
La guerre est un engrenage dans lequel, si on met le doigt, les choses se déroulent rarement selon nos prévisions, éloignant l’horizon de la paix si on ne se ressaisit pas en abandonnant la passion et les sentiments face au conflit. Donald Trump pensait qu’il en finirait avec l’Iran au bout de quelques semaines. Depuis le 8 avril 2026, un cessez-le-feu existe entre les États-Unis et l’Iran, mais les deux pays n’arrivent pas à s’entendre pour un accord de paix.
Les positions sont figées et cette guerre, qui se menait dans les airs par bombardements et envois de missiles et de drones, est devenue une guerre navale où l’Iran contrôle le détroit d’Ormuz où les bateaux transportant les hydrocarbures ne passent plus et les États-Unis bloquent les bateaux provenant des ports iraniens pour que l’Iran ne puisse pas vendre son pétrole. Ce conflit a des conséquences désastreuses pour les voisins de l’Iran, alliés des États-Unis, et pour l’économie mondiale.
La première puissance militaire de la planète, les États-Unis, malgré son arsenal de guerre, a du mal à soutenir le poids économique du conflit à cause de la capacité de nuisance des missiles et drones iraniens qui mobilisent les lourds et coûteux systèmes d’interception américains et les anéantissent. Le stock est largement entamé et il faut du temps pour reconstituer ses capacités de défense. C’est ce qui explique, selon certains observateurs, que les États-Unis aient proposé le cessez-le-feu, mais la paix tarde à venir. La situation actuelle de cessez-le-feu sans accord de paix peut-elle durer éternellement ?
Les États-Unis et l’Iran n’ont pas de frontière commune, pour qu’ils puissent avoir un différend territorial. Les deux pays sont à plus de 10 000 km à vol d’oiseau. Pourquoi se battent-ils, ces deux pays si éloignés l’un de l’autre ? Au début de la guerre, Donald Trump a dit plein de raisons pour lesquelles il envoyait le feu du ciel sur l’Iran : à un moment il s’agissait de changer le régime, de libérer le peuple iranien, etc. Mais aujourd’hui il semble, après deux mois de conflit, que tout se résume au dossier nucléaire iranien.
Ce qui confirme que c’est le Premier ministre israélien qui a attiré le président américain dans cette guerre. Israël ayant toujours fait de la propagande pour que l’Iran ne puisse pas accéder au nucléaire. Et la question du nucléaire iranien, c’est lui, Donald Trump, qui l’a créée en retirant son pays de l’accord que les Européens et son prédécesseur Barack Obama avaient signé, lequel accord était appliqué correctement par l’Iran. Donald Trump est face à un défi : comment obtenir un meilleur accord que celui qu’il a déchiré après avoir envoyé des bombes pendant un mois et que l’Iran n’a pas capitulé ? Les États-Unis et l’Iran sont dans un conflit dont chacun aimerait sortir victorieux. Ce que l’on n’a pas gagné par la guerre, comment l’obtenir par un accord de paix ?
La négociation n’est pas pour les vaincus mais pour les forts d’esprit
Par la négociation, par l’écoute des différentes parties, par l’instauration d’un véritable dialogue, on peut arriver à sortir du conflit. On se fait la guerre en restant esclave de ses sentiments, de ses humeurs, de ses ressentiments. Il y a une autre manière de voir le conflit comme une opportunité de faire mieux ensemble, de voir ensemble les différents aspects du problème selon chaque partie.
Si on adopte cet angle de vue, la négociation devient stimulante, enrichissante. En confrontant les idées, on peut arriver à des idées créatives et l’autre que l’on voyait comme une menace cesse de l’être, parce que l’on aura appris à le connaître comme un être vivant, pensant, rationnel. On en ressort sans un vainqueur et un perdant, mais en hommes intelligents qui ont choisi de préserver leurs intérêts communs, qui ont préféré la paix à la guerre et à la destruction.
Ce n’est pas la voie que propose pour l’instant Donald Trump qui, selon le Wall Street Journal, a demandé un blocus prolongé des ports iraniens pour « contraindre l’Iran à accepter l’ensemble des exigences de Washington. » Cette opinion du président américain est la plus dangereuse dans une négociation. C’est celle du requin qui veut continuer à rivaliser, à dominer et à imposer son point de vue aux autres. Elle n’est victorieuse que quand l’adversaire veut éviter le conflit, abandonner ses intérêts. Si l’Iran avait eu une position de tortue qui se retire dans sa carapace, il n’y aurait pas eu un mois de guerre et un mois de cessez-le-feu.
Le pari de Donald Trump est qu’au bout du blocage économique, l’Iran, par l’incapacité à exporter son pétrole, soit contraint d’arrêter la production pour manque de capacité de stockage. Les bombardements ont détruit une bonne partie de son tissu économique et industriel, avec un effondrement sans précédent du cours de sa monnaie, sans compter le fait qu’il y aura des pénuries de produits alimentaires et autres si le blocage se poursuit, et qu’il doit penser à la reconstruction. Voilà dans l’esprit de Donald Trump ce qui peut pousser l’Iran à abandonner et signer tout ce qu’il veut.
L’Iran aussi pense que le coût de la guerre commence à devenir lourd pour les États-Unis avec 25 milliards de dollars en un mois. Du reste les États-Unis réduisent la voilure en retirant de leur armada au Moyen-Orient le porte-avion USS Gerald R. Ford, ne laissant que deux porte-avions. Le blocage du détroit d’Ormuz a fait monter le cours du pétrole de 6 à 7 % avec le Brent à plus de 115 dollars. Tout cela affecte le monde entier, y compris les États-Unis.
Si on sait que les élections de mi-mandat sont en novembre et que les sondages de Donald Trump sont très bas, ce serait un suicide de poursuivre une guerre aussi impopulaire sur des mois pour les États-Unis. C’est ce qui, selon l’Iran, emmènera les États-Unis à accepter que l’Iran a droit au nucléaire civil et qu’il conserve son stock d’uranium enrichi. Voilà les positions figées des deux belligérants, mais comme on l’a signalé au début, un imprévu ou une offensive de l’une ou l’autre des parties peut rallumer le feu de la guerre. Il faut espérer que les deux belligérants changent de position et que le négociateur pakistanais réussisse à les convaincre de revenir sur la table des négociations.
Sana Guy
Lefaso.net
