Sissili/Tradition : À Bagoun, le festival des récoltes réveille les masques et l’âme de la culture Nuni

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Sissili/Tradition : À Bagoun, le festival des récoltes réveille les masques et l’âme de la culture Nuni

Bagoun, 16 mai 2026 – Après une fine pluie fine qui a lavé la terre de la Sissili la veille, le village de Bagoun a célébré les retrouvailles avec ses ancêtres du 15 au 16 mai 2026. Entre le grondement sourd des tambours, la poussière soulevée par les pas cadencés et la sortie majestueuse des masques, le festival des récoltes a signé son grand retour. Plus qu’une simple réjouissance populaire, cette célébration s’impose désormais comme le miroir d’une jeunesse nuni en quête d’authenticité et le symbole d’une cohésion sociale retrouvée.

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L’air est chargé de l’odeur de la terre mouillée et du dolo frais. À Bagoun, localité située dans la commune de To, province de la Sissili, le temps semble s’être arrêté pour mieux renouer avec l’histoire. Les premiers battements du « dalo », danse traditionnelle nuni au rythme lourd et frénétique, résonnent au cœur du village. C’est le signal. Les corps s’animent, les sourires s’affichent, et les regards se tournent vers l’arène où la culture traditionnelle s’apprête à livrer ses plus beaux secrets.

Ce festival des récoltes vient de loin. Pour les habitants, revoir ces masques sculptés et entendre ces chants sacrés relève du miracle culturel. Une renaissance rendue possible grâce à la volonté des gardiens du temple, mais aussi grâce à un déclic politique national. « C’est un événement qui existe depuis la nuit des temps dans notre communauté », confie avec émotion Boureima Napon, sage de Bagoun et porte-parole du Chef du village Batchoayi Napon. « Après une longue période d’interruption — car depuis mon plus jeune âge, je n’avais plus vu cette célébration se tenir —, nous avons décidé de la faire revivre» a-t-il déclaré tout souriant.

Pour ce vieux garant des coutumes, le cordon ombilical avec le passé avait besoin d’être recousu. « À l’époque, mes grands-parents organisaient cet événement au début de chaque hivernage pour honorer la mémoire de nos ancêtres et implorer des récoltes abondantes. Inspirés aujourd’hui par l’engagement et la politique du Président, le Capitaine Ibrahim Traoré, qui nous invite à revaloriser nos identités ancestrales, nous avons jugé opportun de restaurer cette tradition afin de la transmettre aux générations futures. »

Et les ancêtres semblent avoir validé ce retour aux sources. « Hier, dès le lancement des rites et des festivités, la pluie s’est invitée. C’est un signe fort qui annonce un hivernage précoce et prometteur », se réjouit le sage, les yeux brillants de fierté devant la foule venue des villages environnants.

Au milieu de la ferveur, un jeune homme court, organise, veille au grain. Moctar Ido est le visage de cette jeunesse de Bagoun qui refuse l’amnésie culturelle. Initiateur de ce festival, il incarne le pont parfait entre le passé et l’avenir.

« Demander pourquoi je suis fier de ma culture est, je trouve, une excellente question », lance-t-il avec assurance. « Je suis né et j’ai grandi ici ; c’est cette culture qui m’a façonné. Je suis né en son sein et je me considère comme un pur produit de notre patrimoine. Nous y avons nos racines les plus profondes, et c’est pourquoi je pense que c’est un devoir moral pour moi de l’honorer. »

Pour Moctar, la culture nuni n’est pas une pièce de musée, c’est un code de conduite pour la vie de tous les jours. Elle enseigne l’honnêteté, « Car la tradition est avant tout un don de soi » selon Monsieur Ido. Aussi, elle renforce le vivre-ensemble à travers le respect et l’amour de son prochain. Enfin, elle appelle à la bravoure parce qu’« Aujourd’hui, lorsque nous célébrons le festival des récoltes, c’est précisément cette bravoure que nous mettons en avant. Notre culture nous enseigne le courage de travailler la terre pour atteindre l’abondance » a laissé entendre Moctar Ido.

Aux abords de la grande place, alors que les contes s’apprêtent à bercer les enfants sous les étoiles à la tombée de la nuit de ce 15 mai 2026, le jeune leader lance un appel à ses pairs. « À tous mes jeunes frères, et plus largement à tous les jeunes, quelle que soit votre communauté, soyez fiers de votre culture et de vos traditions. Aimer ce que nous possédons est la meilleure façon d’être soi-même. On ne peut pas aimer ce qu’on ne comprend pas. »

Venu soutenir la communauté de Bagoun, l’invité d’honneur de cette édition, Sa Majesté Lio-Pio Dan-Zwè, Chef de Canton de Léo, ne cache pas sa satisfaction face à l’ampleur de l’événement. Pour le haut dignitaire, la culture est le ciment de la cohésion sociale dont le pays a tant besoin.
« Nous avons été sollicités par la population pour faire revivre nos traditions. L’appel du Président Ibrahim Traoré en faveur de la revalorisation culturelle a eu un impact retentissant sur la jeunesse », analyse Sa Majesté. « Aujourd’hui, cette initiative renforce la cohésion sociale. Elle offre une occasion précieuse aux familles, aux parents, aux jeunes et aux enfants de se retrouver et de consolider les liens communautaires. »

Trônant fièrement au milieu des siens, le Chef de Canton de Léo a profité de la tribune pour délivrer un message hautement politique et philosophique à la nouvelle génération. « Je demande instamment à la jeunesse de faire un effort sincère pour retourner à nos traditions. C’est le seul chemin qui nous permettra de renouer avec l’authenticité africaine, car nos coutumes constituent notre identité la plus profonde. Même si nous adoptons des modes de vie occidentaux, nous devons toujours garder à l’esprit l’importance de revenir à nos racines. C’est cela qui fera notre force. »

Alors que les masques rentrent progressivement dans la case sacrée et que les échos du « dalo » et du « foro » s’atténuent dans la nuit de Bagoun, une certitude habite les esprits. Le festival des récoltes a rallumé un feu qui n’est pas près de s’éteindre. Dans la Sissili, la résistance culturelle est en marche, portée par des vieux qui se souviennent et des jeunes qui s’engagent.

Agence d’Information du Burkina 
BAN/ata

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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