Profiter des avantages du tarif zéro avec la Chine pour renforcer les capacités productives locales en Afrique

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Pr Alain-Joseph SISSAO,
Directeur de recherche, Institut des Sciences des Sociétés (INSS) ,Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST),
Membre du Laboratoire Education Art et Communication, (LEAC/CNRST)
Membre du Laboratoire Littératures, Arts, Espaces et Sociétés (LLAES) Université Joseph KI ZERBO

Pr LI Hongfeng,
Doyenne de la Faculté d’Etudes africaines, Université des Langues étrangères de Beijing

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1. Politique Tarif zéro : avantages et défis

Le dilemme du développement auquel sont confrontés de nombreux pays africains présente une similitude frappante : bien que nous ne manquions ni de terres, ni de soleil, ni de main-d’œuvre, nous restons durablement enfermés dans un cycle commercial bas de gamme centré sur l’exportation de matières premières brutes. Prenons le Burkina Faso comme exemple : notre pays a une production du coton, du sésame, nous avons d’autres produits agricoles, mais depuis des décennies, nous ne parvenons qu’à exporter à bas prix des produits primaires non transformés, tels que le coton graine ou le sésame brut, tandis que notre industrie locale de transformation reste faible. Les barrières tarifaires traditionnelles au niveau mondial réduisent encore nos maigres marges bénéficiaires, rendant la modernisation industrielle extrêmement difficile.

Dans ce contexte, la politique de droits de douane zéro appliquée par la Chine en faveur de 53 pays africains depuis le 1er mai 2026 n’est pas une simple préférence commerciale, mais une opportunité pour les pays africains, y compris le Burkina Faso, de combler leurs lacunes industrielles, d’améliorer leur capacité de production locale et de réaliser une percée en matière d’industrialisation. La valeur la plus directe de la politique de droits de douane zéro réside dans l’accès qu’elle offre aux industries locales africaines au marché chinois, lequel est à la fois vaste et stable. Les produits africains peuvent pénétrer dans le marché chinois sans frais de douane, générant ainsi des commandes étrangères stables et des profits considérables, permettant aux entreprises agricoles locales de moderniser leurs équipements de transformation et d’étendre leurs lignes de production.

En plus, la Chine n’impose aucune taxe aux pays africains bénéficiaires et n’exige pas que ces derniers suppriment leurs droits de douane sur les produits chinois. Portée historique : Alors que d’autres puissances adoptent des mesures protectionnistes, la Chine devient la première grande économie mondiale à offrir un accès total en franchise de droits à la quasi-totalité du continent.

Les avantages commerciaux découlant des droits de douane zéro sont également susceptibles d’attirer durablement des investissements étrangers, des technologies et des ressources industrielles sur le continent africain. Les investissements extérieurs apportent non seulement des équipements de transformation modernes, des technologies de production éprouvées, des systèmes de contrôle qualité et une expertise en gestion d’entreprise, mais ils contribuent aussi à la formation continue des ouvriers et techniciens locaux. Cela permettra de résoudre efficacement les problèmes de retard technologique, de pénurie de talents et de faible niveau de standardisation de la production, qui persistent depuis longtemps en Afrique, d’améliorer fondamentalement la modernisation de la transformation des produits agricoles locaux et de perfectionner progressivement le système industriel en amont et en aval.

Cependant, nous devons clairement reconnaître que les droits de douane zéro ne sont qu’un catalyseur de la modernisation industrielle, et non une manne qui nous tomberait du ciel sans effort. Pour le Burkina Faso, des contraintes pratiques subsistent, telles que l’instabilité de l’approvisionnement électrique, l’absence de chaîne du froid en milieu rural, l’insuffisance des systèmes logistiques. La transformation de ces avantages politiques en une réelle capacité productive dépend essentiellement de notre proactivité. Notre pays doit saisir activement les opportunités offertes par ces politiques, continuer à améliorer les infrastructures, soutenir le développement des petites et moyennes entreprises locales de transformation, favoriser la création de clusters industriels spécialisés dans les produits agricoles, tout en renforçant la coopération industrielle régionale et en intégrant les avantages en termes de ressources. Ainsi, les bénéfices du marché extérieur pourront être pleinement transformés en une dynamique endogène de développement industriel local.

