Mesures de gratuité des soins au profit des femmes et des enfants de moins de cinq ans, régime d’assurance maladie universelle, achat stratégique des services : quelles garanties pour une résilience sanitaire nationale.
Auteurs : Bamogo F., Batiéné V., Massimbo J.G., Mariko L., Koukoui S.A., Ouedraogo A.
Messages clés
La politique de gratuité des soins des femmes et des enfants de moins de cinq ans (2016) a levé des barrières financières majeures d’accès aux soins de santé au Burkina Faso. Toutefois cette politique a atteint ses limites structurelles faute de mutualisation pérenne.
L’articulation RAMU–Gratuité est la seule voie de solution vers une protection financière universelle et durable à l’horizon 2030.
L’achat stratégique, la digitalisation des flux et la gouvernance transparente constituent les trois leviers d’efficience prioritaires.
L’équité territoriale est un instrument de résilience nationale : soigner dans les zones à défis sécuritaires affirme la présence de l’État.
2016 : Lancement de la gratuité ciblée
2015 : Adoption Loi n°060-2015/CNT du 5 septembre 2015 portant RAMU, en cours d’opérationnalisation
2022 : décision du Gouvernement de transférer les fonctions d’achat de service de la politique de gratuité des soins à la CNAMU ;
2030 : Horizon CSU · PNDS national
15 % : Cible budget santé (Déclaration d’Abuja)
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État des lieux : impératifs de la CSU
Le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS 2021–2030) constitue la pierre angulaire de la souveraineté sanitaire du Burkina Faso. Malgré une architecture pyramidale articulée autour des CSPS, CHR et CHU, le diagnostic révèle des défis structurels imbriqués qui paralysent l’efficience globale du système.
Fragmentation et dépendance extérieure
La multiplication de mécanismes de financement non coordonnés (CAMA, CNAMU, Gratuité des soins, Crédits transférés aux collectivités locales, Crédits délégués, Banque du dépôt du Trésor, financement des partenaires), couplée à une forte dépendance aux partenaires internationaux (21% du financement de la santé viennent de l’extérieur) fragilise le système face aux chocs géopolitiques et macroéconomiques et réduit la visibilité budgétaire nationale.
Inégalités & paiements directs excessifs
Le poids des paiements directs (out-of-pocket) qui s’établissait à 44% en 2023, alimente la précarité des ménages les plus vulnérables, tandis que les inégalités géographiques persistent entre centres urbains et zones rurales à défis sécuritaires.
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Bilan critique de la gratuité ciblée (2016–2025)
Lancée en 2016 pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, la politique de gratuité a agi comme un accélérateur d’équité. Si elle a levé les barrières financières immédiates, son format actuel atteint ses limites organiques et exige une articulation avec le RAMU.
Dimension
Acquis
Limites et risques
Accès aux services
✓Acquis
Fréquentation massivement accrue, y compris en zones rurales et semi-urbaines.
Risque
Pression excessive sur les ressources logistiques et épuisement du personnel de santé.
Santé maternelle & infantile
✓Acquis
Réduction significative de la mortalité ; hausse des accouchements assistés par du personnel qualifié.
Risque
Risque de dégradation de la qualité perçue par surcharge des infrastructures.
Protection financière
✓Acquis
Suppression des paiements directs au point de prestation pour les groupes cibles.
Risque
Retards de remboursement de l’État → ruptures chroniques de stocks de médicaments essentiels.
Cadre budgétaire
✓Acquis
Volonté politique affirmée par des allocations budgétaires dédiées.
Risque
Viabilité menacée par l’absence de mécanismes de mutualisation pérennes.
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Architecture de l’articulation RAMU–Gratuité
Le succès de la CSU dépend de la fin de la fragmentation des mécanismes. L’alignement stratégique doit opérer une convergence entre la politique de gratuité et le RAMU autour de quatre piliers opérationnels :
Pilier 01 : Harmonisation des paniers de soins
Aligner les prestations pour éviter les distorsions de couverture entre bénéficiaires de la gratuité et assurés RAMU et prévenir la fragmentation de l’offre.
