Éducation : Commencer l’école à 15 ans et devenir docteur en nanomatériaux, le pari réussi d’Achille Tehinke Malo

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Inscrit pour la première fois à l’école à l’âge de 15 ans et directement admis en classe de CM2, Achille Tehinke Malo semblait partir avec plusieurs longueurs de retard. Plus de deux décennies plus tard, le natif de Fafo, dans la province du Tuy, est docteur en sciences des nanomatériaux et mène des recherches de pointe dans les domaines de l’optique laser, de l’optoélectronique et des technologies de nouvelle génération au sein des plus prestigieuses institutions scientifiques de Chine et de Hong Kong. Son parcours est une éclatante démonstration que la persévérance peut triompher de tous les déterminismes.

Rien ne prédestinait pourtant Achille Tehinke Malo à une telle trajectoire. Né dans le village de Fafo, dans la province du Tuy, il passe son enfance entre les travaux champêtres et la garde des troupeaux. Pendant que d’autres enfants fréquentent les salles de classe, lui reste éloigné de l’école. Mais cette situation ne parvient pas à éteindre sa soif d’apprendre. Une passion qui, des années plus tard, allait transformer radicalement son destin.

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En effet, Achille Tehinke Malo est un autodidacte qui a commencé l’école à l’âge de 15 ans contre l’avis de ses parents. À 15 ans, alors que beaucoup considèrent déjà que le train de l’école est passé, il prend une décision qui changera le cours de son existence : s’inscrire à l’école primaire. Contre toute attente, il intègre directement la classe de CM2. Les moqueries fusent. Certains prédisent son échec. D’autres estiment qu’il est trop tard pour réussir. Mais le jeune garçon du Tuy répond par le travail. « Avant d’aller m’inscrire au CM2, mon grand frère m’avait déjà appris à lire et à écrire. Nous avons fait ça pendant deux ans. Donc quand je partais m’inscrire, je savais lire quelques voyelles et lettres. Mes camarades du CM2, particulièrement un de mes amis, m’ont beaucoup aidé dans l’écriture. Il écrivait mes leçons pour moi et m’apprenait aussi à écrire. Cet apprentissage a duré un trimestre. Ce qui a fait que j’ai trouvé mon aisance dans l’écriture et la lecture », a-t-il confié.

La même année, il obtient son Certificat d’études primaires (CEP) et crée la surprise en se classant premier de toute la province du Tuy, assure-t-il. Cette première victoire en 2002 marque le début d’une ascension scolaire qui ne s’arrêtera plus.

Passionné de technique, il décide de s’inscrire dans l’enseignement technique, notamment au Collège d’enseignement technique de Ouagadougou, où il obtient le CAP en 2006. En 2009, il décroche au premier tour le baccalauréat F3.

Porté par une détermination hors du commun, Achille Malo poursuit son cursus jusqu’à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Il s’inscrit au département des Sciences exactes et appliquées (SEA). La licence en 2012 et le master en énergies renouvelables en 2016, avec une spécialisation en photovoltaïque et solaire thermique, l’enfant prodige du Tuy s’envole vers l’Occident. Selon lui, cette formation lui a ouvert les portes du monde de la recherche scientifique et nourri son intérêt pour les technologies liées à l’énergie et à la lumière.
Un Burkinabè au cœur de l’innovation scientifique en Chine

Son excellence académique lui vaut, en 2017, une prestigieuse bourse du ministère taïwanais des Affaires étrangères. Il s’envole alors pour Taïwan où il consacre une année entière à l’apprentissage du chinois, conscient que la maîtrise de la langue constitue une étape indispensable pour accéder aux laboratoires scientifiques asiatiques.

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Pour Achille Tehinke Malo, il n’est jamais trop tard d’apprendre si la volonté existe

L’année suivante, il franchit un nouveau cap en décrochant la très sélective bourse du gouvernement chinois, attribuée par le China Scholarship Council (CSC). Cette distinction lui ouvre les portes de la Soochow University, où il entame un doctorat en sciences des nanomatériaux et ingénierie.

Son parcours prend alors une dimension internationale. Après l’obtention de son doctorat, il mène des recherches postdoctorales à la Southern University of Science and Technology (SUSTech), à Shenzhen, l’un des principaux pôles technologiques chinois. Il poursuit ensuite ses travaux à la Chinese University of Hong Kong (CUHK), classée parmi les meilleures universités d’Asie.

Après ses études doctorales à la FUNSOM/Soochow University en Chine, il poursuit ses recherches postdoctorales à la Southern University of Science and Technology (SUSTech), à Shenzhen, l’un des principaux pôles mondiaux de l’innovation technologique. Aujourd’hui, il poursuit ses travaux à Hong Kong, au sein d’un environnement scientifique parmi les plus compétitifs au monde.

