Élimination des équipes africaines au Mondial 2026 : Des supporters appellent à tirer les leçons

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La Coupe du monde FIFA 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, poursuit son déroulement et entre dans le dernier carré avec les demi-finales. Aucun des représentants africains n’est toutefois encore en lice. Après un premier tour jugé encourageant par plusieurs observateurs, les éliminations successives des sélections du continent suscitent de nombreuses interrogations. Trois supporters livrent leur analyse de la prestation des équipes africaines, entre déception, satisfecit pour le Maroc et le Cap-Vert, et appel à une profonde remise en question.

Hate Nanéma : « Ce fut la désillusion quand les seizièmes de finale ont commencé »

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« Les équipes africaines nous ont fait rêver au premier tour. Pour la première fois, on avait dix représentants et, à l’exception de la Tunisie, ils se sont bien comportés. Neuf équipes se sont qualifiées pour le second tour, correspondant aux seizièmes de finale. Mais la déception a ensuite pris le dessus. On espérait voir au moins quatre ou cinq équipes atteindre les huitièmes de finale. Malheureusement, ce fut la désillusion dès le début des seizièmes de finale. Nos équipes sont tombées les unes après les autres.

Et, curieusement, à chaque fois, c’est dans le dernier quart d’heure, voire dans les arrêts de jeu, alors qu’elles avaient l’avantage au score, que les choses se sont gâtées jusqu’à l’élimination. C’est un problème général qui a concerné les équipes africaines lors de ce Mondial.

Cela me fait penser aux Étalons du Burkina lors de la CAN 1998, ainsi qu’à la CAN 2021 au Cameroun. Lors du match pour la troisième place contre la RD Congo (98) et celui face au Cameroun, les Étalons menaient avec trois buts d’avance, avant d’être rejoints à quelques minutes de la fin, puis de perdre finalement ces rencontres.

Je pense qu’il y a un problème de mentalité et de coaching : de mauvais remplacements ou le refus d’injecter du sang neuf. C’est écœurant de suivre de tels matchs, mais il faut prendre cela avec philosophie.

Le Cap-Vert ne m’a pas surpris par sa prestation de haut niveau durant ce Mondial, même s’il participait pour la première fois à cette compétition. J’ai vu le Cap-Vert battre les Étalons en aller-retour. C’est une équipe qui joue en parfaite symbiose : tout le monde joue, tout le monde attaque, chacun est solidaire et, sur le plan technique, elle est au point. Si les Cap-Verdiens, qui étaient dans le même groupe éliminatoire que le Cameroun, ont réussi à lui tenir tête pour terminer premiers, cela n’a rien de surprenant.

Je me demande comment le sélectionneur du Cap-Vert est parvenu à constituer un groupe aussi performant que celui que nous avons vu pendant cette Coupe du monde. Vraiment, bravo au Cap-Vert ! Il a fait honneur au continent.

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Hate Nanéma

Nous devons nous inspirer de cette équipe. Le nouvel entraîneur des Étalons, Amir Abdou, doit porter un regard sur les binationaux de qualité afin de renforcer l’effectif. Dans son ensemble, celui des Étalons n’est pas mauvais. La Fédération burkinabè de football a demandé au sélectionneur de travailler afin de replacer les Étalons parmi les dix meilleures équipes africaines. Nous lui faisons confiance pour redonner aux Étalons leur lustre d’antan.

L’épopée de la génération de la CAN 2013 me rend vraiment nostalgique. Ces joueurs ont véritablement mouillé le maillot pour le drapeau national.

Effectivement, c’en est fini pour l’Afrique dans cette Coupe du monde. Notre dernier représentant, le Maroc, n’était pas dans un bon jour face à la France en quarts de finale. On n’a pas vu de percussion du côté marocain. Pour moi, à l’heure actuelle, l’équipe de France est la plus performante du monde et je la vois sur le podium de ce Mondial, voire sur la plus haute marche.