Pilier 02 : Mise en commun des fonds (Pooling)
Fusionner les budgets publics de la gratuité et les cotisations sociales pour créer une masse financière critique, résiliente et capable d’absorber les chocs.
Pilier 03 : Mécanisme unique de paiement
Unifier les interfaces de paiement pour réduire la charge administrative des formations sanitaires et éliminer les retards chroniques de trésorerie.
Pilier 04 : Système d’information intégré
Digitaliser l’identification des bénéficiaires et le suivi des prestations en temps réel via les plateformes FIS, FISCONTROLE, SIGRAMU, et Faso Arzeka. Les initiatives actuelles d’interopérabilité entre la FIS et SIGRAMU sont à encourager.
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Achat stratégique, équité territoriale et gouvernance
Trois leviers de performance : Le Paiement Basé sur la Performance (PBP) rémunère les structures selon la qualité réelle et les objectifs de santé publique mesurables. La contractualisation engage les prestataires sur des résultats vérifiables (CPN, couverture vaccinale, délais de traitement). La digitalisation et l’e-paiement garantissent la traçabilité absolue des fonds et réduisent les délais de remboursement.
Équité et gouvernance : L’équité territoriale impose une formule populationnelle ajustée (OMS 2010) allouant les ressources selon les besoins réels, avec des incitations fortes pour le personnel en zones à défis sécuritaires. La gouvernance exige la publication annuelle des Comptes de Santé, de la cartographie dynamique des ressources, des audits indépendants et un suivi parlementaire rigoureux, conditions sine qua non pour justifier l’augmentation de la part nationale de l’enveloppe santé.
Le droit à la santé est une responsabilité collective. Au-delà des réformes techniques, une question fondamentale subsiste : sommes-nous prêts à passer du discours politique à une véritable souveraineté budgétaire ?
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Recommandations par parties prenantes
La transformation du système exige une synchronisation parfaite entre les acteurs. Un manque de coordination conduirait inévitablement à un effondrement systémique des mécanismes de protection financière.
- Gouvernement
Sécuriser une ligne budgétaire pluriannuelle dédiée à la santé en augmentant progressivement la part nationale pour atteindre la cible de 15 % (Déclaration d’Abuja) et réduire la dépendance aux financements extérieurs volatils.
- Ministère de la Santé
Finaliser le transfert de la Gratuité au RAMU, accélérer le déploiement des plateformes numériques (FIS-DPI, Faso Arzeka) et produire des analyses d’efficience régulières via les Comptes de la Santé.
- Assemblée législative du peuple (ALP)
Voter les lois de mutualisation des risques, exiger des rapports de performance consolidés aux acteurs de mise en œuvre de la CSU (CNAMU et MS) et assurer un contrôle budgétaire parlementaire garantissant la redevabilité démocratique réelle des dépenses de santé.
- Société Civile
- exercer un suivi citoyen sur la qualité des soins dans les formations sanitaires.
- plaider pour l’équité de traitement des populations indigentes,
- contrôler l’utilisation effective des ressources publiques allouées.
Conclusion prospective
Le Burkina Faso dispose aujourd’hui d’une base politique solide à travers le PNDS 2021-2030. Cependant, la pérennisation de la Couverture Sanitaire Universelle impose une rupture de paradigme : passer d’une gratuité fragmentée à une assurance maladie intégrée, prenant en compte les exigences d’achat stratégique et financée par une mobilisation souveraine de ressources nationales.
L’objectif ultime est la réduction de la dépendance aux financements volatils. Cette transformation n’est pas optionnelle. Elle est la condition sine qua non pour que demain, aucun Burkinabè ne soit laissé au bord du chemin par un système de santé inaccessible ou inéquitable.
Une production thématique de l’Association Action Djigui-Yiri pour un Développement Social (ADDS)
Contact : 77 69 81 12/70 81 41 34
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