
Trente-deux ans après le déclenchement du génocide contre les Tutsis au Rwanda, la communauté rwandaise vivant au Burkina Faso, aux côtés des autorités burkinabè, des représentants diplomatiques et d’organisations internationales, a observé une cérémonie de commémoration à Ouagadougou. Entre recueillement, témoignages, appels à la vigilance et engagement en faveur des générations futures, les participants ont réaffirmé la nécessité de préserver la mémoire des victimes et de prévenir toute répétition de telles atrocités.
7 avril 1994 – 7 avril 2026. Voilà 32 ans que débutait le génocide contre les Tutsis au Rwanda, qui a entraîné, en seulement 100 jours (avril-juillet 1994), la mort de plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants. Cet épisode d’une extrême atrocité a profondément marqué l’humanité et demeure gravé dans la mémoire collective. À travers le monde, diverses initiatives perpétuent ce devoir de mémoire. C’est dans cet esprit que l’ambassade du Rwanda auprès du Burkina Faso et la communauté rwandaise résidant dans le pays ont organisé, dans la soirée du samedi 6 juin 2026 à Ouagadougou, une cérémonie commémorative.
La rencontre a réuni, outre des représentants du gouvernement burkinabè, des ambassadeurs, des membres des corps diplomatique et consulaire accrédités au Burkina Faso, ainsi que des représentants de communautés étrangères vivant dans le pays.

L’intervention du nonce apostolique Burkina-Niger, Monseigneur Eric Soviguidi, a constitué l’un des moments forts de cette soirée de commémoration. « Nous sommes rassemblés ce soir pour nous rappeler un événement tragique de l’histoire de notre humanité. Nous vivons cette commémoration les yeux tournés vers Dieu, Créateur de tout ce qui existe, de chaque vie et de l’histoire de tous les peuples. Nous remettons entre ses mains tous ceux et toutes celles qui ont subi les affres du génocide qui a frappé et causé de grandes souffrances au peuple rwandais, en particulier les Tutsis. Nous remettons entre les mains du Tout-Puissant toutes les victimes, leurs familles et ceux et celles qui, aujourd’hui encore, portent les blessures de cette histoire. Nous remettons entre les mains de Dieu tout le peuple rwandais, ses espérances et son engagement en faveur d’un développement humain intégral qui embrasse tous les enfants de la nation et qui permet d’éradiquer pour toujours les sentiments de haine, les sentiments fratricides, les sentiments destructeurs. Demandons à Dieu d’allumer dans le cœur de chacun de nous ici présents et de toutes les personnes qui, de par le monde, commémorent le génocide des Tutsis, une flamme d’espérance. Que jamais le mal qui a pu nous toucher ne soit le dernier mot, mais que l’espérance nous porte à construire ensemble un monde meilleur, où la haine n’a plus de place, mais où l’accueil de l’autre autour du Seigneur et de sa volonté soit le maître-mot. Que Dieu bénisse chacun de vous, qu’il bénisse le peuple rwandais et ses aspirations, qu’il bénisse toutes les cérémonies de commémoration et donne à ces moments de réflexion de porter de bons fruits de cohésion, de paix sociale et de développement. Que la paix du Seigneur descende dans nos cœurs, que la paix de Dieu touche nos amis et fasse de chacun de nous un semeur de paix, d’espérance, aujourd’hui et toujours ! », a déclaré, sur fond de prières et dans un silence empreint de recueillement, le représentant du Saint-Siège.

Comme si les événements dataient d’hier, la cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère de gravité que les 32 années écoulées n’ont pas atténuée. Pour cette commémoration organisée à Ouagadougou, la communauté rwandaise n’était pas seule. Elle a bénéficié d’un large élan de solidarité. Autorités burkinabè, représentants diplomatiques, responsables d’institutions et d’organisations internationales étaient mobilisés aux côtés de ce peuple frère d’Afrique de l’Est.
Toutes les catégories socioprofessionnelles de Rwandais vivant au Burkina Faso étaient représentées, avec une présence remarquée des jeunes, vêtus de noir en signe de deuil. Symboles d’avenir et d’espoir, ils ont adressé plusieurs messages à l’assistance après avoir effectué une marche silencieuse avec une banderole commémorative en hommage aux victimes du génocide perpétré contre les Tutsis. Les jeunes ont également partagé des citations rappelant l’importance de la mémoire, de l’éducation et de l’engagement de la jeunesse dans la prévention des conflits.

