« L’Europe doit cesser de dicter sa vision de la société à l’Afrique. » C’est, en substance, le message adressé par le cardinal guinéen Robert Sarah aux dirigeants européens. En prenant la parole devant le Parlement européen, le 15 juillet à Bruxelles, le haut responsable de l’Église catholique a accusé l’Union européenne d’utiliser son influence politique, diplomatique et financière pour imposer aux États africains des choix de société qu’ils n’ont pas librement consentis.
Devant les eurodéputés, le prélat de 81 ans a dénoncé ce qu’il qualifie de « néocolonialisme culturel et économique », estimant que certaines notions comme les droits humains, la santé sexuelle et reproductive ou encore l’égalité de genre sont utilisées comme des instruments de pression dans les relations entre l’Union européenne et les pays africains.
Selon lui, les accords de coopération ne relèvent plus uniquement du partenariat, mais servent aussi à orienter les politiques nationales des États africains. « Lorsque les droits de l’homme sont invoqués pour imposer des catégories juridiques étrangères à notre histoire, à notre foi, à notre culture et à notre vision anthropologique, nous ne sommes plus face à une coopération entre partenaires égaux », a-t-il déclaré.
Le cardinal Robert Sarah a cité plusieurs mécanismes qu’il considère comme des moyens de pression, notamment les résolutions du Parlement européen sur l’avortement et les droits des personnes LGBTQI+, l’Accord de Samoa ainsi que les instruments financiers de l’Union européenne.
Il a notamment évoqué le cas de l’Ouganda, où le Parlement européen avait appelé, en 2023, à des mesures diplomatiques et commerciales après l’adoption d’une loi controversée sur l’homosexualité.
Le religieux a également regretté que certaines aides soient, selon lui, associées à des réformes sociétales, alors que de nombreux pays africains demeurent confrontés à des besoins prioritaires dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’accès à l’eau potable.
En conclusion, Robert Sarah a exhorté les responsables européens à « écouter l’Afrique », à respecter sa souveraineté culturelle et à construire un partenariat « libre de tout agenda idéologique ».
Yolande Bazié
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