Les 100 Visages du Burkina Digital : Rodrigue Guiguemdé, le stratège burkinabè qui façonne la gouvernance numérique de l’Afrique

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À l’ère de l’intelligence artificielle, du cloud souverain et des infrastructures numériques, les défis du développement dépassent largement les frontières nationales. Les politiques publiques se construisent désormais à l’échelle régionale et continentale, autour de questions telles que la gouvernance des données, l’interopérabilité, la connectivité et la souveraineté numérique.

Parmi les Burkinabè qui participent activement à cette nouvelle architecture numérique africaine, Jacques Rodrigue Ragnimpinda Guiguemdé occupe une place singulière. Cadre dirigeant de Smart Africa, ancien vice-président du Governmental Advisory Committee (GAC) de l’ICANN, entrepreneur et expert reconnu en infrastructures numériques, il appartient à cette génération de leaders africains qui ne se contentent plus d’accompagner la révolution numérique : ils en dessinent les orientations stratégiques. Son parcours est celui d’un ingénieur devenu diplomate du numérique, mettant son expertise au service de l’intégration numérique du continent africain.

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Du développement informatique à la stratégie continentale

Comme beaucoup de bâtisseurs du numérique burkinabè, Rodrigue Guiguemdé commence son parcours par la technique. Titulaire d’un Master en Informatique appliquée à la gestion des entreprises, puis d’un Master en Services électroniques internationaux, il complète sa formation par de nombreuses certifications internationales en gestion de projet, cloud computing, cybersécurité, gouvernance de l’Internet et innovation réglementaire, notamment à la Judge Business School de l’Université de Cambridge. Il poursuit actuellement un doctorat en informatique à l’Université Nazi Boni, où ses recherches portent sur l’interopérabilité, la résilience et la gouvernance des grands systèmes d’information.

Ce parcours traduit une conviction qui guidera toute sa carrière : les infrastructures numériques ne sont efficaces que lorsqu’elles s’appuient sur une gouvernance solide et une vision de long terme.

L’un des artisans de l’administration numérique burkinabè

Avant d’exercer des responsabilités continentales, Rodrigue Guiguemdé participe activement à la modernisation numérique du Burkina Faso. À partir de 2010, il développe et administre plusieurs plateformes numériques nationales au ministère en charge des TIC, contribuant à la mise en place des premiers services numériques publics. Il rejoint ensuite l’Agence nationale de promotion des TIC (ANPTIC), où il dirige le département chargé de la standardisation, de l’intégration des systèmes et de la communication numérique. À ce poste, il supervise l’interopérabilité des systèmes d’information gouvernementaux et le développement de plateformes numériques à grande échelle. Cette expérience lui donne une connaissance approfondie des défis techniques et institutionnels liés à la transformation numérique de l’État.

Construire une industrie numérique nationale

En 2017, il est nommé Directeur général du Développement de l’Industrie numérique au ministère chargé de l’Économie numérique. Durant cinq années, il pilote plusieurs chantiers structurants : la stratégie nationale de développement de l’industrie numérique, le renforcement de l’écosystème des startups, les programmes de développement des compétences numériques, les plateformes numériques nationales, la coordination des initiatives de résilience numérique durant la pandémie de Covid-19.

Il est également point focal national de Smart Africa, assurant la coordination des grandes initiatives continentales relatives au haut débit, à la protection des données, à l’interopérabilité, à la connectivité rurale et au gouvernement électronique. Cette fonction le place déjà au cœur des politiques numériques africaines.

De Ouagadougou à Kigali : penser le numérique à l’échelle du continent

Son expertise conduit naturellement Rodrigue Guiguemdé à rejoindre le Secrétariat de Smart Africa, l’alliance qui rassemble aujourd’hui plus de quarante États africains autour d’une vision commune de la transformation numérique. Successivement conseiller pays pour le Bénin, conseiller régional de la Smart Africa Digital Academy, puis conseiller en gouvernance de l’Internet, il contribue à plusieurs projets majeurs financés notamment par la Banque mondiale.

Il participe à la création des Communautés de pratique de Smart Africa, pilote les travaux du Blueprint africain de gouvernance de l’Internet et coordonne les consultations réunissant gouvernements, régulateurs, ICANN, AFRINIC et partenaires techniques autour des grandes orientations du numérique africain.

