L’Afrique face à l’urgence de sa souveraineté pharmaceutique: le choix de vivre ou de dépendre

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Jusque-là de la majorité des pays africains dépendant de l’importation des médicaments pour les soins des populations. Dans cette tribune, Dr Arnaud Kaboré, pharmacien et ingénieur, propose une feuille de route aux décideurs publics, pour atteindre la souveraineté sanitaire de l’Afrique à l’horizon 2045.

Une dépendance devenue un risque sanitaire

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Aujourd’hui encore, moins de cinq pays africains disposent d’unités de fabrication capables d’exporter hors de leur région. Résultat : le continent importe encore 94 % des médicaments pour un coût annuel dépassant 18 milliards de dollars – un chiffre qui pourrait franchir la barre des 30 milliards d’ici 2030 (IFC, 2022). Mais au-delà de l’impact économique, ces chiffres révèlent une dépendance structurelle et une vulnérabilité sanitaire profonde.

Plus de 70 % des établissements publics de santé en Afrique déclarent subir au moins une rupture critique de stock par trimestre (OMS, 2023). Est-il acceptable que la santé de 1,4 milliard d’Africains dépende presque entièrement de décisions industrielles, logistiques et géopolitiques prises en dehors du continent ? La pandémie de Covid-19, les pénuries récurrentes de médicaments essentiels comme l’amoxicilline, l’insuline ou les anesthésiques et l’inaccessibilité chronique aux anticancéreux ou traitements innovants ont un coût humain considérable : maladies mal soignées, prix multipliés par trois en période de tension, et des programmes de santé publique paralysés faute de traitements disponibles. Et pourtant, l’Afrique a des atouts :

  • Un marché en pleine expansion : le secteur pharmaceutique africain pourrait dépasser 70 milliards de dollars d’ici 2030 (McKinsey, 2022) ;

  • Une biodiversité exceptionnelle : plus de 5 400 plantes médicinales recensées, dont certaines déjà intégrées dans des protocoles thérapeutiques officiels (Union africaine) ;

  • Une dynamique réglementaire en marche : avec l’Agence africaine du médicament (AMA), ratifiée par 27 pays, l’harmonisation des normes devient une réalité ;

  • Une volonté politique affirmée : des pays comme le Burkina Faso, le Rwanda, l’ »gypte, le Maroc, le Sénégal ou l’Afrique du Sud ont lancé des programmes ambitieux de production locale.

Réinventer la santé africaine : la voie africaine vers une industrie pharmaceutique durable

L’une des erreurs historiques majeures a été de vouloir reproduire le modèle des « Big Pharma » internationales sans en maîtriser les fondations ni la chaîne de valeur. Or, une industrie ne se copie pas et ne s’invente pas sur papier : elle se construit patiemment, en consolidant d’abord les segments les plus accessibles et les plus stratégiques.

Pendant des années, on s’est contenté d’investir dans des équipements importés, sans développer en parallèle les compétences humaines, les savoir-faire techniques et les actifs industriels locaux. Ce modèle mène inévitablement à une production locale plus coûteuse que les importations de médicament, à une dépendance persistante vis-à-vis des matières premières, des technologies, des expertises et à l’échec des ambitions de souveraineté sanitaire. L’industrialisation pharmaceutique en Afrique ne pourra faire l’économie de la rigueur, de la méthodologie et de la vision à long terme qu’exige un secteur aussi vital que complexe.

Il est donc essentiel de clarifier les déterminants de cette industrialisation afin de bâtir une stratégie cohérente, ancrée dans les besoins endogènes du continent et fondée sur ses forces propres : marché en croissance, biodiversité médicinale, dynamique réglementaire, et volonté politique affirmée. Cette tribune a pour ambition de proposer une feuille de route claire et pragmatique aux décideurs publics, pour reconquérir la souveraineté sanitaire de l’Afrique à l’horizon 2045. Notre santé, notre industrie. L’industrialisation pharmaceutique de l’Afrique doit s’inscrire dans une stratégie plus large d’industrialisation du continent, portée par une vision claire, des moyens adaptés et une volonté politique inébranlable. Produire ici pour soigner ici. Et demain, soigner le monde.

Dr Arnaud Kaboré Pharmacien

Ingénieur Cadre dirigeant dans le secteur de la santé

LAfrique 3

Références et sources

  1. OMS – Rapport sur l’état de la production pharmaceutique en Afrique, 2023.

  2. IFC & World Bank – Pharmaceutical Manufacturing in Africa, 2022.

  3. McKinsey – Africa Pharma 2030, 2022.

  4. Africa CDC – African Medicines Agency Status Report, 2024.

  5. Union Africaine – Stratégie pour la pharmacopée africaine, 2021.

  6. UNIDO – Industrial development in Sub-Saharan Africa, 2023.

  7. Banque Africaine de Développement – Health and Pharma Outlook, 2024.

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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