Le Maroc nous avait emmenés en demi-finale il y a quatre ans, au Qatar. Cette fois-ci, nous aurions aimé voir une équipe africaine atteindre la finale, mais hélas, les dieux du football en ont décidé autrement. Nous devons tirer les leçons de cet échec, sans complaisance, afin de revenir plus forts dans quatre ans. »

Idrissa Sédogo : « Je ne vois vraiment pas de différence avec ce qui se passait auparavant »

« L’Afrique a réussi à qualifier neuf équipes sur dix pour le second tour, correspondant aux seizièmes de finale, sur un total de 48 nations engagées. Pour moi, cela s’explique avant tout par l’augmentation du nombre de participants, passé de 32 à 48 équipes. Ce nouveau format a automatiquement ajouté un tour supplémentaire, permettant à certaines sélections, qui n’auraient probablement pas eu le niveau dans l’ancien format, de prendre part à la fête du football mondial.

Je ne vois donc pas vraiment de différence avec ce qui se passait auparavant. Avant, il n’y avait pas de seizièmes de finale ; on passait directement aux huitièmes. Généralement, deux ou trois équipes africaines sur cinq atteignaient ce stade de la compétition, avec souvent un représentant en quarts de finale.

Les joueurs africains doivent continuer à travailler afin de disposer d’attaquants de très haut niveau. Nous avons certes des attaquants talentueux, mais ils ne sont pas encore des références mondiales. Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire : elle possède des attaquants, mais dites-moi lequel évolue comme titulaire dans un très grand club européen, au Real Madrid, au FC Barcelone ou au Bayern Munich ?

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Idrissa Sédogo

Concernant les scénarios de match qui ont coûté cher à la plupart des équipes africaines, il s’agit, selon moi, d’une question de mentalité et de savoir-faire. Les équipes arabes nous ont habitués à ce type de gestion de match. Lorsqu’elles mènent au score, elles savent casser le rythme et gérer les dernières minutes. Nos équipes ont encore beaucoup d’expérience à acquérir dans ce domaine. Pendant que vous doutez en fin de rencontre, votre adversaire, lui, prend confiance.

D’ailleurs, à l’issue du match Sénégal–Belgique, le sélectionneur Rudi Garcia avait évoqué cette question de mentalité chez les équipes africaines. C’est une réalité. Il reste énormément de travail. Il ne suffit pas de savoir marquer ; il faut aussi apprendre à préserver un avantage. Le coaching doit également être revu : comment gérer une fin de match, à quel moment effectuer des remplacements, comment conserver un résultat… Tous ces aspects doivent être mieux maîtrisés.

Au milieu de toutes ces déceptions, le Cap-Vert, pour sa toute première participation à une Coupe du monde, a surpris plus d’un observateur. Pour ma part, sa performance ne m’a pas étonné. Même lors des précédentes Coupes d’Afrique des nations, le Cap-Vert a toujours produit un football de qualité. Cette équipe ne compte peut-être pas de grandes vedettes, mais son jeu repose sur un collectif homogène, capable d’attaquer et de défendre ensemble. Les Cap-Verdiens ont joué sans complexe, avec leurs qualités, et ils ont fait honneur à l’Afrique. Vraiment, bravo à eux.

Notre dernier représentant dans la compétition, le Maroc, n’a pas pesé bien lourd face à la France en quarts de finale. Il existait un véritable écart de niveau. Cela rejoint ce que je disais tantôt sur les joueurs confirmés. Regardez l’équipe de France : c’est le très haut niveau dans tous les compartiments du jeu. À commencer par le sélectionneur, Didier Deschamps, en poste depuis de nombreuses années, qui connaît parfaitement ses joueurs et maîtrise ses schémas tactiques. En attaque, avec Kylian Mbappé, Michael Olise, Ousmane Dembélé le Ballon d’or, ou encore Désiré Doué, la France dispose d’un effectif exceptionnel. Tous les secteurs de jeu sont solides et la profondeur du banc est tout aussi impressionnante. Le score de 2-0 aurait même pu être plus lourd. »

Judicaël Nabolé : « À part le Maroc et le Cap-Vert, toutes les autres équipes sont à blâmer »

« Pour moi, le bilan est mitigé. Il faut rappeler que, dans l’ancien format de la Coupe du monde, l’Afrique disposait de cinq représentants. Pour cette édition, le nouveau format a porté le nombre de participants à 48 équipes, avec neuf places directes attribuées au continent africain, auxquelles s’est ajoutée une dixième grâce au barrage remporté par la RD Congo. L’Afrique comptait donc dix représentants, soit le double par rapport aux précédentes éditions.

