
Très souvent, à peine la célébration d’un mariage, que déjà la femme fait l’objet de regards et de commentaires. Ce n’est pas l’harmonie du nouveau couple qui est scrutée mais le ventre de la femme, espérant y voir une grossesse. Comme la lune guettée pendant le mois de Ramadan, il devient objet d’observation, d’attente, parfois même de spéculation collective. Derrière des phrases apparemment anodines, on met une pression subtile et persistante qui entraîne une détresse psychologique chez de nombreuses femmes.
« Tu attends quoi pour faire un bébé ? », « On attend une bonne nouvelle, hein ! », « Tu ne sais pas qu’il y a un âge pour faire les enfants ? ». Ce sont les genres de questions dont vous avez déjà été certainement témoin ou auteur (e). Elle peut sembler normale, presque affectueuse dans l’intention, mais répétée, insistante, elle finit par peser sur les jeunes femmes. À peine installées dans un foyer, ces dernières se retrouvent réduites à un calendrier biologique qui ne leur appartient plus tout à fait. En famille, en belle-famille, au service… un peu partout. Derrière ces interrogations intrusives, il y a une pression constante qui réduit parfois la femme à sa capacité à enfanter sans tenir compte de ses combats.
En revanche, ce qui est rarement interrogé, ce sont les réalités invisibles derrière le silence ou le sourire gêné après chaque remarque ou question. Il y a celles qui font face à des difficultés de fertilité, celles qui souhaitent prendre le temps de construire leurs couples, celles qui poursuivent des études ou une carrière, celles qui protègent leurs conjoints infertiles et même celles qui, tout simplement, ne veulent pas d’enfant tout de suite.
Le plus troublant encore, c’est que cette pression est souvent relayée par d’autres femmes qui savent le combat que peut représenter le processus de la maternité. Comme si l’expérience vécue se transformait en norme à reproduire, sans remise en question.
Une femme sans enfant est un sujet de conversations à voix basse, parfois même de soupçons. On consulte, on conseille, on compare, on juge, on stigmatise. Et l’intimité se retrouve exposée sur la place publique. Dans un contexte africain ou burkinabè où la maternité reste fortement valorisée, et elle l’est à juste titre, il faut redéfinir les limites entre un intérêt bienveillant et une intrusion. Car poser sans cesse la question, c’est oublier que le corps de la femme n’est pas une machine. La facilité de X n’est pas celle de Y. C’est aussi ignorer qu’au-delà de la fertilité, il peut se cacher une peur ou un choix profondément personnel.
Ce commentaire ne vise pas à nier les attentes sociales ni l’importance de la famille ou de la maternité. Il invite plutôt à une forme de délicatesse et de réserve. À apprendre à se taire parfois quand on ne sait pas, à laisser le temps faire son œuvre, à respecter les rythmes et les combats individuels de chaque femme. La sagesse réside aussi dans cette capacité à reconnaître que certaines questions, même posées avec le sourire, peuvent blesser. Et que le respect commence aussi par le silence, surtout quand vous ne pouvez être d’aucune utilité en cas de besoin.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
