La tension est désormais ouverte entre les producteurs de cacao et les autorités en Côte d’Ivoire, sur fond de stocks invendus et de paiements jugés interminables. Dans les zones cacaoyères, la colère ne cesse de grandir face à ce que les planteurs perçoivent comme une gestion défaillante de la crise par le gouvernement et le Conseil du Café-Cacao (CCC).
Dans plusieurs localités, notamment à M’Batto, des producteurs ont bloqué des routes pour dénoncer l’accumulation de cacao non payé et l’absence de solutions concrètes. La réponse des forces de l’ordre, marquée par l’usage de gaz lacrymogènes, a encore renforcé le sentiment de frustration et d’abandon chez de nombreux cultivateurs.
Le cœur du problème reste l’incapacité des producteurs à être payés pour leurs récoltes déjà livrées, malgré les promesses de rachat mises en place par les autorités. Beaucoup disent avoir vendu leur cacao sans jamais voir l’argent arriver, alors même que la grande campagne s’est achevée depuis plusieurs mois.
Dans les zones rurales, cette situation est vécue comme une injustice.
Les planteurs accusent les structures de régulation de lenteur et de manque de transparence, alors que leurs familles dépendent entièrement de ces revenus pour survivre. Certains témoignages évoquent même l’impossibilité de couvrir des besoins essentiels comme les soins ou la scolarité des enfants.
À Daloa, une coopérative de plus de 300 producteurs affirme encore détenir des stocks importants invendus, symbole d’un marché bloqué. Dans l’ouest, plusieurs cultivateurs disent avoir été contraints de brader leurs fèves à des prix deux fois inférieurs au tarif officiel, faute d’acheteurs et de liquidités.
Face à cette situation, les explications officielles peinent à calmer les esprits. Si le gouvernement évoque des mécanismes de régulation et de rachat en cours, sur le terrain, les producteurs estiment que les mesures tardent à produire des effets concrets.
Pour beaucoup, la crise actuelle dépasse la simple question des prix. Elle traduit un profond malaise dans la filière cacao, où les producteurs disent supporter seuls le poids des fluctuations du marché mondial, malgré le rôle central de la Côte d’Ivoire dans l’économie du chocolat.
Une colère qui, désormais, ne se limite plus aux champs, mais s’exprime de plus en plus ouvertement contre la gestion des autorités.
Yolande Bazié
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