Au cœur de ses recherches figurent les points quantiques, les nanocristaux, les dispositifs d’affichage de nouvelle génération (QLED) ainsi que les technologies laser destinées à la photonique intégrée. Des domaines de pointe qui façonnent déjà les technologies de demain, depuis les écrans intelligents jusqu’aux systèmes avancés de communication et d’énergie.

L’ascension scientifique

Les résultats de ses travaux lui ont valu une reconnaissance dans la communauté scientifique internationale. Ses publications apparaissent dans plusieurs revues de référence, dont Advanced Optical Materials, Advanced Functional Materials et Journal of Materials Chemistry C. Il est également détenteur d’un brevet d’invention chinois consacré à la synthèse de points quantiques, une avancée qui témoigne de sa capacité à transformer la recherche fondamentale en innovation concrète.

Au-delà de ses performances académiques, Achille Tehinke Malo incarne aussi une réussite d’intégration dans l’écosystème scientifique chinois. Titulaire de la carte de résidence permanente chinoise, plus connue sous le nom de « Five-Star Card », il fait partie du cercle restreint des chercheurs étrangers ayant su s’insérer durablement dans l’un des environnements scientifiques les plus exigeants au monde.

La recherche n’a de sens que si elle contribue au développement des sociétés…

Mais pour le chercheur, l’excellence scientifique n’a de sens que si elle contribue au développement des sociétés. C’est pourquoi il s’investit activement dans la mobilisation de la diaspora scientifique burkinabè et dans le renforcement des coopérations entre la Chine et le Burkina Faso. Son ambition est claire : favoriser le transfert de connaissances, encourager l’innovation et créer des passerelles capables d’accélérer le développement technologique de son pays d’origine.

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Achille Tehinke Malo dans un laboratoire de recherche en Chine

Dans ses laboratoires, Achille Malo travaille sur des matériaux microscopiques capables de produire ou de détecter la lumière. Ses recherches portent notamment sur des points quantiques exempts de cadmium, plus respectueux de la santé humaine et de l’environnement. Certaines de ses innovations ont donné lieu à un brevet d’invention en Chine et à des publications dans des revues scientifiques internationales de référence.

« Il n’est jamais tard »

Malgré cette reconnaissance internationale, le chercheur reste profondément attaché à ses racines. Son parcours a inspiré d’autres jeunes ayant connu une scolarisation tardive. Ensemble, ils ont créé l’Association Biloué, un mot qui signifie en langue pougouli « Il n’est jamais tard ». L’organisation accompagne les élèves démunis et encourage les enfants à poursuivre leur scolarité malgré les difficultés.

Pour Achille Malo, son histoire dépasse sa réussite personnelle. Elle porte un message d’espoir adressé à toute une génération. « Aucun retard n’est définitif lorsqu’il est compensé par la volonté, le travail et la persévérance », a-t-il déclaré. Selon le scientifique, beaucoup d’autres enfants de son village se sont inspirés de son exemple et ils ont décidé de s’inscrire à l’école. « Après moi, d’autres ont trouvé dans cette expérience une source d’espoir. Ils ont compris qu’il était possible de reprendre le chemin de l’école, quel que soit l’âge ou le niveau de départ. Certains se sont inscrits en CM2, d’autres en CM1, et d’autres encore à différents niveaux du cursus scolaire. Eux aussi ont persévéré. Eux aussi ont réussi. Aujourd’hui, parmi ces compagnons de route, certains sont devenus fonctionnaires, d’autres entrepreneurs, et tous portent la fierté d’avoir transformé une seconde chance en réussite », a-t-il souligné.

De l’enfant qui gardait les troupeaux à Fafo au scientifique reconnu dans les laboratoires asiatiques, son parcours illustre avec éclat qu’un rêve, même né loin des bancs de l’école, peut conduire jusqu’aux plus hauts sommets de la recherche mondiale.

Chercheur en optique laser à la Chinese University of Hong Kong, Achille Tehinke Malo fait partie de cette nouvelle génération de scientifiques africains qui évoluent dans les laboratoires les plus performants du monde. Spécialiste des nanomatériaux et de l’optoélectronique, il mène des recherches de pointe tout en nourrissant une ambition : mettre la science et l’innovation au service du développement du Burkina Faso.

Pour lui, personne ne doit rester de côté. Quel que soit l’âge, il n’est jamais trop tard pour commencer. C’est pourquoi il continue d’encourager ses cadets à ne jamais abandonner, à saisir les opportunités.

Serge Ika Ki
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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