
Derrière le numéro 15 en appel se cache une organisation où chaque appel déclenche une chaîne de décisions, de gestes et de coordination pour sauver des vies. Un an après son opérationnalisation complète, le Service d’aide médicale urgente (SAMU) Burkina a ouvert ses portes aux journalistes, ce 22 juillet 2026, pour présenter son fonctionnement. Entre la salle de régulation, le départ des ambulances médicalisées et les transferts de patients, cette visite a permis de mieux comprendre le rôle d’un service encore peu connu du grand public, mais devenu indispensable dans la prise en charge des urgences.
Le silence qui règne dans la cour du Service d’aide médicale urgente (SAMU) est trompeur. Derrière les bâtiments, des ambulances médicalisées attendent leur prochaine mission. Dans la salle de régulation, les écrans affichent en temps réel les mouvements des équipes déployées sur le terrain. Ici, chaque minute est importante.
C’est pour permettre aux hommes et femmes de médias de mieux comprendre ce fonctionnement, que le SAMU a organisé une journée d’immersion. L’objectif etait à la fois de faire le bilan d’une année d’activités et de rapprocher davantage le service des populations qui en majorité ne connaissent pas encore suffisamment le numéro d’urgence 15.
Les journalistes ont suivi une équipe du Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) chargée d’assurer le transfert d’un patient entre le Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo et un autre Centre de santé. Brancard, appareils de surveillance, oxygène, médicaments… Pendant tout le trajet, le patient est suivi comme s’il se trouvait déjà dans une unité de soins intensifs.
Pour le professeur Flavien Kaboré, directeur général du SAMU Burkina, cette immersion répond à un besoin de sensibilisation. « Un an après l’opérationnalisation complète du SAMU, nous avons constaté une augmentation des sollicitations du service par les populations burkinabè. Cela témoigne de l’importance que représente aujourd’hui le SAMU dans la gestion des urgences sanitaires, notamment à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso », explique-t-il. Selon lui, cette évolution traduit la pertinence de la vision des autorités qui ont porté la création de cette structure spécialisée dans les urgences préhospitalières.

« Nous sommes complémentaires avec la Brigade nationale de sapeurs-pompiers (BNSP). Nous intervenons avec des moyens médicalisés afin de préserver la vie du patient dès les premières minutes et d’assurer son transfert vers la structure de santé la plus adaptée », précise-t-il.
Près de 15 000 interventions en 2025
Les chiffres présentés par le directeur général illustrent l’intensité de l’activité du service. Depuis son opérationnalisation complète, le SAMU Burkina a réalisé près de 15 000 interventions. La majorité concerne les transferts secondaires, c’est-à-dire les évacuations de patients d’un établissement de santé vers un autre disposant d’un plateau technique plus adapté. « Nous enregistrons un peu plus de 10 000 interventions secondaires contre environ 4 500 interventions primaires », indique le professeur Flavien Kaboré. Cette différence s’explique notamment par le fait que le SAMU est davantage connu des professionnels de santé que du grand public.
Pourtant, les interventions primaires, celles qui consistent à intervenir directement sur les lieux d’un accident ou d’un malaise grave, constituent l’essence même de la médecine d’urgence préhospitalière. Le professeur Kaboré rappelle d’ailleurs que ces interventions sont entièrement gratuites. « Nous invitons les populations à ne pas hésiter à appeler le 15 chaque fois qu’une situation de détresse vitale survient dans la communauté. Le gouvernement a fait le choix de rendre ces interventions gratuites afin que chaque Burkinabè puisse bénéficier de soins d’urgence, quelle que soit sa situation sociale », souligne-t-il.
Malgré ces résultats encourageants, le SAMU fait face à plusieurs difficultés. Le manque de ressources humaines limite les capacités de déploiement des équipes. À cela s’ajoute une insuffisance d’ambulances médicalisées qui empêche parfois de répondre simultanément à toutes les sollicitations.

Le directeur général se veut néanmoins rassurant. Des recrutements ainsi qu’un renforcement du parc automobile sont prévus par le ministère de la Santé afin d’améliorer davantage la couverture des besoins.
Pr Flavien Kaboré regrette que près de 48 % des appels reçus soient des appels indésirables. Il déplore que ces fausses alertes mobilisent inutilement les équipes et peuvent retarder la prise en charge de véritables urgences.
Au cours de cette immersion, les journalistes ont découvert également la salle de régulation médicale, véritable cerveau du dispositif. Le médecin urgentiste Dr Ousseïni Ouédraogo présente son fonctionnement. Des régulateurs reçoivent les appels, évaluent la gravité des situations et suivent, grâce à un système de géolocalisation, les déplacements des différentes équipes SMUR sur un écran. Chaque intervention est coordonnée afin que le patient soit orienté vers l’établissement le plus approprié. L’ingénieur de santé Romuald Kafando a dévoilé ensuite le contenu d’une ambulance médicalisée.

À la différence d’une ambulance classique, celle du SAMU embarque une équipe composée d’un médecin, d’un infirmier et d’un chauffeur ambulancier spécialement formé. À bord, tout est pensé pour maintenir le patient en vie avant son arrivée à l’hôpital.
« Nous avons des médicaments, des consommables, des appareils de surveillance et de réanimation. Dès que la régulation nous informe du type d’urgence, nous savons exactement quel matériel emporter avant même d’atteindre le patient », explique-t-il.
Il insiste sur un point souvent ignoré par le grand public : » Ce n’est pas le malade qui est conduit en premier vers les soins, mais les soins qui arrivent jusqu’à lui ». Les équipements de réanimation peuvent être transportés directement au chevet du patient, que celui-ci se trouve dans une maison ou dans tout autre lieu d’interpellation. Les premiers gestes sont réalisés sur place afin de stabiliser son état avant son transfert sur le brancard puis dans l’ambulance. À l’intérieur du véhicule, le patient continue d’être surveillé en permanence pendant que la salle de régulation prépare son arrivée dans l’hôpital de destination. Cette coordination permet d’éviter toute rupture dans la prise en charge.
Au terme de cette immersion, les journalistes sont repartis avec une meilleure compréhension du fonctionnement du SAMU Burkina. Le SAMU a invité l’ensemble de la population à contacter rapidement le 15 quand la situation l’impose, car quelques minutes peuvent faire toute la différence entre la vie et la mort.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
