Le Gabon amorce un tournant décisif dans la régulation de son espace numérique. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a promulgué une ordonnance qui redéfinit en profondeur l’usage des réseaux sociaux, avec en ligne de mire une traçabilité accrue des utilisateurs.
Désormais, l’anonymat n’a plus sa place. Chaque internaute est tenu de décliner son identité complète, accompagnée de son Numéro d’Identification Personnelle (NIP). Les entreprises, elles aussi, sont appelées à plus de transparence, en fournissant leur registre de commerce pour conserver leur visibilité en ligne.
Au-delà de l’identification, le texte durcit le ton. Il étend la responsabilité à tous les acteurs du numérique : administrateurs de groupes comme simples utilisateurs s’exposent à des sanctions, pouvant aller jusqu’à des peines d’emprisonnement, en cas de diffusion de contenus jugés illicites.
Présentée par les autorités comme un rempart contre la désinformation et un outil de protection des institutions, cette réforme ne fait pourtant pas l’unanimité. Des voix s’élèvent déjà pour dénoncer une mesure liberticide, redoutant un encadrement excessif de la parole en ligne et une atteinte à la liberté d’expression.
Entrée en vigueur sans délai, l’ordonnance reste toutefois suspendue à l’examen du Parlement, qui devra se prononcer sur sa ratification, avec la possibilité de l’amender, voire de la rejeter.
Yolande Bazié
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