BOAD Development Days : Lomé appelle à une alliance sacrée pour un habitat durable dans l’UEMOA
Ouagadougou, 15 juin 2026 (AIB)-La 2e édition des BOAD Development Days s’est achevée vendredi dernier à Lomé sur un appel à une « alliance sacrée » pour transformer l’habitat dans l’espace UEMOA, après deux jours de débats intenses réunissant près de 400 participants issus de 25 pays.
Placé sous le thème « Bâtir l’avenir de l’UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique », cet événement annuel organisé par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a tenu ses promesses en se muant, selon les termes mêmes de son président Serge Ekue, en un véritable « laboratoire de solutions et catalyseur d’impacts ». Des représentants de 50 institutions internationales ont pris part à ces assises qui ont confirmé le logement durable comme priorité stratégique de la sous-région.
Dès l’ouverture des travaux, le ton a été donné. Le ministre togolais de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Sévon-Tépé Kodjo Adédzé, a rappelé une réalité préoccupante : « Chaque année, nos villes s’étendent, notre demande en logement s’accroît, les infrastructures sont sous pression tout comme les budgets de l’État et ceux des ménages. » Pour lui, le logement doit désormais être envisagé comme une infrastructure structurante de développement, et non plus comme une simple réponse à un besoin social.
Le président de la BOAD, Serge Ekue, a quant à lui posé avec force le lien indissociable entre habitat et énergie. « Un habitat moderne est un habitat connecté à une énergie fiable, accessible et durable. Un habitat résilient est un habitat capable de produire, de gérer et d’optimiser sa consommation énergétique », a-t-il déclaré, esquissant ainsi la vision d’un habitat du futur ancré dans la souveraineté énergétique collective.
Le panel inaugural, consacré au financement de la chaîne de valeur immobilière, a constitué l’un des temps forts des discussions. Les experts réunis parmi lesquels la directrice générale d’Afinhab, celle de la Banque de l’Habitat du Sénégal, le président de la Fédération des promoteurs immobiliers d’Afrique de l’Ouest et le directeur général de NSIA Holding Financière-ont dressé un inventaire des obstacles structurels qui freinent le secteur : faiblesse du crédit, insécurité foncière, taux d’intérêt élevés, courte durée des ressources bancaires, faible solvabilité des ménages et déficit de garanties.
Le directeur général de NSIA Holding Financière, Léonce Yacé, a mis le doigt sur un frein souvent sous-estimé : le cadre réglementaire lui-même. « Même lorsque les banques ont l’ambition d’intervenir davantage dans le secteur immobilier, elles ne peuvent pas aller aussi loin que le souhaiteraient les promoteurs », a-t-il relevé, appelant à s’interroger sur l’adéquation des ratios prudentiels en vigueur dans la zone UEMOA avec les objectifs de développement des États.
Face à ce constat, les panelistes ont plaidé pour une révision du cadre réglementaire et une meilleure mutualisation des rôles entre banques de développement, investisseurs, banques commerciales, promoteurs et États. Une seconde session a par ailleurs exploré les pistes d’un label UEMOA pour l’habitat durable, croisant performance énergétique du bâtiment et enjeux environnementaux.
À la cérémonie de clôture, Serge Ekue s’est félicité de la qualité des échanges, soulignant que les débats avaient « dépassé les discours traditionnels » pour aboutir à de véritables propositions. Il a annoncé que les conclusions des travaux se matérialiseront dans une « Déclaration de Lomé », articulée autour des principes de dignité, de durabilité et de labellisation, qui servira de feuille de route à la BOAD et devra se traduire par « des réformes réglementaires audacieuses dans nos États ».
Le président de la BOAD a aussi plaidé pour une mobilisation élargie de tous les acteurs- États, banques de développement, investisseurs institutionnels, secteur privé, marchés financiers et collectivités territoriales-afin de « protéger les plus vulnérables et leur ouvrir les portes d’un habitat digne ».
En marge des travaux, une alliance bancaire autour de la Société ivoirienne de raffinerie (SIR) a également été scellée par la signature d’un accord entre la BOAD et huit institutions financières partenaires, illustrant la vocation opérationnelle de ces rencontres annuelles.
Agence d’information du Burkina avec ATOP
ATA/as
