Sissili/Justice : 11 ans de prison ferme pour un VDP reconnu coupable de double meurtre dans la commune de Silly
Léo, 8 juillet 2026 (AIB)-La chambre criminelle du Tribunal de grande instance (TGI) de Léo a rendu son verdict ce mercredi 8 juillet 2026 dans l’affaire opposant le ministère public à quatre prévenus, dont trois Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), poursuivis pour meurtre, complicité de meurtre et recel de cadavres. À l’issue des délibérations, le principal accusé, S.I, a été condamné à 11 ans de prison ferme.
L’affaire remonte au mois de juin 2024 dans la forêt près de Silly. Deux jeunes hommes, K.A et K.G, sortis à la recherche de leurs bœufs égarés, n’ont plus donné de signe de vie. Après trois jours de vaines recherches, leurs proches ont découvert qu’ils avaient été sommairement exécutés et inhumés.
À la barre, les déclarations des accusés ont mis en lumière le déroulement des faits. Selon les dépositions, les victimes avaient été interceptées dans la forêt de Névry par un groupe de VDP de Névry, qui les soupçonnaient d’être des terroristes en raison d’une alerte d’attaque imminente dans la zone.
Les victimes ont déclaré auxdits VDP qu’elles venaient d’un village voisin et qu’elles étaient à la recherche de leurs bœufs égarés.
N’étant pas convaincus, les VDP entreprenaient de les conduire au commissariat de Silly pour plus d’investigations. C’est chemin faisant qu’ils ont rencontré S.I et S.L, deux VDP de Silly, qui se rendaient dans leurs champs munis de leurs armes de dotation.
L’accusé S.I, qualifiant les victimes de « très dangereuses », a convaincu ses pairs de ne pas les conduire à la police, prétextant que celle-ci libérait les suspects.
S.I a reconnu que, pendant qu’il était en train de discuter avec ses pairs sur l’inopportunité de conduire les suspects au commissariat de Silly, S.L s’était mis à l’écart. Il a précisé qu’après avoir, de concert avec ses pairs, pris la décision d’exécuter les suspects, il a été le seul à ouvrir le feu sur ces derniers.
Il a ajouté qu’il avait été « déçu » par son propre acte après coup. Quant à N.K (chef de mission), il a admis avoir participé à l’interrogatoire initial et à l’arrestation, tout en affirmant avoir été surpris par les rafales de S.I.
N.B, chef de son village, a pour sa part reconnu avoir procédé à l’inhumation des corps trois jours plus tard, après sollicitation de N.K, sans en informer les autorités compétentes.
S.L, également VDP, a nié toute implication, affirmant s’être tenu à l’écart au moment des faits et s’être emporté après avoir appris que les faits avaient été commis par son binôme S.I.
Dans ses réquisitions, le Procureur du Faso a tenu à saluer la « contribution inestimable des VDP au rétablissement de la sécurité au Burkina Faso et dans la Sissili particulièrement ».
Il a toutefois déploré ces « cas isolés qui ternissent l’image » des forces engagées. Estimant la culpabilité des accusés S.I, N.K et N.B établie, le parquet avait requis 20 ans de prison ferme contre S.I, 15 ans de prison ferme contre N.K, et 18 mois de prison assortis d’une amende de 300 000 FCFA avec sursis contre le chef de village N.B. Il avait requis la relaxe de S.L, au bénéfice du doute.
La défense, tout en plaidant coupable pour S.I, a invoqué des circonstances atténuantes majeures.
L’avocat a mis en avant le contexte sécuritaire tendu où « tout le monde peut être suspecté », l’insuffisance de la formation des VDP, l’absence de cadre légal clair pour le traitement des complices du terrorisme, ainsi que les profonds regrets exprimés par l’accusé.
Évoquant le risque de « démotivation des braves VDP et FDS », la défense a sollicité une réduction de la peine entre 5 et 10 ans, se fondant sur les dispositions de l’article 217-4 du code pénal.
La partie civile, représentée par les frères des victimes, a réclamé la somme d’un milliard de francs CFA en réparation du préjudice subi.
Statuant publiquement et contradictoirement en matière criminelle, la chambre a rendu le délibéré suivant : S.I est reconnu coupable de meurtre et condamné à 11 ans de prison ferme.
Pour N.K, la chambre a requalifié les faits de complicité de meurtre en faits de non-assistance à personne en danger, tout en le déclarant coupable.
En répression, N.K a été condamné à une peine d’emprisonnement de 18 mois et à une amende de 250 000 FCFA, le tout assorti de sursis. Quant à S.L et N.B, ils ont été relaxés pour infraction non constituée.
Ce dernier dossier des assises criminelles a permis au président du tribunal, François Kaboré, d’exprimer toute sa satisfaction et ses félicitations à l’endroit de ses collaborateurs pour leur engagement depuis le mois de janvier 2026, engagement qui a permis de réaliser des résultats satisfaisants.
Il a enfin remercié le public pour son intérêt aux audiences qualifiées de « pédagogiques », et particulièrement l’AIB pour son accompagnement précieux en cette fin de l’année judiciaire.
Agence d’information du Burkina
BAN/ata
