Dano : Traditionalistes et évangélistes signent des engagements pour restaurer la paix
Dano, 4 juin 2026 (AIB)-Les adeptes de la religion traditionnelle et les évangélistes ont procédé à la signature d’engagements marquant la fin du conflit religieux dans la province du Ioba, au cours d’une cérémonie organisée par le Haut-Commissariat de Dano en partenariat avec le Centre pour le dialogue humanitaire (HD), le mercredi 20 mai 2026 à la mairie de Dano. Le Haut-commissaire de la province du Ioba, Innocents Ouattara, a présidé ladite cérémonie.
L’organisation de cette cérémonie visait la signature, par les deux parties en conflit, d’engagements écrits en vue du retour d’une paix durable dans la province du Ioba. Cette signature marque l’aboutissement d’un processus de dialogue entrepris à la suite de plusieurs rencontres de diagnostic, d’analyse des causes des tensions, d’identification des parties impliquées et de recherche de solutions durables aux conflits interreligieux dans la province.
Selon les résultats des travaux, le principal conflit identifié dans le Ioba est celui qui oppose les évangélistes aux coutumiers. Apparu depuis 2016, ce conflit a pris une tournure violente en 2024 et en 2025.
Face à cette situation, les autorités provinciales ont sollicité la contribution de tous pour éteindre ce conflit. D’où l’intervention du Centre pour le dialogue humanitaire (HD), dans le but de favoriser le retour de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
C’est ainsi qu’un comité de facilitateurs, composé de leaders influents et de représentants des parties concernées, a été mis en place pour conduire les échanges en vue d’une sortie de crise.
Selon le représentant des facilitateurs, le curé de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes de Dano, l’abbé Séverin Dabiré, les différentes concertations ont permis au Centre pour le dialogue humanitaire (HD) d’élaborer un projet d’engagements fondé sur les propositions des leaders des deux camps. Le document a été soumis aux communautés afin de recueillir leur adhésion et leurs amendements.
Les leaders de toutes les confessions religieuses, les coutumiers, le Haut-commissaire de la province du Ioba ainsi que les préfets-présidents des délégations spéciales des communes de Dano, Guéguéré, Niégo et Oronkua ont accepté librement de signer ces engagements devant les autorités administratives, judiciaires, militaires et paramilitaires, leurs adeptes ainsi que le chef du bureau de HD.
Le chef de canton de Dano, Sa Majesté Naonfa II, et le président de la Fédération des Églises et Missions Évangéliques du Ioba, le pasteur Dominique Ayoro, ont été les premiers à signer les documents d’engagement.
Afin de veiller à la consolidation de la paix, un comité de suivi des engagements, composé de quinze membres, a été installé. Selon le secrétaire général de la province du Ioba, André Lankoandé, cette instance comprend cinq représentants de l’administration, cinq traditionalistes et cinq évangélistes.
« Ils sont chargés de veiller au respect des engagements pris afin de déceler les signes susceptibles de compromettre leur application et d’intervenir à temps pour amener les signataires à respecter leur parole », a expliqué M. Lankoandé.
Cette cérémonie a été ponctuée par des interventions, la signature des engagements et des prestations musicales.
Le chef de canton de Dano, Sa Majesté Naonfa II, a formulé des bénédictions pour la tenue de la cérémonie.
Le président de la délégation spéciale (PDS) de Dano, Denis Zanré, a salué la présence des représentants de l’ONG HD à cette cérémonie, synonyme de promotion de la cohésion sociale, de la paix et de l’amélioration de la qualité du vivre-ensemble.
Il a remercié la diaspora pour son ouverture d’esprit et son accompagnement.
Pour le chef du bureau de HD, Moussa Tall, la cérémonie de ce jour mémorable constitue le couronnement d’un processus endogène porté par les fils et les filles du Ioba.
« Les autorités déconcentrées, à savoir le Haut-commissaire de la province du Ioba, Innocents Ouattara, et le Gouverneur de la région du Djôrô, Siaka Barro, ont soutenu activement ce processus », a-t-il poursuivi.
Selon M. Tall, les parties en conflit ont méthodiquement échangé autour de leurs incompréhensions et de leurs perceptions, et sont parvenues à des solutions à leurs différends.
Le représentant de HD a relevé que les engagements pris démontrent la grandeur d’esprit des parties disponibles et engagées pour la paix. Ils témoignent également du fait que nos us et coutumes regorgent de riches ressources permettant de prendre en charge nos différends.
En outre, ils mettent en exergue la disponibilité des autorités à œuvrer inlassablement aux côtés des populations pour préserver le patrimoine commun qu’est la paix.
Moussa Tall a remercié l’ensemble des acteurs ayant contribué au processus et formulé le vœu que cette expérience inspire les fils et filles du Burkina Faso afin que la paix et la cohésion sociale, socles de tout développement, reviennent partout au pays des Hommes intègres.
Pour le haut-commissaire de la province du Ioba, Innocents Ouattara, cette cérémonie constitue l’aboutissement heureux d’un dialogue fraternel engagé à la suite des crises religieuses que la province a connues.
Les incompréhensions liées aux pratiques religieuses avaient engendré la méfiance, les agressions verbales et parfois la haine ainsi que la violence entre communautés, a-t-il rappelé.
Pour M. Ouattara, ces conflits commençaient à prendre une ampleur inquiétante au moment où d’énormes efforts sont consentis dans la lutte contre les agresseurs de la patrie.
Plusieurs démarches ont été entreprises dans l’optique d’instaurer un climat de paix, notamment à travers le Programme Décentralisation et Cohésion Sociale. Ensuite, la phase de médiation est intervenue grâce à l’accompagnement du Centre pour le dialogue humanitaire (HD).
« Ce processus a permis de restaurer la confiance entre les communautés. Cette démarche démontre notre capacité à trouver nous-mêmes des solutions aux problèmes qui menacent notre société », a-t-il déclaré.
Innocents Ouattara a invité les signataires de ces engagements, formulés de manière consensuelle, à tout mettre en œuvre pour honorer leur parole devant Dieu et les ancêtres afin de consolider durablement la paix dans la belle province du Ioba.
Il a également souligné que les engagements signés matérialisent la fin de plusieurs crises enregistrées depuis près de quinze ans dans les communes de Dano, Guéguéré, Oronkua et Niégo.
Il a exprimé sa reconnaissance à l’ONG HD pour son apport inestimable à la conduite du processus.
M. Ouattara a témoigné toute sa gratitude au ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, au Gouverneur de la région du Djôrô, aux autorités judiciaires, aux Forces de défense et de sécurité, aux membres du comité des facilitateurs ainsi qu’à toutes les bonnes volontés pour leurs efforts en faveur de l’apaisement et de l’espérance d’un avenir paisible.
Agence d’information du Burkina
SZ/ata
