La CPI en mauvaise passe

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La Cour pénale internationale (CPI) traverse une crise de confiance qui entache sa réputation. Entretenant des relations marquées par une hostilité historique avec cette juridiction internationale créée en 1998 pour statuer sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, les Etats-Unis reviennent à la charge avec une vaste campagne pour l’affaiblir. Cette opération, lancée cette semaine, prend en compte de nouvelles sanctions et mesures contre la CPI, considérée par Washington comme une menace pour les citoyens américains et la souveraineté des Etats-Unis.

Des décisions supplémentaires seront prises, à la suite des gels des avoirs et des interdictions de voyager visant plusieurs responsables de la CPI. L’administration Trump entend œuvrer avec détermination à priver l’institution basée aux Pays-Bas de tout soutien politique et financier, tout en mettant des pressions sur d’autres Etats afin qu’ils lui tournent le dos. Les Américains, qui n’ont jamais reconnu la CPI, ne sont pas les seuls à l’avoir dans leur collimateur. Au sein de la Confédération des Etats du Sahel (AES), la rupture est également consommée avec cette juridiction, accusée d’être un « instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme ».

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S’ils ont annoncé leur retrait avec effet immédiat de la CPI en septembre 2025, les trois Etats membres de l’AES, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont formellement notifié leur départ au Secrétariat général des Nations unies, le 24 juin dernier. Engagée dans un combat pour la souveraineté et le développement endogène, l’organisation sahélienne a pris ses distances avec un « instrument politisé ». Aussi, travaille-t-elle actuellement à opérationnaliser une Cour pénale sahélienne, pour traiter les dossiers de crime commis dans son espace.

D’autres pays comme le Burundi et les Philippes ont aussi claqué la porte de la CPI, perçu comme un outil utilisé par les Occidentaux pour déstabiliser leurs dirigeants. Cette situation conforte, dans leur position, les Etats-Unis qui estiment que la CPI mène une guerre contre eux et leur allié historique, Israël. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international qui irrite Washington. Au-delà de l’espace AES, la CPI n’a pas bonne presse à l’échelle continentale. Cette juridiction entretient des relations exécrables avec l’Union africaine (UA) pour plusieurs raisons.

Sur le reproche qui revient le plus souvent, la partialité, l’organisation panafricaine accuse la CPI de s’intéresser plus à l’Afrique qu’aux autres continents où des crimes sont également commis. L’UA s’offusque aussi que la qualité de chef de l’Etat n’exonère personne de la responsabilité pénale, tout comme elle regrette que la CPI soit un instrument de néocolonialisme et de pressions géopolitiques. Si son mode d’action et sa gouvernance sont décriés, la probité des procureurs de la CPI fait également débat.

Le scandale de conflit d’intérêts qui a éclaboussé le premier procureur, l’Argentin, Louis Moreno Ocampo et la récente suspension de ses fonctions du procureur général, Karim Khan, pour harcèlement sexuel, sont des cas révélateurs de la moralité douteuse de certains hauts responsables de la juridiction. Si, l’idée de création de la CPI n’est pas mal, la manière dont la juridiction mène ses investigations a fini par pécher, à cause d’une partialité qui est difficile à maquiller. Cette institution judiciaire doit opérer une véritable mue ou continuer à être taxée de relai de l’impérialisme avec le risque de se discréditer à jamais. C’est à ce prix que la CPI pourra préserver son image fortement ternie ces dernières années.

Kader Patrick KARANTAO

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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