
Débutée le 18 avril 2026 à Dédougou, la première étape de la campagne de communication consacrée à la scolarisation et au maintien des jeunes filles à l’école s’est achevée ce jeudi 23 avril à Pâ, dans la région de Bankui. Au cœur des échanges, lors d’une causerie éducative réunissant les élèves du lycée départemental, la gestion des menstrues, identifiée comme l’une des causes majeures du décrochage scolaire des filles, a été posée.

Ce matin-là, Carine a senti les premières crampes en plein cours de mathématiques. Élève, elle redoute ce moment chaque mois. Pas toujours à cause de la douleur, mais parce que cela l’oblige à se lever discrètement, traverser la cour sous les regards, pousser la porte de latrines sans verrou, sans eau, sans intimité. Souvent, elle choisit simplement de rentrer chez elle. Et de rater sa journée de cours. Le cas de Madina n’est pas isolé. Au lycée départemental de Pâ, la question intéresse 378 filles.

Devant leurs enseignants et l’équipe du projet SWEDD+, Carine Dabiré a pris la parole au nom d’elles toutes. Elle a rappelé que les menstrues constituent chaque mois une source d’angoisse pour nombre d’élèves. Elles réclament des points d’eau fonctionnels près des latrines, des toilettes sécurisées munies de verrous, un stock d’urgence de serviettes hygiéniques à l’infirmerie ainsi que du matériel pour confectionner des protections réutilisables. « Investir dans l’hygiène menstruelle, ont-elles plaidé, ne relève pas du seul domaine de la santé. C’est investir dans l’éducation et dans l’avenir des filles. Nous voulons rester en classe, apprendre et réussir pour faire la fierté de Pâ. »

Des chiffres qui alertent
La proviseure du lycée, Honorine Ilboudo, a confirmé que des élèves quittent l’établissement en pleine journée faute d’installations adaptées et que l’école pallie à grand-peine avec quelques serviettes achetées sur ses propres deniers. Elle a également signalé six abandons scolaires enregistrés au cours de l’année scolaire 2025-2026, imputables aux grossesses, aux mariages précoces et à l’influence de certains hommes de la zone sur les jeunes filles.
Quatre ministères mobilisés
Le projet SWEDD+ fédère plusieurs départements ministériels, dont ceux en charge de la santé, de l’enseignement secondaire, de la famille et de la solidarité, ainsi que des sports, de la jeunesse et de l’emploi.
Sylvie Valian Zoundi, conseillère d’éducation féminine au ministère de la Famille et de la Solidarité, a insisté sur la nécessité d’agir en faveur des filles non scolarisées ou qui ont déjà décroché, en parallèle des actions menées au sein des établissements scolaires. Elle a indiqué que son ministère organise à cet effet, dans le cadre du sous-projet, des formations afin de donner aux bénéficiaires un accès à des activités génératrices de revenus. Des haltes-garderies sont également mises en place pour permettre aux mères de jeunes enfants de travailler sereinement. Une approche participative guide l’ensemble du dispositif, les bénéficiaires étant invitées à identifier elles-mêmes les filières dans lesquelles elles souhaitent se former.

Sur le front de la lutte contre les violences basées sur le genre, Marie Véronique Ilboudo, conseillère en promotion du genre à la direction générale de la promotion de la femme, a décrit une prise en charge qualifiée d’holistique, couvrant les dimensions sanitaire, psychologique, juridique, judiciaire et économique. Des mécanismes de collecte et d’analyse des données sur les VBG sont en cours de renforcement.

Du côté du ministère des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, Héma Fatoumata, épouse Coulibaly, conseillère de jeunesse et d’éducation permanente, a présenté le sous-projet centré sur les apprenantes des centres de formation professionnelle. Au-delà des métiers enseignés, ces jeunes filles reçoivent des modules en compétences de vie, à savoir l’estime de soi, la prise de décision, la résistance aux pressions sociales ainsi qu’une formation à la gestion de micro-entreprises.

Une mobilisation communautaire réclamée
Le président de la délégation spéciale communale a appelé les leaders locaux à s’engager concrètement pour le maintien des filles à l’école. Usant d’une métaphore agricole, il a rappelé qu’un champ non cultivé ne produit que des mauvaises herbes et que le travail devait commencer sans attendre. Pour Carine Dabiré et ses camarades, la culture a donc commencé ce jour-là. Elles ont pris la parole. Et elles comptent bien rester en classe pour voir la récolte.
Fredo Bassolé
Lefaso.net
