
Le Musée national du Burkina Faso a accueilli, le vendredi 5 juin 2026, une cérémonie de dédicace de l’ouvrage « L’Algorithme Lobi : Les Mathématiques Sonores du Sacré » de Thierry Stéphane Momo. À travers cette publication, le musicien, enseignant et chercheur indépendant propose une approche inédite de la musique traditionnelle lobi en mettant en lumière les structures mathématiques qui sous-tendent ses rythmes et ses sonorités. Une contribution scientifique qui ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension et la valorisation des savoirs endogènes africains.
Signé par Thierry Stéphane Momo, l’ouvrage se présente comme une étude structurelle et algorithmique de la musique lobi, plus précisément du “Binkontin”, un genre musical emblématique de cette communauté du sud-ouest du Burkina Faso. Musicien professionnel installé en Europe, professeur de guitare et de basse, mais également chercheur indépendant, l’auteur s’est engagé depuis plusieurs années dans un travail de recherche visant à comprendre les mécanismes cachés qui gouvernent certaines musiques traditionnelles africaines. Son ambition n’est pas de soumettre ces musiques à une validation scientifique extérieure, mais plutôt de révéler, grâce aux outils contemporains, la complexité des savoirs qu’elles renferment déjà.
« Je n’ai pas voulu associer les mathématiques à la musique lobi. C’est la musique lobi qui a convoqué les mathématiques », explique Thierry Stéphane Momo. Selon lui, les résultats présentés dans l’ouvrage sont le fruit d’années de recherches menées sur différents répertoires musicaux du sud-ouest burkinabè. Le livre ne constitue d’ailleurs qu’une première étape dans un travail beaucoup plus vaste. L’auteur indique avoir choisi de consigner dans cet ouvrage sept découvertes majeures obtenues à partir de l’analyse d’un morceau de référence accessible au public. Une démarche qui lui a permis de simplifier des résultats particulièrement riches et complexes afin de les rendre plus compréhensibles.

Sept découvertes pour mieux comprendre l’intelligence de la musique lobi
L’une des originalités de l’ouvrage réside dans la manière dont il mobilise des outils scientifiques habituellement utilisés dans des domaines comme la physique, l’acoustique ou les mathématiques appliquées. À travers différentes mesures et protocoles d’analyse, Thierry Stéphane Momo cherche à démontrer que les musiques traditionnelles sont porteuses de structures organisées qui peuvent être observées, mesurées et décrites. Parmi les concepts développés dans le livre, figure notamment celui de « maturité mathématique ». Selon l’auteur, lorsqu’une musique traditionnelle débute, elle présente certaines propriétés spécifiques qui évoluent progressivement au fil de son déroulement. « Quand la musique commence à jouer, elle a une certaine propriété mathématique. Plus elle avance, plus ses propriétés deviennent complexes et ces propriétés sont mesurables », détaille-t-il.
Les résultats de ses analyses montrent notamment qu’au cours de son évolution, la musique étudiée tend progressivement vers une valeur mathématique bien connue : le nombre d’or, également appelé nombre phi. Cette constante, présente dans de nombreux phénomènes naturels, architecturaux et artistiques, apparaît ici comme un point d’équilibre vers lequel convergent certaines propriétés de la musique lobi. Pour Thierry Stéphane Momo, cette évolution traduit un mouvement progressif vers ce qu’il appelle un état critique, situé à la frontière entre l’ordre et le chaos. Une zone d’équilibre où la musique atteint un niveau élevé de complexité sans pour autant perdre sa cohérence structurelle.

Au-delà des résultats eux-mêmes, l’auteur insiste sur le fait que ces découvertes ne sont pas le fruit d’interprétations intuitives. Elles reposent sur des protocoles de recherche élaborés et constamment améliorés au fil des années.
De ses premiers essais qu’il qualifie de « protocole V0 » jusqu’à ses méthodes actuelles, Thierry Stéphane Momo a progressivement affiné ses outils afin de prendre en compte les nombreuses contraintes liées à l’analyse des archives sonores anciennes. Les enregistrements étudiés ont souvent subi plusieurs transformations techniques au fil du temps, depuis les bandes analogiques jusqu’aux formats numériques contemporains. « J’ai dû mettre au point un protocole qui permette d’analyser correctement les musiques quelles que soient les dégradations de qualité », précise-t-il.
Cette exigence méthodologique l’a conduit à développer des outils qu’il met aujourd’hui à la disposition d’autres chercheurs et physiciens intéressés par ce type d’analyse. Au-delà de sa dimension scientifique, « L’Algorithme Lobi : Les Mathématiques Sonores du Sacré » porte également un message fort en faveur de la reconnaissance des savoirs endogènes africains. L’ouvrage défend l’idée que les traditions musicales ne constituent pas seulement des patrimoines culturels à préserver, mais également de véritables systèmes de connaissances capables d’enrichir la réflexion scientifique contemporaine.

Pour l’auteur, les musiciens traditionnels n’ont jamais eu besoin de formules mathématiques pour créer des œuvres d’une grande sophistication. Toutefois, les outils scientifiques permettent aujourd’hui de mettre en évidence des mécanismes que les praticiens maîtrisent intuitivement depuis des générations. Cette publication, fait-il savoir, s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large visant à revaloriser les patrimoines africains en les considérant non plus uniquement comme des objets d’étude ethnographique, mais aussi comme des sources de concepts, d’innovations et de connaissances.
Thierry Stéphane Momo a spécifié lors de cette dédicace qu’il a partagé avec le public les premiers résultats d’un chantier de recherche qu’il estime encore largement inachevé. « Je n’ai fait que gratter la surface », affirme-t-il d’ailleurs pour laisser entrevoir la poursuite d’un travail où musique, science et culture continueront de dialoguer pour révéler toute la richesse des patrimoines sonores africains et burkinabè.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
