96 heures du notariat : Les notaires burkinabè face au défi de l’intelligence artificielle et de la modernisation

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Pour la première fois depuis la création de la profession notariale au Burkina Faso il y a 34 ans, les notaires ont choisi Bobo-Dioulasso pour abriter leurs traditionnelles « 96 heures ». Une rencontre, jugée historique par les acteurs du secteur, qui se tient du 10 au 13 juin 2026 dans la capitale économique autour de thèmes majeurs tels que le management des études notariales, la digitalisation et les enjeux de l’intelligence artificielle. Ces journées visent ainsi à préparer la profession aux mutations en cours tout en renforçant son rôle dans la sécurisation juridique du pays.

Le lancement officiel des activités de ces « 96 heures » de l’Ordre des notaires du Burkina Faso a eu lieu ce jeudi 11 juin 2026. Cette rencontre professionnelle rassemble les notaires venus des différentes régions du pays autour de réflexions portant sur l’avenir de leur profession et les défis auxquels elle est confrontée. Pour le président de l’Ordre des notaires du Burkina Faso, Maître Yacouba Dembélé, le choix de la ville de Sya n’est pas anodin. Il marque une étape importante dans l’histoire de la profession.

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« Notre profession a aujourd’hui 34 ans d’existence. De mémoire de notaire, c’est la première fois que nous organisons une session de cette envergure à Bobo-Dioulasso. À plus d’un titre, cet événement est historique », a-t-il souligné. Au-delà de son caractère inédit, cette délocalisation vise également à rapprocher davantage les notaires des populations de l’Ouest du Burkina Faso et à mieux faire connaître leur rôle dans la société.

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La photo de famille à l’issue de la cérémonie d’ouverture des travaux

Une profession à la croisée des chemins

La première journée, le mercredi 10 juin, a été marquée par la prestation de serment des clercs de notaire. La deuxième journée des travaux, ce jeudi 11 juin, est consacrée à une session de formation destinée aux notaires. Deux thèmes majeurs sont au programme à savoir le management des études notariales et la digitalisation du métier. Selon Maître Yacouba Dembélé, les offices notariaux ne doivent plus être perçus uniquement comme des charges publiques. « Une étude notariale a certes une mission de service public, mais c’est également une entreprise. Il faut savoir gérer les ressources humaines, les clients et l’ensemble des interactions avec les partenaires institutionnels », a-t-il expliqué.

L’ambition est d’outiller davantage les professionnels afin qu’ils puissent concilier efficacité managériale et exigences de sécurité juridique. Cette vision est partagée par les participants qui estiment que l’évolution des attentes des usagers impose une amélioration constante de la qualité des services rendus.

L’intelligence artificielle, une révolution à apprivoiser

L’un des sujets ayant suscité le plus d’intérêt au cours des échanges demeure sans conteste l’intelligence artificielle. Pour le président de l’Ordre, cette technologie constitue à la fois une opportunité et une menace pour le notariat. « Aujourd’hui, il existe des intelligences artificielles capables de produire pratiquement tous les types d’actes juridiques. Vous fournissez les grandes lignes d’un contrat ou d’un acte de vente et, en quelques secondes, l’outil génère un document structuré », a-t-il indiqué.

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Pour le président de l’Ordre des notaires du Burkina Faso, Maître Yacouba Dembélé, le choix de la ville de Sya n’est pas anodin pour abriter cette session

Face à cette réalité, les notaires refusent de rester de simples spectateurs. « Nous devons nous adapter au mouvement. Il ne s’agit pas de lutter contre le progrès, mais de trouver les moyens d’intégrer ces nouvelles technologies dans notre pratique tout en préservant nos missions fondamentales », a insisté Maître Yacouba Dembélé. Pour les professionnels du secteur, l’enjeu principal réside dans la préservation de la confiance accordée aux actes authentiques, qui constituent le socle même du notariat.

L’intelligence artificielle soulève également la question de la falsification documentaire. Selon le président de l’Ordre, plusieurs pays sont déjà confrontés à la multiplication de faux actes attribués à des notaires. Ces documents reproduisent souvent signatures, cachets et mentions officielles avec un niveau de précision inquiétant. Afin d’anticiper ces risques, l’Ordre des notaires du Burkina Faso a lancé en décembre 2024 un système de stickers de sécurisation des actes. « Le sticker est un élément physique qu’il est extrêmement difficile de reproduire à l’identique. Il constitue aujourd’hui un moyen efficace de lutte contre la fraude documentaire », a-t-il expliqué.

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La photo de famille à l’issue de la cérémonie d’ouverture des travaux

Selon lui, les demandes de vérification d’actes et les procédures liées à des soupçons de faux ont fortement diminué depuis la mise en œuvre de ce dispositif. Cette innovation vise à préserver la crédibilité de l’acte authentique qui, conformément à la législation en vigueur, bénéficie d’une présomption de légalité et d’exactitude de son contenu.

Huit ans après la réforme, l’heure du bilan

Les travaux des « 96 heures » prévoient également une réflexion approfondie sur le cadre juridique régissant la profession. Huit années après l’entrée en vigueur des textes actuels, les notaires souhaitent dresser un état des lieux de leur application afin d’identifier les insuffisances et les pistes d’amélioration. Cette démarche intervient dans un contexte marqué par de nombreuses réformes institutionnelles au Burkina Faso. « Nous devons être force de proposition. Il est préférable d’anticiper les changements plutôt que de les subir », a estimé Maître Dembélé.

Les conclusions de cette réflexion pourraient alimenter les futures discussions avec les autorités en charge de la justice, engagées dans un processus de relecture des textes encadrant plusieurs professions judiciaires.

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Des notaires ont répondu présent à l’appel de l’Ordre à Bobo-Dioulasso

Le parquet général réaffirme son accompagnement

Présent à la rencontre au nom du procureur général près la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso, empêché, le substitut du procureur général, Jean-Marius Simporé, a salué l’initiative de l’Ordre des notaires. Il a rappelé que le parquet général entretient des relations régulières avec les notaires, notamment à travers les missions de contrôle prévues par la loi. Selon lui, ces contrôles ne visent pas prioritairement la répression, mais davantage la prévention.

« L’objectif est surtout de s’assurer que les registres sont correctement tenus et que les obligations légales sont respectées. Cela permet d’éviter les difficultés et les plaintes qui peuvent être formulées par les justiciables », a-t-il expliqué. Le magistrat a également souligné l’importance du notariat dans la sécurisation des transactions et la préservation de la confiance dans les rapports juridiques.

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Le substitut du procureur général, Jean-Marius Simporé, a salué l’initiative de l’Ordre des notaires

À l’issue de ces « 96 heures », les participants espèrent repartir avec de nouveaux outils pour renforcer leurs compétences et améliorer la gestion de leurs offices. Pour l’Ordre des notaires, l’ambition demeure claire : bâtir des études notariales fondées sur l’excellence, la probité, le professionnalisme et l’innovation.

Romuald Dofini
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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