Burkina / Agriculture : « Les semences améliorées certifiées sont la clé de l’autosuffisance alimentaire », assure Christine Galbané

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Responsable de la ferme Genre intègre, membre de l’union régionale et chargée de l’administration au niveau des producteurs semenciers du Burkina Faso, Christine Galbané évolue dans l’agriculture depuis près de vingt ans. De ses débuts dans les champs du SERNAPO à Loumbila à son engagement dans la production de semences améliorées certifiées, elle retrace son parcours, revient sur les défis du secteur semencier et plaide pour une meilleure prise en compte des femmes et des jeunes dans l’agriculture. Dans cet entretien accordé à Lefaso.net, elle explique également le rôle stratégique des semences améliorées certifiées dans la quête de l’autosuffisance alimentaire du Burkina Faso.

Lefaso.net : Est-ce que vous pouvez nous expliquer votre parcours dans le domaine des semences ? Comment êtes-vous arrivée dans ce domaine ?

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Christine Galbané : Je peux dire que c’était lors du Service national populaire (SERNAPO) à Loumbila en 1986. Nous faisions partie de la première promotion. À Loumbila, la corvée qui nous avait été assignée, c’était les champs. Nous nous sommes retrouvés pour la première fois dans les champs. Nous avons semé du maïs et, en peu de temps, nous avons récolté. Nous avons grillé ce que nous avions récolté pour le manger. C’est de là qu’est née ma passion pour l’agriculture. Dans le même village, j’ai commencé à m’intéresser à la terre. Quand je me suis lancée, je cultivais bien le maïs, c’est vrai, mais je faisais aussi des oignons, des haricots verts et des tomates. J’ai commencé comme ça.

Jusqu’en 2006, j’ai beaucoup cultivé le maïs. C’est alors qu’on m’a parlé des semences. Je me suis intéressée à ce domaine parce que j’étais déjà dans l’agriculture. Vous avez certainement entendu parler d’une dame qui faisait travailler les femmes âgées de Tanghin, celles qu’on accusait de pratiques de sorcellerie et qui étaient bannies de leurs villages. C’était moi qui avais initié cela. Je les prenais le matin et nous partions travailler. Elles avaient à manger et, le soir, nous les ramenions. Au centre de Tanghin, elles n’avaient qu’un seul repas par jour, celui de midi. J’ai essayé de faire ce que je pouvais, comme une œuvre de bienfaisance, mais je trouvais que ce n’était pas suffisant.

Quand elles arrivaient au champ, elles étaient épanouies. Elles travaillaient, elles se retrouvaient entre elles. Elles étaient contentes de cela. Elles récoltaient des légumes, des fagots de bois et, à midi, nous mangions ensemble. L’ambiance était bonne. Le soir, chacune retournait au centre. Elles recevaient aussi mille francs par jour de travail. J’ai commencé comme ça. C’est ainsi que tout est parti.
Parmi ces mamans, qui étaient au nombre de 367, environ 160 pouvaient travailler, puisque certaines devaient s’occuper de la cuisine et d’autres tâches au centre.

C’est vous qui avez mis en place le centre ?

Le centre est une initiative caritative de l’église catholique du Burkina. Moi je leur apportais une aide, mais j’ai senti que mon apport était insignifiant par rapport à ce qu’elles pouvaient gagner en travaillant. Je prends un exemple. La première fois que nous avons produit du riz, nous avons obtenu 17 tonnes. J’ai mis de côté 12 tonnes comme semences et j’ai partagé le reste entre les femmes et les gens du village. C’est ainsi que les choses se sont passées. En contrepartie, elles avaient aussi de quoi subvenir à leurs besoins. Pour le haricot, par exemple, je le laissais au centre pour leur alimentation. Cela n’aurait peut-être pas été possible si elle ne travaillait pas dans les champs.

Qu’est-ce qui vous a motivée à vous spécialiser dans ce secteur stratégique qu’est la production de semences ?

En 2006, j’avais un voisin qui produisait des semences. Par curiosité, je me suis intéressée à cette activité. À l’époque, il travaillait avec le ministère de l’Agriculture. C’est ainsi que j’ai commencé à suivre des formations. À ce moment-là, j’étais encore en activité dans une institution financière. Pendant mes congés, je partais suivre des formations, notamment au Centre Albert à Gounghin. J’ai beaucoup voyagé pour me former. Entre-temps, je me rendais dans différentes régions, comme Ouahigouya ou Fada N’Gourma, pour suivre des formations d’une semaine à mes propres frais. Je revenais ensuite appliquer ce que j’avais appris. C’est ainsi que je me suis lancée dans la production de semences.

En quoi consiste concrètement votre travail au quotidien ?

À l’heure actuelle, aucun semencier n’a vraiment le temps de se reposer, parce que nous sommes en pleine période des semis. Deuxièmement, ce que nous produisons est récupéré par l’État pour être distribué aux familles afin de leur permettre d’obtenir de meilleurs rendements. Pendant cette période, avec les semences que nous produisons, il faut aller très vite. Après les semis viennent le sarclage, le buttage et les autres travaux d’entretien. En plus de cela, nous sommes suivis et contrôlés par des inspecteurs semenciers.