Avec cette augmentation, on était en droit d’espérer voir davantage d’équipes africaines aller loin dans la compétition, au moins jusqu’aux quarts de finale, voire dans le dernier carré, à défaut d’une finale. Finalement, seul le Maroc y est parvenu. Le bilan est donc très décevant, largement en deçà des attentes, pour ne pas dire catastrophique.

Il faut toutefois reconnaître que le Maroc s’inscrit dans une dynamique de continuité. Il y a quatre ans, au Qatar, il avait déjà atteint les demi-finales. C’est une véritable prouesse. Il est rare de voir une sélection africaine enchaîner deux Coupes du monde avec une présence au moins jusqu’aux quarts de finale. L’aventure marocaine s’est arrêtée en quart de finale face à la France, mais le Maroc n’a pas à rougir de son parcours. Il mérite d’être félicité.

Beaucoup d’équipes se sont qualifiées grâce au repêchage des meilleurs troisièmes. Une sélection comme le Sénégal, finaliste de la dernière Coupe d’Afrique des nations et sur laquelle beaucoup d’espoirs reposaient, a énormément déçu. Quand on regarde son effectif, il est difficile de comprendre un tel parcours. Avec deux défaites en phase de groupes, l’équipe était pratiquement éliminée et n’a dû son salut qu’à une large victoire contre l’Irak lors de son dernier match, lui permettant d’être repêchée in extremis.

Ce qui a surtout fait mal, c’est que la plupart des équipes africaines menaient au score lors de leurs seizièmes de finale avant de craquer à moins de dix minutes du terme du temps réglementaire. C’était vraiment difficile à supporter.

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Judicaël Nabolé.

Je tiens à saluer le Cap-Vert qui, pour sa première participation à une Coupe du monde, a donné du fil à retordre à l’Espagne, championne d’Europe en titre, tenue en échec, avant de s’incliner seulement après prolongation face à l’Argentine, tenante du titre, en seizièmes de finale (2-3). Tous nos encouragements et toutes nos félicitations aux Cap-Verdiens.

Les contre-performances récurrentes des équipes africaines s’expliquent par de nombreux facteurs. Pourtant, nous avons de grands joueurs qui évoluent dans les meilleurs clubs du monde. Mais, lorsqu’ils se retrouvent ensemble en sélection, les difficultés apparaissent. Cela signifie que nous avons de grands joueurs, mais pas forcément de grandes équipes.

Je relève également que les équipes africaines ont parfois tendance à se satisfaire du minimum. Prenons l’exemple de la Norvège. C’est un petit pays qui ne compte réellement que deux ou trois joueurs évoluant dans de très grands clubs — Erling Haaland à Manchester City, Alexander Sørloth à l’Atlético de Madrid et Martin Ødegaard à Arsenal —, tandis que le reste de l’effectif est beaucoup moins médiatisé. Pourtant, voyez la communion entre les joueurs norvégiens et leur public. À mon avis, le don de soi affiché par les joueurs africains n’était pas au même niveau.

Avant le Mondial, la Côte d’Ivoire avait battu la France en match amical. Beaucoup pensaient alors qu’elle réaliserait un grand tournoi. Finalement, cette même équipe s’est montrée incapable de battre une sélection comme la Norvège, dont la dernière participation à une Coupe du monde remontait à France 1998, soit vingt-huit ans plus tôt.

Il y a donc beaucoup de choses à revoir dans l’organisation du football africain, aussi bien en amont qu’en aval. Les critères sportifs ne suffisent pas. Il faut également travailler sur les mentalités, le coaching et la culture tactique. Sinon, les mêmes scénarios se répéteront à chaque Coupe du monde.

Quand on sait qu’à quelques jours seulement du début de la compétition, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, ne disposait toujours pas d’un contrat dûment signé, cela en dit long sur certaines insuffisances organisationnelles.

Pour conclure, je le dis sans détour : à part le Cap-Vert et le Maroc, toutes les autres équipes africaines sont à blâmer. Finalement, on se rend compte que l’augmentation du nombre de représentants n’a pas servi à grand-chose. Quantité et qualité ne vont pas de pair. »

Propos recueillis par Barthélemy Kaboré (collaborateur)
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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