États-Unis-Iran : Quand la guerre redessine la carte des influences au Moyen-Orient

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Quelle est la dernière fois que les États-Unis ont gagné une guerre d’intervention à l’étranger ? Il faut réfléchir pour trouver la réponse. Mais l’essentiel n’est pas là. Les Américains ne veulent plus voir leurs soldats mourir à l’étranger parce qu’ils ont vécu dans leur chair la douleur de perdre des proches dans des guerres lointaines au Vietnam, en Irak, en Somalie, etc., et qui n’ont rien apporté au peuple américain. Le président Donald Trump a fait campagne contre les guerres à l’étranger, il a promis qu’il n’engagerait plus son pays dans une aventure en dehors de ses frontières. Aussi il s’est imposé de faire cette guerre uniquement dans les airs en déversant des bombes sur plus de 10 000 sites. Après le cessez-le-feu, un protocole d’accord signé électroniquement a été dévoilé le lundi et une version papier a été signée à la hâte à Versailles alors que c’était prévu pour le vendredi 19 juin 2026, suivi des négociations de 60 jours sur le détail du mémorandum.

Mais que dit ce mémorandum ? Quels sont les buts de guerre annoncés qui ont été atteints par les États-Unis ? Les discussions à venir sur des points clés comme le programme nucléaire iranien et le stock d’uranium enrichi vont se poursuivre pendant 60 jours, mais Trump fera-t-il mieux que le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) sous Obama qu’il a déchiré en arrivant au pouvoir lors de son premier mandat ?

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Au début de la guerre, ils étaient ensemble, les avions israéliens et américains bombardaient des cibles en Iran, même des écoles primaires de filles. Les journaux titraient la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. À la fin, l’allié éternel des États-Unis n’est pas signataire du protocole d’accord. Il est traité comme un proxy, comme le Hezbollah côté iranien, et n’est pas invité à la table des négociations. C’est une grande victoire de l’Iran, qui a brisé l’axe des deux pays qui l’ont agressé, si bien que les États-Unis font la paix sans Israël et veulent lui imposer les conditions de paix signées avec l’Iran. Les deux pays ont perdu et Israël a perdu davantage que les États-Unis. Il se retrouve très isolé au Moyen-Orient et ne s’entend avec aucun de ses voisins. Maintenant ce sont les États-Unis qu’il risque de perdre, s’il fait capoter le protocole d’accord. Trump est très amer contre Benjamin Netanyahu, à qui il reproche de lui avoir vendu une guerre qu’il a perdue. Israël a refusé de se retirer du Liban comme prescrit dans le mémorandum. Et comme on s’y attendait, la guerre n’a pas cessé au Liban, Israël reprenant ses bombardements sous prétexte que ses soldats ont été tués par le Hezbollah Ce qui fait que le processus est bloqué avant d’avoir commencé.
Une guerre pour rien

Aucun des buts de guerre des États-Unis n’a été atteint. Le régime iranien reste en place après l’assassinat de ses principaux dirigeants. Au lieu d’une aile modérée favorable aux États-Unis, ce sont les Gardiens de la révolution qui tiennent les rênes. Comment peut-on crier victoire si on n’a pas obtenu ses buts de guerre et que l’on a perdu le détroit d’Ormuz en plus ? Lequel de ces détroits était libre avant la guerre et est une conquête de l’adversaire ? Le Memorandum of Understanding (MOU) est un accord sur la libération du détroit d’Ormuz, sur la levée du blocage naval américain et la fin des hostilités des deux côtés. Les autres aspects seront négociés ultérieurement dans un délai de deux mois.

Celui qui perd la guerre paie les réparations

Dans chaque conflit, la partie perdante paie les dommages infligés à l’adversaire et les États-Unis se sont engagés à verser 300 milliards de dollars à l’Iran pour sa reconstruction. De plus ils vont libérer 24 milliards de ses fonds gelés Il semble que la moitié de ses fonds sera rétrocédée dès le vendredi 19 juin 2026. Il n’y a pas meilleure preuve que l’Iran est celui qui a gagné et l’Amérique a encore une fois perdu. Mais cette fois-ci le coût humain a été minime puisqu’il n’y a pas eu de troupes au sol. Trump a beau dire qu’il est le boss du G7 et qu’il a gagné, ce discours est pour ses partisans. Le monde entier voit la déculottée administrée par le régime iranien. Il a gagné quelque chose : la réouverture du détroit d’Ormuz qui va lutter contre l’inflation en réinjectant les 20% de pétrole et de gaz dans l’économie mondiale. Il espère ainsi sauver les élections de mi-mandat d’une déroute si le statu quo avait été conservé.

Les autres points sont en suspens : le programme nucléaire et balistique ainsi que le stock d’uranium enrichi. L’Iran sera intraitable sachant qu’il peut recourir toujours à son joker stratégique : la fermeture du détroit d’Ormuz.

Les États-Unis démontrent chaque jour qu’ils sont une puissance en déclin qui ne sait que manier la force mais n’arrive à rien avec elle. Cette guerre a été perdue même si l’Iran a été endommagé au niveau des infrastructures. En s’emparant du détroit d’Ormuz, l’Iran s’est doté d’une bombe atomique contre l’économie mondiale et il dicte ses vues aux États-Unis qui abandonnent leur allié Israël. Et les pays du Golfe bombardés par l’Iran mais qui devraient payer les réparations en Iran selon les Américains. Cette paix achetée par Trump fait de l’Iran la puissance de la région au grand dam d’Israël, qui va s’employer à allumer le feu encore pour essayer de reconquérir le cœur des Américains et être le pays nombril du Moyen-Orient autour duquel tous les autres pays dansent. Mais ses chances de succès sont minimes.

Sana Guy
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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