Quelle est l’importance de la semence de qualité pour les producteurs et pour la sécurité alimentaire au Burkina Faso ?

Je pense que la semence améliorée et certifiée est essentielle. Elle permet une production intensive et offre des rendements substantiels pouvant conduire à l’autosuffisance alimentaire. Aujourd’hui, si l’on parle d’autosuffisance alimentaire dans le cadre de l’Initiative présidentielle, c’est parce que l’accent a été mis sur les semences améliorées certifiées. La preuve, c’est qu’auparavant, nous nous battions pour aller aux foires de l’INERA afin d’acheter des semences.

Mais aujourd’hui, grâce aux dispositions prises par les autorités, notamment le ministre de l’Agriculture, dès que vous êtes déclaré comme producteur de semences, le système est beaucoup plus simple. En effet, les semences sont déclarées avant même leur production. Une fois votre déclaration enregistrée, vous recevez un code sur votre téléphone portable. Vous vous présentez avec ce code et, en priorité, les semences vous sont livrées. Les quantités que vous avez déclarées pour la campagne agricole sont prises en compte.

C’est à partir de ces déclarations que l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs semenciers du Burkina (UNPS-B) récupère les semences de base nécessaires à la production. Cela nous permet de disposer de semences de qualité pour produire à notre tour et obtenir de bons rendements. Par la suite, l’État récupère ces productions pour les distribuer dans les communes et les mairies, afin que les producteurs des villages puissent également bénéficier de meilleures semences et améliorer leurs rendements.

Est-ce que vous pouvez nous dire quelle est la différence entre les semences améliorées et les autres types de semences ?

Les semences de base sont d’abord produites par l’INERA. L’institut nous fournit ce qu’on appelle la semence de base. Nous sommes ensuite les premiers multiplicateurs de cette semence. L’objectif recherché est naturellement l’amélioration des rendements. Lorsque nous produisons ces semences, nous sommes suivis sur le terrain par les inspecteurs semenciers. À la fin du processus, ils évaluent la production et vérifient le respect des normes. Nous déposons ensuite nos stocks dans des magasins de regroupements reconnus par l’union. Après cela, les inspecteurs procèdent à un échantillonnage.

Les échantillons sont envoyés au laboratoire national pour analyse. Les analyses portent notamment sur le taux d’humidité, le pouvoir germinatif, le niveau d’impuretés et plusieurs autres critères techniques. Si tous les critères sont satisfaits, le lot est déclaré conforme et reçoit une certification. C’est cette certification qui permet à l’Union nationale des producteurs semenciers de commercialiser les semences, y compris à l’extérieur du pays lorsqu’il y a une demande.

Pouvez-vous nous expliquer comment se déroule la production d’une semence améliorée certifiée ?

Prenons par exemple le cas du haricot. Actuellement, les variétés de haricot que nous produisons sont précoces. Si elles arrivent à maturité en période de fortes pluies, elles risquent de pourrir. C’est pourquoi nous les semons généralement au mois d’août.

Supposons que nous semions le 5 août. Deux semaines plus tard, les inspecteurs effectuent une première visite de contrôle. Ils vérifient notamment le respect des espacements et du nombre de graines par poquet, car il existe des normes précises à respecter. Par exemple, on ne doit pas mettre quatre ou cinq graines dans un même poquet. Les quantités recommandées doivent être respectées. Après le semis, nous procédons à l’application des engrais. En même temps, nous réalisons les travaux d’entretien, notamment le désherbage.

Comme il s’agit du haricot, nous utilisons également des produits phytosanitaires pour lutter contre les ravageurs. Nous surveillons particulièrement l’apparition des chenilles, notamment les chenilles légionnaires, afin d’éviter les pertes. Au bout d’environ 60 jours, la culture arrive à maturité et nous procédons à la récolte. C’est ainsi que se déroule la production. Cependant, une semence n’est pas encore considérée comme « améliorée certifiée » au moment de la récolte. C’est seulement après les analyses en laboratoire et l’obtention de la certification officielle qu’elle est reconnue comme une semence améliorée certifiée.

Pourquoi les agriculteurs devraient-ils privilégier les semences améliorées ?

Nous privilégions les semences améliorées certifiées parce qu’elles sont précoces et mieux adaptées aux réalités climatiques actuelles. Aujourd’hui, les pluies sont de plus en plus irrégulières et les saisons deviennent difficiles à prévoir. Certaines variétés améliorées supportent mieux la sécheresse. Lorsqu’un producteur utilise ces semences, il a davantage de chances d’obtenir une bonne récolte malgré les aléas climatiques. En revanche, avec certaines variétés locales, si les pluies s’arrêtent brusquement ou sont insuffisantes, les pertes peuvent être importantes. La principale différence est donc que les semences améliorées sont plus précoces, plus résistantes et plus rentables. Elles permettent d’obtenir de meilleurs rendements et offrent davantage de sécurité aux producteurs.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels le secteur semencier est confronté ?

