
À l’occasion de la Journée mondiale du livre, célébrée chaque 23 avril, l’association Littérature sans frontières (LSF) a initié, le 25 avril 2026, une rencontre d’échanges intitulée « Dialogue au féminin : Paroles écrites, femmes leaders ». Étudiantes, professionnelles et actrices engagées ont pris part à un cadre de réflexion qui met en lumière les réalités complexes du leadership féminin au Burkina Faso.
L’activité s’inscrit dans une dynamique de promotion de la littérature comme levier d’éducation et de transformation sociale. Pour Issaka Ouédraogo, président de LSF, l’initiative vise avant tout à préparer les jeunes filles à affronter les exigences du leadership. « Notre objectif, c’est de susciter l’intérêt des jeunes sur la question du leadership. Mais surtout de leur faire comprendre que ce chemin comporte des contraintes. Lorsqu’on en a conscience, on se prépare mieux et on développe un leadership assumé », explique-t-il.
Le panel introductif, modéré par le Dr Parfait Ilboudo, a permis d’approfondir la réflexion à travers des communications axées sur les fondements et les réalités du leadership féminin en Afrique. Parmi les intervenantes, Roukiattou Ouédraogo, coach en leadership transformationnel, a insisté sur une définition essentielle du leadership. « Le leadership, c’est la direction, mais surtout l’influence. Au-delà des qualificatifs, il s’agit d’être une personne capable d’impacter positivement son environnement », affirme-t-elle.
Dans son intervention, elle a invité les participantes à prendre conscience de leur capacité d’influence, que ce soit au sein de leurs familles, de leurs communautés ou à une échelle plus large. « Ce sont ces voix d’influence qui contribuent à transformer durablement les sociétés », poursuit-elle, appelant à un engagement progressif mais déterminé.

Pour y parvenir, Roukiattou Ouédraogo a mis en avant trois leviers fondamentaux. Le premier concerne le leadership intérieur, qui implique un travail sur soi, notamment la gestion des peurs, des doutes et des limites personnelles. Le second repose sur la visibilité : « Il faut faire entendre sa voix, prendre sa place et permettre aussi à d’autres d’émerger ». Enfin, le troisième levier porte sur l’impact transformationnel, en invitant chacune à agir d’abord sur son environnement immédiat avant d’élargir son influence.
Au-delà des outils de développement personnel, la question des pesanteurs socioculturelles a également occupé une place centrale dans les échanges. L’intervenante a rappelé que l’accès des femmes à certains espaces, notamment éducatifs et décisionnels, a longtemps été limité. « Pendant longtemps, la place accordée aux filles n’était pas la même que celle des garçons. Aujourd’hui, les choses évoluent, mais il reste encore des défis à relever », note-t-elle.
Elle interroge ainsi la place réelle accordée à la femme dans la société, appelant à une reconnaissance équitable des potentialités. « Femmes et hommes partagent les mêmes réalités, les mêmes besoins et les mêmes défis. Il est essentiel que chacun puisse accéder aux mêmes opportunités pour exprimer pleinement son potentiel », insiste-t-elle.

Aux côtés de Roukiatou Ouédraogo, Rokhaya Paquita, spécialiste genre au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a apporté un éclairage nourri par plus de trois décennies d’expérience dans la gouvernance et la promotion de l’égalité des sexes. Engagée dans la coordination du projet « Femmes, paix et sécurité », elle œuvre au renforcement des capacités des femmes et à leur implication dans les processus décisionnels, contribuant ainsi à une transformation structurelle des dynamiques sociales.
Les échanges interactifs qui ont suivi ont permis aux participantes de confronter leurs préoccupations aux expériences des panélistes. Entre questionnements, témoignages et conseils pratiques, la rencontre a offert un espace d’expression libre, où les réalités du terrain se croisent avec les aspirations individuelles.
Dans cette dynamique, la littérature apparaît comme un outil de transmission et de conscientisation. LSF, créée en 2023, œuvre à promouvoir la lecture et à accompagner les jeunes dans leur développement personnel et intellectuel. À travers ses actions, l’association ambitionne de faire émerger une génération capable de penser, d’écrire et d’agir sur son environnement.

En articulant littérature et leadership, « Dialogue au féminin » propose ainsi une approche qui dépasse le simple partage d’expériences pour s’inscrire dans une logique de transformation sociale. En mettant en avant des parcours authentiques, avec leurs réussites mais aussi leurs fragilités, l’initiative contribue à construire un discours plus nuancé sur le leadership féminin. Pour les organisateurs, l’enjeu est clair : il ne s’agit pas seulement d’encourager les jeunes filles à rêver grand, mais de les préparer à affronter les réalités du terrain avec lucidité et détermination. Une manière, à terme, de renforcer la présence féminine dans les sphères de décision et de participation active au développement du pays.
Au cours de cette rencontre, l’ouvrage « Osez diriger en tant que femme africaine » de Mavalow Christelle Kalhoulé a servi de support aux échanges. Contrairement à une approche souvent idéalisée du leadership féminin, le livre met en exergue les défis, les sacrifices et les tensions qui jalonnent le parcours des femmes leaders. « Très souvent, on présente le leadership féminin sous un angle valorisant, mais sans évoquer les difficultés. Cet ouvrage a le mérite de dire les choses telles qu’elles sont », souligne Issaka Ouédraogo, invitant les jeunes à s’approprier cette lecture pour mieux se préparer.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
