15-Mai : Les experts du reboutage s’ouvrent au public à Zékemzougou

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L’Association pour la sauvegarde de la pratique du reboutage a organisé, ce15 mai 2026 à Zékemzougou, dans la province du Boulkiemdé, une journée portes ouvertes sur la pratique du reboutage, localement appelée « Wobre ».

Zékemzougou, dont le nom signifie « fais-moi honneur », est un village rattaché à la commune de Koudougou. La communauté locale est historiquement spécialisée dans cette méthode thérapeutique ancestrale. Ce savoir-faire constitue un précieux patrimoine culturel que les praticiens mettent gracieusement au service de la santé des populations, sans aucune rétribution financière.

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Selon le Kãamb Naaba, expert traditionnel en la matière, tout traitement est précédé d’un rituel visant à solliciter la bénédiction des mânes et des ancêtres. Un poulet est ainsi immolé en leur honneur, tandis que du dolo (bière locale) et de l’eau tiède leur sont offerts pour garantir la réussite des soins.

En plus des libations, du tabac et de la paille sont également présentés aux ancêtres. À en croire le Kãamb Naaba, il revient au malade d’apporter ces différents éléments nécessaires au rituel. La paille, explique-t-il, joue un rôle à la fois mystique et pratique : elle est utilisée comme un plâtre traditionnel autour de la zone touchée afin de permettre à l’os fracturé de se solidifier et de guérir.

L’expert coutumier précise enfin que la position du poulet lors du sacrifice est hautement symbolique : si le volatile tombe sur le dos, cela signifie que les ancêtres ont accepté l’offrande. Dès cet instant, les praticiens peuvent entamer l’acte de reboutage en toute sérénité.

« Toutes les ethnies viennent chez nous pour se faire soigner. Nous n’excluons pas la médecine moderne. Des blessés viennent chez nous, nous leur conseillons d’aller à l’hôpital pour consulter et faire des radios. Si, après, la personne estime qu’elle a besoin de notre aide, nous intervenons. Il arrive que nous envoyions d’abord la personne à l’hôpital pour se faire consulter et passer des radios avant que nous commencions à travailler », a déclaré Kãamb Naaba.

Le reboutage n’est pas payant. Pour un blessé, seules les offrandes destinées au sacrifice sont requises. Une fois cette condition remplie, les spécialistes du village débutent les soins et assurent le suivi jusqu’à la guérison complète. Ce n’est qu’au terme de sa convalescence que le patient, s’il le souhaite, décide du présent à offrir aux praticiens. Durant toute la période du traitement, a précisé le Kãamb Naaba, le malade est hébergé, restauré et entièrement pris en charge par les habitants du village.

​« Le problème que nous avons est celui du logement, surtout pendant la saison pluvieuse, car nous pouvons recevoir au moins 40 personnes à la fois. Nous manquons par moments de place pour nos patients. Nous sommes obligés de réquisitionner les habitations de nos jeunes », a insisté Kãamb Naaba.

Karim Zoungrana Un patient
Karim Zoungrana, un patient à Zékemzougou

​Le Tēengsoba (chef de terre) de Zékemzougou, lui aussi spécialisé dans le reboutage, a fait savoir qu’ils ne sont pas fermés à la médecine moderne. Il a demandé la réhabilitation de leur CSPS afin de l’adapter à leur pratique, de sorte qu’il puisse disposer d’antidouleurs et d’autres médicaments pour leurs malades.

​« J’ai été victime d’un accident de la circulation. Je me suis brisé la rotule. Je suis arrivé il y a quelques jours. J’ai été pris en charge par les rebouteurs. Je me sens mieux. Je n’ai plus de douleur. Je reçois la visite du rebouteur tous les trois jours pour des soins. Je vais beaucoup mieux. J’espère pouvoir remarcher dans quelques semaines », a déclaré Karim Zoungrana, un patient.

Le Tēengsoba (chef de terre) a souligné qu’ils ont profité de la célébration du 15-Mai pour vulgariser cette méthode thérapeutique, dans l’espoir que le gouvernement s’implique davantage dans la valorisation et la pérennisation de leur savoir-faire. Le reboutage se transmet traditionnellement de père en fils, et tout ressortissant du village est en droit de l’apprendre. Cependant, selon Naaba Sanem de Zékemzougou, l’ère de la modernisation rend les jeunes de plus en plus réticents à s’y engager. L’instauration de cette journée nationale dédiée aux coutumes pourrait, selon lui, susciter un regain d’intérêt auprès de la nouvelle génération. La pratique n’étant pas rémunérée conformément aux lois ancestrales, la jeunesse préfère généralement s’orienter vers des métiers générateurs de revenus.

En tant que garants des traditions, les notables estiment qu’il est de leur devoir de veiller à ce que ce patrimoine traverse les âges. La mise en valeur du 15-Mai, couplée à un appui institutionnel de l’État, constitue à leurs yeux le levier idéal pour y parvenir.

Saydou Ismaël GANAME

Faso7

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The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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