Actuellement, les principaux défis du secteur semencier concernent d’abord les questions de sécurité. Ensuite, il y a aussi le problème du foncier, et il faut le reconnaître. Je suis bien placée pour en parler parce que même lorsque vous disposez de tous les documents administratifs de votre terrain, cela ne suffit pas toujours. Il ne faut pas penser que parce qu’on a ses papiers, on peut rester tranquille. Quelqu’un peut arriver avec un autre dossier et contester votre propriété. Vous exploitez un terrain depuis des années, puis un matin, une personne surgit en affirmant que ce terrain lui a été vendu. Pourtant, vous avez tous les documents nécessaires. C’est une réalité que beaucoup de producteurs vivent. C’est pourquoi, si l’on pouvait trouver des solutions pour mieux sécuriser le foncier, notamment pour les femmes, ce serait une très bonne chose.

En tant que femme évoluant dans un secteur souvent considéré comme dominé par les hommes, quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Des difficultés, il y en a toujours. Mais lorsque l’on est une femme mariée, avec un foyer, un mari et des enfants, on apprend à faire face à certaines situations. Les hommes que nous rencontrons dans le cadre du travail font généralement preuve de respect. Malgré les obstacles, on arrive à s’adapter et à avancer. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de difficultés. Il existe parfois des frustrations ou des préjugés. Certains se demandent pourquoi une femme veut exercer ce type d’activité alors qu’ils considèrent que ce domaine leur est réservé. Mais c’est une réalité que l’on rencontre souvent dans nos sociétés. Il faut savoir persévérer, s’adapter et continuer à travailler pour atteindre ses objectifs.

Est-ce que vous avez constaté une évolution de la place de la femme dans le secteur agricole et semencier ces dernières années ?

Ces dernières années, avec l’arrivée du président de l’union Inoussa Ouédraogo, qui nous est arrivé jeune, beaucoup de choses ont changé. Son arrivée a fait que beaucoup de femmes, même moi qui avais voulu abandonner, ont laissé tomber cette idée. Et actuellement, j’ai formé plus de cinq personnes qui évoluent déjà. Et cette année, il y a deux femmes. Il y en a une qui évolue déjà dans le milieu. L’autre, c’est l’année prochaine qu’elle va commencer. En tout cas, il favorise d’une manière ou d’une autre les femmes et il nous encourage beaucoup.

Quel regard portez-vous sur le travail de recherche mené dans le domaine des semences ?

Il faut tirer notre chapeau à l’INERA. Vous voyez que nous avons aujourd’hui beaucoup de variété de semences de base qui ont été développées par les chercheurs de l’INERA.Nous, producteurs semenciers, nous assurons ensuite leur multiplication sous le suivi des inspecteurs semenciers afin de garantir de meilleurs rendements aux producteurs.Vraiment, félicitations à l’INERA pour le travail accompli, ainsi qu’au ministère en charge de l’Agriculture qui accompagne ces efforts.

Comment voyez-vous l’avenir du secteur semencier au Burkina Faso ?

Le secteur semencier du Burkina Faso a encore du chemin à parcourir. Il est important que les jeunes s’y intéressent davantage afin d’assurer la relève. Quand je parle des jeunes, je parle aussi bien des filles que des hommes. Il faut qu’ils s’engagent dans ce domaine pour prendre le relais. Regardez-moi aujourd’hui, d’ici deux ans, je compte arrêter mes activités et me consacrer davantage à mes petits-enfants. Il est donc nécessaire qu’une nouvelle génération vienne poursuivre le travail et contribuer au développement du secteur.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent faire carrière dans l’agriculture, la recherche ou l’entrepreneuriat agricole ?

Le premier conseil que je leur donnerais, c’est d’aimer ce qu’ils font. Si vous venez dans ce secteur par passion et par vocation, vous pourrez supporter les difficultés, tenir dans la durée et réussir. Mais si vous vous lancez simplement parce que vous avez vu quelqu’un réussir, cela ne suffira pas. Toute activité comporte des défis. Il peut arriver que pendant une année, voire deux années, vous ne récoltiez pas les résultats espérés. Mais il ne faut pas se décourager. Il faut persévérer, continuer à apprendre et à travailler. C’est la persévérance qui finit par payer.

Avez-vous un message à adresser ?

Mon dernier message s’adresse à toutes les structures ainsi qu’à l’ensemble des acteurs de la société. Je demande davantage de considération et de respect pour les femmes.
Très souvent, lorsqu’une femme se retrouve dans un environnement composé majoritairement d’hommes, elle peut se sentir marginalisée. C’est une situation qu’il faut revoir. J’invite donc les structures, mais aussi nos hommes, à réfléchir davantage à cette question afin de permettre aux femmes d’évoluer pleinement dans leurs domaines d’activité. Les femmes font déjà preuve de beaucoup de résilience. Mais lorsqu’elles se sentent soutenues, encouragées et respectées, elles peuvent aller encore plus loin et apporter davantage à la société.

Entretien réalisé par Anita Zongo
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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