La dissolution récente d’une centaine d’associations de la société civile a fait des gorges chaudes, alors qu’elle ne devait pas entraîner autant de chahut au regard de l’inutilité de la plupart d’entre elles d’une part, et du « glissement » observé dans leur rôle initial d’autre part, ce qui a fait de certaines d’entre elles de « véritables machines de destruction » de nos jeunes Etats en rapport avec leurs maîtres de l’ombre suivant les intérêts du moment de ceux-ci.
Légataires de la perception occidentale de l’État, les africains ont calqué leur démarche vers le développement sur celle de l’ancien maître. Depuis la signature sous l’égide de l’ONU des deux pactes destinés à donner une force juridique aux droits reconnus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (droits économiques sociaux et culturels d’une part et droits politiques et civils de l’autre) la défense de ces droits a acquis une place prépondérante dans les relations internationales, entraînant dans nos jeunes Etats une prolifération des mouvements associatifs œuvrant dans ce domaine au point que la société civile était devenue le deuxième « exécutif » dans nos Etats.
Un « exécutif » qui se transformera progressivement en pôle de décision, puis de pression pour finir par « assiéger » la République et pire servir de porte-voix à des causes et des maîtres plus intéressés par l’exploitation de nos pays que la défense de prétendus droits humains.
Force intermédiaire ou d’intermédiation entre l’État et les populations elle a fini par abandonner ce rôle pour descendre dans l’arène politique.
Arbitres impartiaux au départ, nos acteurs de la société civile ont été contaminés par le virus de la politique, perdant du coup toute crédibilité et toute capacité à s’élever au-dessus des intérêts partisans.
La défiance et la rupture ne pouvaient qu’intervenir avec l’exécutif qui la suspectait de tentative de »parricide. » Des associations souvent nées au « pif » et qui ont le culot de revendiquer une autorité de proconsuls de la République. A ce rythme, la légalité et la légitimité républicaine courait le risque de perdre leur symbolique et leurs attributs pour devenir des coquilles vides.
Bonjour le pouvoir de la rue et la fragilisation des fondements de la République.
Le retour à l’orthodoxie s’avérait nécessaire dans cette occurence et le toilettage opéré à Ouagadougou tout comme à Niamey doit être compris dans ce sens.
Au Burkina Faso particulièrement, cette société civile a influé sur la vie politique notamment en janvier 1966 et lors des grandes grèves des 17 et 18 décembre 1975 qui ont « arrêté » le projet de parti unique du général Sangoulé Lamizana. Des tartuffe opportunistes soutenus par des bailleurs de fonds peu regardant sur leurs actions quotidiennes et qui confondent l’indépendance par rapport au pouvoir avec l’opposition à ce même pouvoir.
La culture révolutionnaire authentique ne s’embarrasse guère de ces prises de position « socialo-populistes » surtout que l’éveil de conscience des citoyens leur permet de « lire » dans ce jeu de dupes .
Alors oui, ces dissolutions sont légitimes et légales car elles sont la réponse appropriée aux vicissitudes que certains dirigeants de cette société civile lui ont fait connaître en voulant travestir son rôle.
La rigueur révolutionnaire s’appliquera ici donc comme partout ailleurs.
Boubakar SY
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