappelé que ce phénomène touche particulièrement la génération Z.
Une journée pour expérimenter la déconnexion
Plutôt que de diaboliser les outils numériques, les initiateurs de OFF DAY proposent une approche pédagogique basée sur l’expérimentation. « Le projet OFF DAY vise à tirer la sonnette d’alarme sociale sur l’hyperconnectivité et ses conséquences », a affirmé Rebecca Sankara. Le point culminant de cette campagne est prévu le 31 juillet 2026, avec le Défi 24h, une journée consacrée à la déconnexion volontaire.
Durant cette journée, les participants seront invités à vivre sans écrans tout en prenant part à plusieurs activités : une conférence inaugurale sur l’équilibre numérique, des ateliers de lecture, de peinture et d’expression artistique, une initiation à la protection de la vie privée et à la sécurité numérique, un déjeuner collectif sans téléphone, des jeux de cohésion, une compétition de plaidoirie autour des enjeux du numérique ainsi que des activités créatives de sensibilisation. Les organisateurs souhaitent ainsi montrer qu’il est possible de renouer avec les échanges humains, la créativité et le vivre-ensemble sans renoncer définitivement aux outils numériques.

L’un des messages forts portés par cette campagne est la promotion du JOMO (Joy Of Missing Out), littéralement « la joie de manquer quelque chose ». « Au FOMO, nous voulons opposer fermement le JOMO, c’est-à-dire la joie de rater ou de manquer quelque chose », a expliqué Rebecca Sankara.
Pour les initiateurs, cette philosophie consiste à accepter de se déconnecter ponctuellement afin de retrouver du temps pour soi, pour ses proches et pour des activités souvent reléguées au second plan par l’omniprésence des écrans. Le projet entend ainsi promouvoir une véritable culture du numérique responsable, fondée sur la modération, l’esprit critique et la responsabilité.
Une mobilisation collective recherchée
Au-delà de la journée du 31 juillet, les promoteurs souhaitent inscrire cette initiative dans la durée. La campagne se déploiera en plusieurs phases, allant du teasing à la sensibilisation, en passant par la mobilisation avant la clôture. Elle bénéficie notamment du patronage du ministère de la Transition digitale, des postes et des communications électroniques, ainsi que d’autres partenaires. Une rencontre avec des créateurs de contenus et des influenceurs est également prévue afin de toucher davantage de jeunes. Rebecca Sankara a appelé les médias à jouer pleinement leur rôle dans cette dynamique.
« Nous comptons sur vous pour faire connaître OFF DAY au plus grand nombre, expliquer sa philosophie, relayer ses objectifs et encourager les jeunes, les familles, les établissements d’enseignement ainsi que l’ensemble des citoyens à rejoindre cette dynamique », a-t-elle lancé.
Avant de conclure sur le sens profond de cette initiative : « Le véritable défi de notre génération n’est pas de choisir entre le numérique et la vie réelle. Le véritable défi est de parvenir à les concilier intelligemment. » À travers OFF DAY, chercheurs et étudiants espèrent ainsi ouvrir un débat de société sur la place des écrans dans les habitudes quotidiennes et faire émerger des comportements numériques plus conscients. Une invitation, le temps d’une journée, à lever les yeux des écrans pour se reconnecter à soi-même, aux autres et au monde réel.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
