
Sergent-chef de police dans la vie professionnelle et violoniste traditionnel sur scène, Hervé Sawadogo, connu sous le nom d’artiste Bob Wend Korgo, mène un combat singulier. Celui de préserver le ruudga, un instrument ancestral (violon traditionnel) menacé de disparition. Porté par la passion de la musique traditionnelle, il est animé par la volonté de déconstruire certaines croyances populaires. Il s’est ainsi donné pour mission de transmettre cet héritage culturel aux jeunes générations tout en véhiculant des messages de paix, de patriotisme et d’engagement citoyen.
Derrière l’uniforme du sergent-chef de police Hervé Sawadogo se cache un artiste profondément attaché aux valeurs culturelles de son pays. Connu du public sous le pseudonyme de Bob Wend Korgo, il fait partie de cette génération de passionnés qui œuvrent à la sauvegarde du patrimoine musical traditionnel burkinabè.
Baigné dans la musique traditionnelle depuis son plus jeune âge, il nourrit très tôt une fascination pour les sonorités ancestrales. Pourtant, ce n’est qu’en 2022 qu’il décide de se consacrer à l’apprentissage du ruudga, le violon traditionnel moaga. Un choix motivé moins par la simple curiosité artistique que par une volonté de comprendre et de déconstruire les nombreuses croyances entourant cet instrument.

L’histoire du ruudga
Longtemps, raconte-t-il, certaines personnes ont cru qu’il fallait impérativement être aveugle pour jouer du ruudga ; et qu’une personne voyante risquait même de perdre la vue en s’y essayant. Une légende qui a traversé les générations et contribué à entretenir le caractère mystique de l’instrument. Mais en approfondissant ses recherches, Hervé Sawadogo découvre une réalité bien différente. Selon lui, cette pratique trouve son origine dans une démarche sociale initiée par les chefs traditionnels, notamment en milieu moaga. Ces derniers avaient réservé le jeu du ruudga aux personnes malvoyantes. Cela, afin de leur offrir une activité valorisante et une source potentielle de revenus, dans un contexte où les travaux champêtres leur étaient difficilement accessibles. Une mesure d’inclusion sociale qui, au fil du temps, s’est transformée en croyance populaire.

Transmettre et pérenniser le ruudga
Cette découverte agit comme un déclic. Convaincu que le ruudga n’a rien de mystique, Bob Wend Korgo décide alors d’en maîtriser les techniques en vue de faire tomber les préjugés et d’encourager sa transmission. Son ambition, ouvrir la pratique de cet instrument à tous ceux qui souhaitent l’apprendre et éviter qu’il ne disparaisse avec les derniers détenteurs de ce savoir. Une urgence, selon lui, car les principaux joueurs de ruudga sont souvent des personnes âgées malvoyantes dont le nombre se réduit progressivement.
Au-delà du ruudga, l’artiste démontre une remarquable maîtrise de plusieurs instruments traditionnels. Le tam-tam, le bendré, le lounga, le kema ou encore le djembé font également partie de son univers musical. Cette polyvalence témoigne de son attachement à la richesse culturelle burkinabè et de sa volonté d’en promouvoir toutes les expressions.
Lauréat de la SNC 2026
Son engagement artistique a déjà commencé à porter ses fruits. Bob Wend Korgo est l’auteur d’un album de six titres intitulé “Burkindi », un mot qui signifie « intégrité ». À travers ses chansons, il aborde des thématiques majeures telles que l’insécurité, la préservation des valeurs traditionnelles, le civisme et la conscientisation de la jeunesse burkinabè et africaine face aux défis contemporains. Ses œuvres mettent également en lumière le combat mené contre le terrorisme au sein de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Son talent lui a valu une reconnaissance nationale lors de la Semaine nationale de la culture (SNC) 2026. En collaboration avec un slameur, il décroche le premier prix de l’Assemblée législative du peuple (ALP), une distinction qui vient saluer l’originalité de sa démarche artistique et la portée de ses messages.

Aujourd’hui, Bob Wend Korgo nourrit de grandes ambitions. Il rêve de contribuer davantage à la valorisation de la musique traditionnelle et de devenir l’une des figures de référence de ce domaine au Burkina Faso. Entre mission de service public et engagement culturel, le sergent-chef de police démontre qu’il est possible de protéger à la fois les citoyens et leur patrimoine immatériel.
À travers les cordes de son ruudga résonne ainsi bien plus qu’une simple mélodie. C’est tout un héritage culturel, une histoire de cohésion sociale et un appel à la transmission qui prennent vie sous les doigts de cet artiste déterminé à faire vibrer les traditions burkinabè au rythme de son époque.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
