
À Boromo, dans la région de Bankui, la voix des élèves monte pour dénoncer les grossesses précoces en milieu scolaire et leurs conséquences sur la scolarité des filles. Face à l’équipe du projet « Autonomisation des femmes et dividende démographique en Afrique Subsaharienne plus (SWEDD+) et à la communauté éducative, elles ont réclamé, ce mercredi 22 avril 2026, un environnement d’apprentissage sûr, digne et respectueux, où la réussite scolaire demeure la priorité.
Dans leur déclaration, les élèves du lycée municipal de Boromo rappellent que l’école doit être un sanctuaire. Pourtant, déplorent-elles, de nombreuses filles restent exposées aux grossesses non désirées, souvent liées à la recherche de gains faciles, à l’influence des réseaux sociaux ou à de mauvaises fréquentations. À cela s’ajoutent les moqueries et la stigmatisation dont sont victimes les élèves enceintes, des situations qui affectent leur santé mentale et conduisent parfois à l’abandon scolaire.
Des recommandations pour inverser la tendance
Pour faire face à cette situation, les élèves appellent les parents à s’impliquer davantage dans l’éducation sexuelle de leurs filles et à lever le tabou autour de cette question.

Elles sollicitent également l’administration pour l’organisation régulière de conférences animées par des personnes ressources, la mise en place de cellules d’écoute et de comités de sensibilisation, ainsi que la création d’espaces de dialogue sur les méthodes contraceptives.
Une situation préoccupante mais des efforts visibles
Au lycée municipal de Boromo, la situation, bien que préoccupante, montre des signes d’amélioration. Selon le proviseur, Alidou Sawadogo, six cas de grossesses ont été enregistrés au cours de l’année scolaire 2025-2026. « Parmi ces six cas, nous avons pu réintégrer quatre élèves », précise-t-il. Les deux autres n’ont pas pu poursuivre leur scolarité, notamment en raison de la prise en charge du nourrisson ou d’un changement de résidence.

Le proviseur souligne toutefois que les abandons scolaires ne sont pas uniquement liés aux grossesses. Le désintérêt pour l’école, les mariages précoces et les difficultés socio-économiques figurent également parmi les causes majeures. Certaines élèves préfèrent ainsi quitter l’école pour se marier et faire face aux réalités économiques.
Le soutien du projet SWEDD+
Des efforts sont en cours pour améliorer le maintien des filles à l’école. Dans le cadre du projet SWEDD+, le lycée bénéficie de cours d’appui pour les élèves de terminale et de classes intermédiaires, d’actions de sensibilisation et prévoit la distribution de kits scolaires, de vélos pour les élèves éloignées ainsi que des subventions pour la cantine.

Selon Innocent Sissao, chargé du suivi-évaluation du sous-projet Deen Mousso Kalan Yirwa, trois établissements de la province ont été sélectionnés sur la base de critères définis dès la conception du programme. Une attention particulière est accordée aux filles à risque de mariage précoce ou en situation de vulnérabilité, en collaboration avec les services de l’action sociale.
Malgré un retard dans la mise en œuvre, les responsables du projet affichent leur volonté d’accélérer les actions afin d’atteindre les objectifs fixés et, à terme, d’élargir le nombre d’établissements bénéficiaires.
Une gratuité de prestations saluée par les bénéficiaires
Plus tôt dans la journée, la caravane de presse, mobilisée pour la campagne de communication sur la scolarisation et le maintien des filles à l’école, s’est rendue au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Boromo 1. Une campagne de prestations sanitaires destinées aux femmes et aux jeunes filles y a suscité un fort engouement.
Le maïeuticien Drissa Sabo, responsable adjoint de la maternité, a relevé une forte affluence, avec une moyenne d’au moins cinquante patientes par jour. Les services proposés couvrent les consultations prénatales, la planification familiale, le dépistage du VIH, des hépatites et de la syphilis, ainsi que celui des lésions précancéreuses.

Des bénéficiaires, comme Awa Bayo et Rachelle Zongo, ont salué cette initiative, notamment pour la gratuité des prestations et son rôle dans la prévention des maladies.
L’infirmier chef de poste, Sérémé Siembou, estime que ces services contribuent à prévenir les grossesses non désirées, souvent à l’origine des abandons scolaires. Il plaide pour une implication des hommes et un renforcement des moyens afin d’assurer la continuité des services.
L’implication des leaders coutumiers et religieux
La journée s’est poursuivie par une session de plaidoyer avec les leaders coutumiers et religieux, qui ont reconnu leur responsabilité dans la lutte contre le décrochage scolaire.
Michael Platon, représentant des dozos, a insisté sur la nécessité de renouer le dialogue au sein des familles, notamment sur les questions de sexualité, afin de mieux encadrer les jeunes filles. Il a également dénoncé les mariages forcés et appelé à une application plus rigoureuse de la loi.

Les leaders religieux, à l’image de Tarwendsèga Rouamba, se sont engagés à relayer les messages de sensibilisation au sein de leurs communautés et à encourager les familles à soutenir le maintien des filles à l’école.
Une approche intégrée pour un défi durable
La caravane de presse tire à sa fin dans la région de Bankui, mettant en évidence le lien étroit entre éducation, santé et engagement communautaire.

Si des initiatives porteuses d’espoir existent, leur efficacité dépendra de la capacité de tous les acteurs à agir de manière concertée et durable. C’est dans cette dynamique que s’inscrivent les quatre ministères impliqués dans le SWEDD+ : celui de la Santé, de l’Enseignement secondaire, de la Famille et de la Solidarité, ainsi que celui des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi.
Fredo Bassolé
Lefaso.net