Cette commémoration a également été marquée par l’allumage de bougies, l’observation d’une minute de silence et la projection d’un documentaire intitulé « Du désespoir à l’espoir », retraçant le parcours du Rwanda. Ces séquences ont été suivies de la diffusion des messages du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, du gouvernement burkinabè et de l’ambassadeur du Rwanda auprès du Burkina Faso.
« Cette commémoration n’est pas seulement un moment de réflexion pour les Rwandais ; c’est un appel à la conscience pour le monde entier. Nous nous souvenons des victimes : les mères qui ont protégé leurs enfants, les pères qui sont restés impuissants face à la violence, les jeunes vies qui n’ont jamais eu la chance de s’épanouir. Nous honorons leur dignité et nous préservons leur mémoire afin que leurs histoires ne soient jamais effacées par le temps ou l’indifférence. (…). À nous tous, ici réunis aujourd’hui : l’histoire a montré ce qui se passe lorsque nous détournons le regard. “Plus jamais” n’est pas une inscription sur un mémorial, c’est un mandat. Et il nous appartient, à tous, de l’honorer », a déclaré l’ambassadeur du Rwanda auprès du Burkina Faso, avec résidence au Nigeria, dans un discours lu par le président de la communauté rwandaise au Burkina, Me Fulgence Habiyaremye.

Sentiments de fraternité, de solidarité et d’amitié du gouvernement burkinabè au peuple rwandais
Avant 1994, les Tutsis étaient victimes d’attaques violentes répétées, d’exclusion et de persécutions, a-t-il rappelé, ajoutant que certains avaient même été contraints à l’exil.
« Un système de type apartheid s’est enraciné, codifiant l’ethnicité et normalisant la haine. Dans la nuit du 7 avril 1994, la machine d’extermination s’est mise en marche. Des barrages routiers sont apparus du jour au lendemain. Les milices ont agi avec une efficacité effrayante. Des listes de noms avaient été préparées à l’avance. Les voisins se sont retournés les uns contre les autres. Les enfants n’ont pas été épargnés. Et pourtant, alors même que ces crimes se déroulaient sous les yeux de tous, le monde a hésité et s’est réfugié dans l’ambiguïté procédurale. La vérité a été occultée, présentée à tort comme du chaos, comme un conflit, tout sauf ce qu’elle était : un génocide », a rappelé Me Habiyaremye, lisant le message de l’ambassadeur.
Pour le secrétaire général des Nations unies, dont le message a été lu par le coordonnateur résident du système des Nations unies au Burkina Faso, Maurice Azonnankpo, « commémorer les morts ne suffit pas ; nous devons tirer les leçons des échecs du passé et protéger les vivants, en rejetant la haine, les propos incendiaires et l’incitation à la violence, en investissant dans le tissu social afin d’accroître la résilience des communautés et en renforçant les institutions qui contribuent à prévenir les atrocités criminelles ».

António Guterres invite ainsi tous les pays à adhérer sans délai à la Convention sur le génocide et à la mettre pleinement en œuvre.
« L’Organisation des Nations unies est aux côtés du peuple rwandais. Et nous sommes aux côtés de toutes les personnes qui, partout dans le monde, refusent de laisser la peur, la division ou le silence définir notre avenir. (…). En cette Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, nous pleurons les victimes et honorons leur dignité volée. Nous rendons hommage aux personnes rescapées, dont la résilience témoigne de la force de l’esprit humain. Et nous nous souvenons, avec humilité et honte, que la communauté internationale n’a pas tenu compte des avertissements et n’a pas pris immédiatement les mesures nécessaires pour sauver des vies », a-t-il déclaré, souhaitant également que cette commémoration réaffirme l’engagement commun à se souvenir, à écouter et à agir, en tirant les leçons de l’histoire pour prévenir tout génocide.
Le gouvernement burkinabè, à travers le ministère des Affaires étrangères, représenté par le chargé de mission Brahima Ouédraogo, a salué cette journée de mémoire qui constitue, selon lui, un moment de recueillement, de réflexion et de responsabilité collective. Elle rappelle, a-t-il poursuivi, l’une des pages les plus tragiques de l’histoire contemporaine de l’humanité, au cours de laquelle près d’un million de personnes ont perdu la vie dans des circonstances d’une extrême cruauté. Selon le représentant du ministre des Affaires étrangères, en honorant la mémoire des victimes, le gouvernement burkinabè réaffirme son devoir de préserver la vérité historique, de lutter contre le négationnisme sous toutes ses formes et de transmettre aux générations futures les enseignements tirés de cette tragédie afin qu’elle ne se reproduise jamais.

« Le génocide contre les Tutsis nous rappelle avec force les conséquences dramatiques que peuvent engendrer la haine, l’intolérance, les divisions identitaires et l’indifférence de la communauté internationale face aux signes avant-coureurs des crises », a souligné Brahima Ouédraogo.
Il a également salué « avec admiration » la résilience exceptionnelle du peuple rwandais, « qui a su, sous un leadership visionnaire et grâce à un engagement patriotique remarquable, transformer une épreuve historique d’une rare gravité en une dynamique exemplaire » de reconstruction nationale, de réconciliation et de développement.
À travers la commémoration du 32ᵉ anniversaire du génocide contre les Tutsis, le peuple rwandais rend ainsi hommage aux victimes, salue le courage des survivants et renouvelle son engagement envers les générations futures.
O.L
Lefaso.net