2. Les avantages majeurs pour le Burkina Faso

Quels sont les produits burkinabè à importer vers la Chine ?

Pour maximiser les bénéfices de cette mesure, les acteurs économiques burkinabè se concentrent sur les secteurs à fort potentiel de demande sur le marché chinois.

Le sésame (Le produit phare)

Le sésame représente l’un des moteurs principaux des exportations agricoles du Burkina Faso vers l’Asie. La Chine est une immense consommatrice d’huile et de graines de sésame. L’absence de barrières douanières consolide la place du Burkina parmi les premiers fournisseurs africains.

Le coton et ses dérivés

Traditionnellement ancré dans la balance commerciale nationale, le coton burkinabè trouve un débouché naturel dans l’industrie textile chinoise. La franchise douanière s’applique aux fibres de coton brutes, mais ouvre aussi la voie à l’exportation de fils ou de textiles semi-transformés.

La filière anacarde (Noix de cajou)

La demande chinoise pour les fruits à coque et les collations saines est en pleine expansion. L’exportation de noix de cajou brutes, et idéalement d’amandes de cajou transformées (décortiquées, séchées ou grillées), constitue un axe hautement rentable.

Le karité (Beurre et amandes)

Le beurre de karité burkinabè possède une renommée internationale. L’exonération tarifaire permet de cibler directement les industries cosmétiques et agroalimentaires (substituts de beurre de cacao) en Chine, très demandeuses de matières premières biologiques et naturelles.

Les produits miniers (Or et zinc)

Bien que l’or soit souvent régi par des canaux financiers spécifiques, d’autres substances minérales et concentrés de minerais bruts bénéficient de cette ouverture pour alimenter les chaînes industrielles chinoises.
Le défi majeur reste la conformité : Si les barrières tarifaires (droits de douane) sont tombées à 0 %, les exportateurs burkinabè doivent redoubler d’efforts pour surmonter les barrières non tarifaires, en particulier le strict respect des normes de qualité, de traçabilité et d’hygiène (SPS – Sanitaires et Phytosanitaires) imposées par les douanes chinoises.

3. Convergences d’analyse avec TIMBUKTU INSTITUTE, African Center for Peace Studies

Dans un article publié le 4 juillet 2026 par TIMBUKTU INSTITUTE, African Center for Peace Studies, intitulé « Zéro droit de douane sur les exportations africaines vers la Chine : ce qu’en disent les acteurs du continent » rejoint nos analyses notamment au niveau du fait qu’il souligne entre autres « Le premier registre est celui de la rupture positive et d’une opportunité de taille. Les qualificatifs abondent : « tournant historique », « nouveau souffle », « révolution commerciale ». Ils reflètent une attente accrue face aux barrières tarifaires qui pénalisaient jusqu’ici les exportations africaines vers un marché de 1,4 milliard de consommateurs. Stephen Kamanzi, journaliste à KT Press Rwanda, considère que « cette décision tarifaire marque un tournant décisif vers la libéralisation des échanges » et que Beijing « se positionne comme un pôle économique alternatif pour un continent de plus en plus méfiant à l’égard du protectionnisme occidental ».

L’article pointe d’autres entraves notamment à corriger notamment « D’autres obstacles persistent et que les pays africains devraient prendre en compte : faibles capacités industrielles, manque de transformation locale, contraintes logistiques et normes d’exportation. ».

Un conseiller ivoirien abonde dans le même sens en disant qu’ « À long terme, cela renforce la compétitivité de l’industrie du caoutchouc et offre un modèle reproductible pour le coton, le cacao et d’autres secteurs clés, favorisant ainsi une industrialisation autonome et durable ».

Les signes perceptibles des retombées visibles de cette opportunité historique au Sénégal se manifestent déjà par « les exportations d’huile d’arachide vers la Chine sont passées de 3 051 tonnes sur les cinq premiers mois de 2025 à plus de 13 300 tonnes sur la même période de 2026, soit un quadruplement. »

En résumé, la politique chinoise de droits de douane zéro offre aux pays africains une opportunité de transformation industrielle. Le Burkina Faso peut, en s’appuyant sur ses avantages pour développer en profondeur l’industrie locale de transformation, améliorer les infrastructures de production, former les talents industriels locaux, et tracer ainsi une voie de développement industriel durable, autonome et adaptée à nos réalités nationales.

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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