
Le 29 mai, les commissaires européens ont jugé que la relation commerciale avec la Chine n’était plus « soutenable » et les 18 et 19 juin, lors du sommet européen, la question de la Chine figurera parmi les sujets économiques prioritaires. Derrière le mot d’ordre du « de-risking » se profile pourtant une tentation plus ancienne : confondre la réduction des risques avec la fermeture, et « réduire les chances » de l’Europe elle-même.
Le tournant dépasse les droits de douane. Bruxelles prépare un resserrement à plusieurs niveaux : instruments antidumping et antisubventions, examen des soutiens publics étrangers jusque dans les fusions et les marchés publics, et sécurité des chaînes d’approvisionnement érigée en condition d’accès au marché. Cinq États — France, Italie, Espagne, Pays-Bas, Lituanie réclament des outils plus rapides et plus larges. L’absence de l’Allemagne au bas de ce texte en dit long.
L’inquiétude européenne est réelle : croissance atone, désindustrialisation, déficit élevé. Mais le diagnostic est erroné. Le rapport Draghi, commandé par la Commission elle-même, l’établit : le décrochage tient d’abord à des causes internes retard d’innovation, coûts de l’énergie devenus prohibitifs depuis 2022, marché des capitaux fragmenté. Aucun de ces maux ne se soigne par un tarif. Aucune barrière ne comblera l’écart d’investissement de quelque 800 milliards d’euros par an que le rapport juge nécessaire.

L’automobile le démontre. Les droits imposés fin 2024 sur les véhicules électriques chinois l’ont été au prix d’un vote divisé, l’Allemagne votant contre. Et dès janvier 2026, Bruxelles ouvrait la voie à un prix minimum pour les remplacer parce que l’industrie réclamait du temps, et parce que le récit de la « submersion » résistait mal aux chiffres : l’Union dégage en réalité un excédent commercial dans l’électrique.
Par ailleurs, la voix du monde des affaires européen n’est pas tout à fait en phase avec celle de Bruxelles. Selon le rapport d’enquête publié en 2025 par la Chambre de commerce allemande en Chine, 92 % des entreprises allemandes sont disposées à continuer à s’implanter durablement sur le marché chinois, et plus de la moitié d’entre elles prévoient d’augmenter leurs investissements en Chine au cours des deux prochaines années.
Les chambres de commerce européennes ont également mis en garde publiquement contre une généralisation excessive de la sécurité des chaînes d’approvisionnement, qui ne ferait qu’augmenter les coûts et affaiblir la compétitivité. Ces voix du terrain forment un contraste saisissant avec les revendications pressantes de la lettre commune des cinq États un révélateur de la tension qui s’exerce au sein de l’Europe entre le « de-risking » politique et la volonté de ne pas laisser passer les opportunités économiques.

Le coût des barrières, lui, est réel. Renchérir les intrants, c’est renchérir la transition verte batteries, solaire, matériaux critiques où dépendances européenne et chinoise sont mutuelles. Et une règle inscrite dans le droit se défait bien plus malaisément qu’un tarif. À l’inverse, les investissements chinois qui s’implantent en Europe y créent emplois et savoir-faire ; la coopération sur les technologies propres y abaisse le coût de la décarbonation.
« Réduire les risques » est légitime ; en réflexe de fermeture, cela revient à « réduire les chances ». La compétitivité européenne ne se bâtira pas derrière un mur, mais dans le marché unique, l’investissement et l’échange.
Shanhui Zhang
Présentatrice et chroniqueuse
CGTN Français
