Burkina/Pr Hamidou Diallo : « Les archives sont des preuves pour appuyer des revendications »

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Les archives ne sont pas de simples documents rangés dans des rayonnages. Elles constituent la mémoire des États, garantissent les droits des citoyens et jouent un rôle déterminant dans la justice, la recherche historique et le développement. C’est le principal enseignement de la communication animée par le Pr Hamidou Diallo, historien et ancien directeur général des Archives nationales du Faso, à l’occasion des journées portes ouvertes organisées dans le cadre de la Semaine internationale des archives, placée sous le thème : « Archives pour la justice : droits, mémoire et avenirs ».

Pendant près de deux heures, l’universitaire a retracé l’histoire des archives, depuis leur apparition en Europe jusqu’à leur évolution en Afrique et au Burkina Faso, avant d’insister sur les défis liés à leur conservation et à leur valorisation.

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D’entrée de jeu, le Pr Hamidou Diallo a rappelé la définition classique des archives : « Les archives sont l’ensemble des documents reçus ou constitués par une personne physique ou morale ou par un organisme public ou privé résultant de leur activité et conservés en vue d’une utilisation éventuelle. » Il a précisé que ces documents concernent aussi bien les administrations publiques que les institutions privées, les banques ou les organisations.

Évoquant l’évolution des supports, il a rappelé que si le papier a longtemps constitué le principal support, les archives se présentent aujourd’hui sous plusieurs formats, notamment numériques. Elles concernent aussi bien les administrations publiques que les entreprises privées, les banques ou encore les organisations.
Selon lui, les archives font partie des institutions chargées de préserver la mémoire collective, au même titre que les musées et les bibliothèques.

Pour mieux comprendre leur importance, le Pr Hamidou Diallo est revenu sur l’histoire des dépôts d’archives en Europe. Il a notamment rappelé que le roi Philippe Auguste décida de créer un dépôt permanent après avoir perdu ses archives lors d’un conflit contre Richard Cœur de Lion. À partir de cette période, les États comprirent progressivement la nécessité d’organiser leurs documents.

« Si on examine ce qui s’est passé, on se rend compte que le XVIIIᵉ siècle constitue le siècle propre de la constitution des dépôts d’archives. C’est à cette époque que le pouvoir avait besoin d’organiser les archives pour une meilleure gestion des États », a-t-il expliqué.

Le conférencier a tenu à déconstruire l’idée selon laquelle l’Afrique aurait été dépourvue de mémoire avant la colonisation.

« Avant la colonisation, il n’y avait certainement pas des dépôts d’archives comme aujourd’hui. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de mécanismes de conservation de la mémoire », a-t-il affirmé.

Il a rappelé le rôle fondamental de la tradition orale dans la transmission de l’histoire des grands empires africains ainsi que l’importance des manuscrits conservés dans les sociétés musulmanes.

Toutefois, il a précisé que les archives administratives modernes se sont développées avec l’organisation de l’Afrique occidentale française (AOF).

Abordant le cas du Burkina Faso, le Pr Hamidou Diallo a retracé les nombreuses difficultés qui ont marqué la constitution des archives nationales.

Le démantèlement de la Haute-Volta entre 1932 et 1947 a entraîné la dispersion d’une partie importante des archives dans plusieurs pays voisins.

Il a rappelé qu’il a fallu attendre 1970 pour voir naître officiellement les Archives nationales, avant de souligner que leur développement a véritablement pris de l’ampleur sous la Révolution.

« Il y a eu un sursaut sous la Révolution. La volonté politique s’est affirmée de doter le pays d’un centre d’archives », a-t-il rappelé.

Il n’a pas non plus occulté les pertes enregistrées au fil des décennies.

« Beaucoup d’archives ont disparu dans les cercles. Il y a même des grands commis de l’État qui brûlaient les archives pour faire de la place », a-t-il regretté.

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Pour le Pr Hamidou Diallo, les archives constituent un patrimoine stratégique au service de la mémoire, de la justice et de la bonne gouvernance.

Les archives, des preuves au service de la justice

Pour l’historien, les archives sont utiles bien avant d’être des sources historiques.

« Les archives rendent service avant même d’être des archives historiques », a-t-il insisté, expliquant qu’elles permettent aux administrations d’assurer la continuité du service public et d’éclairer les décisions.

Il a également rappelé leur importance dans la défense des droits des citoyens.

« Les archives sont des preuves pour appuyer des revendications », a-t-il déclaré, évoquant notamment les litiges fonciers, les pensions de retraite, les actes d’état civil ou encore les contentieux frontaliers.

Prenant l’exemple des différends ayant opposé le Burkina Faso à certains pays voisins, il a expliqué que des équipes de chercheurs avaient dû parcourir plusieurs pays pour retrouver des documents historiques.

« Ils sont partis en France, ils sont même partis aux États-Unis pour chercher des archives afin d’appuyer les arguments du Burkina Faso », a-t-il indiqué.

Le Pr Hamidou Diallo a cependant mis en garde contre une confiance aveugle accordée aux documents d’archives.

« L’archive n’est pas l’histoire. L’archive est un témoin qu’il faut critiquer », a-t-il insisté.

Selon lui, les archives coloniales reflètent souvent le point de vue des administrateurs de l’époque.

« Il ne faut pas penser que parce que c’est écrit que c’est la vérité », a-t-il averti, invitant les chercheurs à confronter les archives avec d’autres sources, notamment la tradition orale.

S’il s’est félicité des progrès réalisés, notamment le rattachement des Archives nationales à la Présidence du Faso, le Pr Hamidou Diallo estime que les défis restent nombreux.

Il a plaidé pour la construction d’un nouveau bâtiment répondant aux normes internationales de conservation.

« Le bâtiment est vieux, il est fissuré. Parfois, quand il pleut, l’eau rentre. On a été obligés d’acheter des bâches pour empêcher que les documents ne soient mouillés », a-t-il témoigné.

Il a également insisté sur la nécessité d’améliorer les conditions de conservation.

« Pour conserver les archives, les salles doivent bénéficier d’une climatisation 24 heures sur 24 », a-t-il expliqué.

Enfin, il a appelé à accélérer la numérisation des fonds documentaires, y compris ceux conservés à l’étranger, afin de préserver durablement le patrimoine documentaire du Burkina Faso.

En conclusion, le Pr Hamidou Diallo a rappelé que les archives dépassent largement le cadre de la recherche historique. Elles constituent un patrimoine stratégique, indispensable à la justice, à la bonne gouvernance, à la protection des droits des citoyens et à la transmission de la mémoire nationale.

À travers cette communication, l’historien a lancé un appel en faveur d’une politique plus ambitieuse de sauvegarde et de valorisation des archives, convaincu que préserver les documents d’hier, c’est aussi construire les fondements des décisions de demain.

Anita Mireille Zongo
Hanifa Koussoubé
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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