Depuis 2025, il dirige l’unité chargée des Initiatives pour des Infrastructures Numériques Résilientes et Inclusives, où il pilote les travaux continentaux sur le financement des infrastructures numériques, les stratégies cloud et centres de données, les infrastructures de données adaptées à l’intelligence artificielle, les politiques de connectivité, la modernisation des réseaux haut débit. À travers ces responsabilités, il contribue à définir les fondations techniques et institutionnelles de l’Afrique numérique de demain.

Porter la voix de l’Afrique dans la gouvernance mondiale de l’Internet

L’une des dimensions les plus remarquables de son parcours réside dans son engagement pour la gouvernance mondiale de l’Internet. Entre 2019 et 2022, Rodrigue Guiguemdé est élu Vice-Président du Governmental Advisory Committee (GAC) de l’ICANN, l’instance qui représente les gouvernements au sein de l’organisation chargée de la coordination mondiale du système des noms de domaine. À ce titre, il représente les intérêts des États africains dans les débats internationaux portant sur la gouvernance de l’Internet, la sécurité du système des noms de domaine (DNS), la protection des données, les infrastructures critiques, les politiques numériques mondiales. Cette responsabilité fait de lui l’un des Burkinabè ayant occupé les plus hautes fonctions internationales dans le domaine de la gouvernance du numérique.

L’excellence reconnue à l’échelle mondiale

En 2024, son engagement en faveur du renforcement des capacités africaines est récompensé par le prestigieux Prix Dr Tarek Kamel de l’ICANN, distinction internationale annoncée lors de la réunion ICANN81. Cette récompense s’ajoute à celle de Chevalier de l’Ordre du Mérite du Burkina Faso, agrafe Postes et Télécommunications, qui lui avait été décernée en 2021 en reconnaissance de sa contribution au développement du secteur numérique national. Ces distinctions témoignent de la reconnaissance de son action aussi bien au niveau national qu’international.

Entreprendre pour renforcer les capacités africaines

Parallèlement à ses fonctions internationales, Rodrigue Guiguemdé développe plusieurs initiatives destinées à renforcer les compétences numériques. Il fonde DIGITALES SARL, cabinet spécialisé dans les politiques numériques, les infrastructures de données et la gouvernance digitale, ainsi que l’ONG Digitales Solidaires, engagée dans la promotion des compétences numériques. Il s’investit également au sein du ROPTIC-UEMOA et de l’initiative TIC et Citoyenneté, qui contribue depuis plus d’une décennie à la formation de formateurs en gouvernance de l’Internet. À travers ces engagements, il démontre que le développement numérique passe aussi par le partage des connaissances et le renforcement des capacités locales.

Une vision de la souveraineté numérique africaine

Chez Rodrigue Guiguemdé, une idée revient avec constance : l’Afrique doit construire sa propre architecture numérique. Cette ambition repose sur plusieurs piliers : des infrastructures modernes, des données gouvernées de manière responsable, des plateformes interopérables, des compétences locales et une coopération régionale renforcée.

À l’heure où l’intelligence artificielle, le cloud souverain et les infrastructures numériques deviennent des enjeux stratégiques, son action contribue à positionner le Burkina Faso parmi les acteurs qui participent à la définition des politiques numériques du continent.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu’il est l’un des Burkinabè qui exercent aujourd’hui la plus forte influence sur les politiques numériques africaines.

Parce qu’il a contribué à la modernisation de l’administration numérique burkinabè avant de mettre son expertise au service de Smart Africa, où il pilote des initiatives structurantes sur les infrastructures, les données, le cloud, la gouvernance de l’Internet et la connectivité.

Parce qu’il a représenté les gouvernements africains au sein de l’ICANN, participant aux grandes décisions relatives à la gouvernance mondiale de l’Internet.

Parce qu’il incarne une génération de leaders convaincus que la souveraineté numérique de l’Afrique se construira grâce à des infrastructures robustes, des compétences de haut niveau, une coopération continentale et une vision stratégique partagée.

Et aussi parce que pour Rodrigue Guiguemdé, l’avenir numérique de l’Afrique se construira par la coopération, la confiance et la maîtrise de ses infrastructures, de ses données et de sa gouvernance. La souveraineté numérique n’est pas une aspiration abstraite : c’est un projet collectif qui exige une vision, des compétences et une action concertée.

www.lefasodigital.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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