
Une soixantaine d’acteurs du secteur agricole et agroécologique se sont réunis ce vendredi 24 avril 2026 à Ouagadougou pour un atelier d’analyse et de cartographie des acteurs. Cette rencontre vise à renforcer les synergies et à améliorer l’efficacité des interventions en faveur d’une agriculture durable.
Mieux se connaître pour mieux agir. C’est l’objectif poursuivi par les acteurs de l’agroécologie réunis autour d’un atelier d’analyse et de cartographie, avec un accent sur le bassin du Nakambé et la province du Ganzourgou. Face à la multiplication des initiatives dans ces zones, les participants entendent poser les bases d’une meilleure coordination afin d’éviter les chevauchements et maximiser l’impact des actions sur le terrain.
À l’ouverture des travaux, Mafati Léa Héma, coordonnatrice du Conseil national de l’agriculture biologique (CNABio), a rappelé les enjeux d’une telle démarche. Dans un contexte marqué par les changements climatiques, la dégradation des ressources naturelles et l’insécurité alimentaire, l’agroécologie apparaît, selon elle, comme une réponse durable. Mais sa mise en œuvre efficace repose sur une collaboration étroite entre les différents acteurs, producteurs, organisations paysannes, chercheurs, ONG et décideurs publics.

L’atelier s’appuie sur une étude de terrain menée en amont par l’IRSAT (Institut de recherche en sciences appliquées et technologies), structure relevant du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST). Cette étude a permis d’identifier les principaux acteurs intervenant dans les zones ciblées et d’analyser leurs actions. « L’enjeu est aujourd’hui de comprendre qui intervient, où, avec quels bénéficiaires et selon quelles approches », a expliqué Mafati Léa Héma.
Portée par le CNABio, organisation faîtière de l’agriculture biologique au Burkina Faso, l’initiative a été conduite en collaboration avec plusieurs partenaires, dont le projet RADIUS (Réseau régional multi-acteurs de recherche en agroécologie pour des systèmes alimentaires durables) et l’agence belge de développement Enabel. Elle bénéficie également d’un appui technique et financier de ces structures.

Pour la coordonnatrice du CNABio, cette cartographie permettra de corriger certaines insuffisances observées sur le terrain. « Il arrive que plusieurs acteurs interviennent dans une même localité, auprès des mêmes bénéficiaires, sans coordination réelle. L’objectif est de créer des complémentarités et d’améliorer l’efficacité des interventions », a indiqué Mafati Léa Héma. Elle insiste également sur la nécessité de renforcer le plaidoyer auprès des autorités locales pour une meilleure prise en compte de l’agroécologie dans les politiques publiques.
Partenaire de l’atelier, Enabel accompagne les efforts de l’État burkinabè dans le développement de systèmes alimentaires durables. Son représentant, Basgaom Kaboré, chargé de projet chaîne de valeur, a évoqué les actions menées sur le terrain, notamment les aménagements hydro-agricoles, les périmètres maraîchers et la formation des producteurs à travers les champs-écoles paysans.

Ces activités sont mises en œuvre en collaboration avec les services techniques du ministère de l’Agriculture, dont la DGPV (Direction générale des productions végétales), chargée de l’encadrement agricole. Enabel travaille également avec le secteur privé, notamment SEMAFOR (Société d’exploitation des semences améliorées et de recherche), pour améliorer l’accès des producteurs à des semences de qualité et accroître la productivité.
De son côté, le projet RADIUS adopte une approche régionale en Afrique de l’Ouest et du Centre. Selon son point focal au Burkina Faso, le Pr Antoine Sanon de l’université Joseph Ki-Zerbo, le projet vise à accélérer la transition agroécologique à travers trois axes : la gestion des connaissances, le renforcement des capacités et le plaidoyer. « Il s’agit de valoriser les innovations agroécologiques et de faciliter leur adoption à grande échelle », a-t-il expliqué.

Sur le plan technique, l’IRSAT joue un rôle clé dans l’identification et l’analyse des acteurs. Le Dr Fabékouré Cédric Kambiré souligne que l’étude a permis de recenser une centaine d’intervenants dans les zones concernées, même si tous n’ont pas encore été couverts. L’analyse porte également sur leur niveau d’appropriation des principes de l’agroécologie. « Tous les acteurs ne sont pas au même niveau. Certains sont avancés, d’autres ont encore besoin d’accompagnement », précise-t-il.

Au terme de cet atelier, les participants espèrent disposer d’une cartographie claire et partagée, capable d’orienter les interventions et de renforcer la concertation. L’ambition est aussi d’étendre cette démarche à d’autres régions du Burkina Faso afin de structurer davantage le secteur de l’agroécologie.
Dans un contexte où la résilience des systèmes agricoles est devenue une priorité, les acteurs misent désormais sur une meilleure coordination pour accélérer la transition vers une agriculture durable.
Anita Mireille Zongo
Lefaso.net
