
Victimes d’un accident de circulation en 2023, nous avons expérimenté, durant plus d’un mois, certaines difficultés que vivent quotidiennement les personnes handicapées physiques : dépendance, mobilité réduite et manque d’infrastructures adaptées. Cette expérience personnelle a profondément changé notre regard sur le handicap et rappelle l’urgence de construire au Burkina Faso une société plus inclusive, respectueuse des droits et de la dignité de tous.
En 2023, nous avons été victimes d’un accident de circulation qui a occasionné une blessure à la jambe. Pendant plusieurs semaines, nos habitudes de vie ont complètement changé. Se déplacer seul devenait difficile. Monter quelques marches représentait un effort considérable. Traverser une route, entrer dans un bâtiment ou simplement accomplir certaines tâches quotidiennes nécessitaient parfois l’aide d’une autre personne.
Cette période a été une expérience marquante. Elle nous a permis de comprendre, même de façon temporaire, certaines réalités que vivent les personnes handicapées physiques au quotidien. Une réalité souvent ignorée par une grande partie de la société, notamment par ceux qui n’y ont jamais été confrontés directement.
Lorsque l’on est valide, beaucoup de choses paraissent normales et automatiques. On se déplace sans réfléchir, on entre dans les administrations, les écoles, les hôpitaux ou les commerces sans se demander s’ils sont accessibles à tous. Pourtant, pour une personne à mobilité réduite, l’absence d’une rampe d’accès, d’un ascenseur ou d’un simple aménagement peut transformer un geste ordinaire en véritable parcours du combattant.
Au Burkina Faso, la question de l’accessibilité reste un défi majeur. De nombreux bâtiments publics ou privés sont construits sans tenir compte des besoins des personnes handicapées. Les trottoirs sont parfois impraticables, les transports peu adaptés et certains services difficiles d’accès. Cette situation limite non seulement la mobilité des personnes concernées, mais aussi leur autonomie et leur participation à la vie sociale et professionnelle.
Mais au-delà des difficultés physiques, il existe également des barrières sociales. Les personnes handicapées sont encore confrontées à des préjugés, à des comportements discriminatoires ou à des regards condescendants. Certaines sont marginalisées, exclues du système éducatif ou du marché de l’emploi simplement à cause de leur handicap. Pourtant, le handicap ne réduit ni l’intelligence, ni les compétences, ni les ambitions d’une personne.
Cette expérience personnelle nous a surtout fait comprendre une chose essentielle : nul n’est à l’abri du handicap. Une maladie, un accident de circulation, une agression ou encore certaines violences peuvent bouleverser une vie du jour au lendemain. Être valide aujourd’hui ne garantit pas de le rester toute sa vie. Cette réalité devrait pousser chacun à faire preuve de davantage d’empathie et de solidarité.
L’inclusion des personnes handicapées ne doit donc pas être perçue comme un simple acte de compassion ou de charité. Il s’agit avant tout d’une question de droits humains et de justice sociale. Toute personne, quelle que soit sa condition physique, doit pouvoir étudier, travailler, circuler librement et vivre dignement. Une société inclusive est une société qui refuse d’abandonner une partie de ses citoyens.
Au Burkina Faso, des efforts sont certes entrepris par les autorités, les organisations de défense des droits humains et plusieurs associations engagées dans la promotion des droits des personnes handicapées. Des campagnes de sensibilisation sont régulièrement organisées et certaines initiatives visent à améliorer l’accessibilité des infrastructures. Toutefois, les défis restent énormes et les actions encore insuffisantes face aux réalités vécues sur le terrain.
Le changement passe aussi par les mentalités. Les personnes valides ont un rôle important à jouer dans ce combat pour l’inclusion. Elles doivent apprendre à respecter les différences, à éviter les moqueries, à combattre les stéréotypes et à soutenir les initiatives favorisant l’égalité des chances. Promouvoir l’inclusion, c’est aussi poser des gestes simples du quotidien : aider sans infantiliser, encourager l’autonomie, rendre les espaces accessibles et défendre les droits des plus vulnérables.
Les personnes handicapées, quant à elles, continuent de se battre avec courage pour faire entendre leurs voix et revendiquer leurs droits. Beaucoup démontrent chaque jour leur capacité à exceller dans plusieurs domaines : administration, entrepreneuriat, sport, culture, enseignement ou encore politique. Leur parcours rappelle que le véritable obstacle n’est souvent pas le handicap lui-même, mais le regard et les limitations imposées par la société.
Notre expérience, même temporaire, a changé notre manière de voir le monde. Elle nous a appris que l’autonomie est une richesse précieuse et que l’inclusion doit être une responsabilité collective. Une société plus accessible et plus humaine profite à tous, pas uniquement aux personnes handicapées. Car chacun mérite de vivre avec dignité, respect et considération.
Le Burkina Faso gagnerait ainsi à faire de l’inclusion une priorité nationale réelle, à travers des politiques publiques efficaces, des infrastructures adaptées et une sensibilisation permanente des populations. Car une nation se mesure aussi à la manière dont elle traite les personnes les plus vulnérables.
Voir la loi sur les personnes handicapées ici
Samirah Elvire Bationo
Lefaso.net
