Bogandé : autorités coutumières, forces de sécurité et leaders communautaires sonnent la riposte contre le rapt des jeunes filles et des femmes
Bogandé, 25 mai 2026 (AIB) -L’inquiétude était perceptible lundi matin dans la cour royale de Bogandé. Au palais de Sa Majesté Yempaabou, chef du canton de Bogandé, leaders communautaires, responsables religieux, forces de sécurité et services techniques se sont retrouvés pour faire face à un phénomène devenu alarmant : le rapt récurrent des jeunes filles et des femmes dans la ville, une pratique assimilée au mariage forcé.
Dès l’ouverture de la rencontre, le ton a été grave. Visiblement préoccupé, Sa Majesté Yempaabou a dénoncé une situation qui, selon lui, « a atteint des proportions inquiétantes ».
« En plus des jeunes filles, notamment des mineures, des femmes vivant dans leurs foyers sont également enlevées. Cela doit s’arrêter. Cette pratique ne nous honore pas », a déclaré le chef du canton devant une assemblée attentive et silencieuse.
Autour de lui avaient pris place des officiers de la police nationale, des représentants du service de l’action sociale et de la solidarité nationale, des coordinatrices provinciales et départementales des femmes ainsi que plusieurs chefs de village et leaders religieux venus des différents quartiers de la ville.
Au fil des échanges, les témoignages se sont succédé, traduisant l’ampleur du malaise qui gagne progressivement les familles. Selon plusieurs participants, il ne se passe pratiquement pas trois jours sans qu’une disparition de jeune fille ou de femme ne soit signalée à la police, à l’action sociale ou au palais royal.
Les statistiques présentées par les services de sécurité ont renforcé l’émotion dans l’assemblée. Entre octobre 2025 et mai 2026, une centaine de cas auraient été enregistrés dans la commune de Bogandé. Parmi eux, le cas d’une adolescente de 13 ans tombée enceinte après son enlèvement a particulièrement bouleversé l’assistance.
Selon les informations recueillies au cours de la rencontre, les principales victimes sont des adolescentes, souvent élèves, âgées en moyenne d’une quinzaine d’années. Mais les discussions ont également révélé que des femmes mariées seraient parfois enlevées jusque dans leurs domiciles, alimentant un profond sentiment d’insécurité au sein des ménages.
Tour à tour, les responsables religieux musulmans, catholiques et protestants ont rappelé les enseignements des différentes confessions sur le mariage, la dignité de la femme et la protection de l’enfant. Tous ont unanimement condamné les enlèvements et appelé les populations à davantage de vigilance et de dénonciation.
Au cours des débats, certains intervenants ont évoqué des discours tendant à présenter ces pratiques comme une tradition gulmantché. Une interprétation vivement rejetée par plusieurs leaders communautaires et personnes ressources.
« Aucune tradition ne peut justifier des actes qui portent atteinte à la dignité humaine et aux droits des filles et des femmes », a martelé une personne-ressource, sous les applaudissements de plusieurs participants.
Dans la cour royale, l’atmosphère oscillait entre indignation, inquiétude et volonté d’agir. Certains participants ont insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation dans les quartiers, les établissements scolaires et les familles, tandis que d’autres ont plaidé pour une application plus rigoureuse de la loi contre les auteurs et complices de ces enlèvements.
Au terme de plusieurs heures d’échanges, les participants ont reconnu que le phénomène dépasse désormais le cadre familial et nécessite une mobilisation générale de toutes les composantes de la société.
La rencontre s’est achevée sur un appel à poursuivre les concertations afin de dégager des solutions concrètes et urgentes pour mettre fin au rapt des jeunes filles et des femmes dans la ville de Bogandé. Une seconde rencontre est prévue dans les prochains jours pour examiner les solutions proposées par les différents groupes et définir les mesures à prendre pour stopper ce phénomène.
Agence d’information du Burkina
