Introduction
L’Ouest du Burkina Faso constitue l’une des régions les plus riches du pays en ressources naturelles. Grâce à un climat relativement favorable et à des terres fertiles, cette région concentre d’importantes formations végétales, des espaces agricoles productifs ainsi qu’une forte diversité biologique. Depuis plusieurs décennies cependant, ces ressources subissent des pressions croissantes liées à l’augmentation de la population, à l’expansion des activités agricoles, à l’installation de nouveaux migrants agricoles et au développement des cultures de rente telles que le coton et l’anacarde. Ces transformations modifient profondément l’organisation du paysage. Les formations végétales naturelles sont progressivement réduites et morcelées en de petites parcelles isolées.
Ce phénomène, appelé fragmentation du paysage, peut entraîner une diminution de la biodiversité, une dégradation des sols, une baisse de la disponibilité des ressources forestières et une réduction des services rendus par les écosystèmes aux populations. Face à ces enjeux, cette étude a été réalisée afin d’analyser l’évolution de l’occupation des terres et d’évaluer l’impact des activités humaines sur la fragmentation des formations végétales dans l’Ouest du Burkina Faso entre 1990 et 2022. Les résultats obtenus fournissent des informations utiles aux producteurs, aux services techniques, aux collectivités territoriales et aux décideurs engagés dans la gestion durable des ressources naturelles.

Carte 1 : Localisation de la zone d’étude dans l’Ouest du Burkina Faso
Méthodologie
L’étude s’appuie sur l’analyse d’images satellitaires Landsat acquises en 1990, 2007 et 2022. Ces images ont permis de cartographier les principales catégories d’occupation des terres et de suivre leur évolution sur une période de trente-deux ans.
Des indicateurs de structure du paysage ont ensuite été utilisés afin d’évaluer le degré de fragmentation des formations végétales. Cette approche permet de mesurer non seulement les changements de superficie, mais également les modifications de l’organisation spatiale des paysages.
Résultats
La disparition progressive des grands ensembles naturels
Les résultats montrent que les paysages naturels de l’Ouest du Burkina Faso ont connu d’importantes transformations entre 1990 et 2022.
Les formations végétales denses, qui représentaient près de 38 % de la superficie régionale en 1990, n’occupent plus qu’environ 12 % du paysage en 2022. En un peu plus de trois décennies, elles ont perdu près de 69 % de leur superficie initiale.
Cette régression traduit la disparition progressive d’une partie importante des grands ensembles naturels qui caractérisaient autrefois cette région. Les espaces naturels continus deviennent de plus en plus rares et se concentrent principalement dans certaines zones protégées ou difficilement accessibles.

Figure 1 : Évolution des formations végétales naturelles dans l’Ouest du Burkina Faso entre 1990 et 2022
La réduction des superficies naturelles s’accompagne d’une transformation profonde de la structure du paysage.
Des paysages de plus en plus morcelés
Les résultats montrent que la réduction des formations végétales naturelles s’accompagne d’une Les résultats montrent que la réduction des formations végétales naturelles s’accompagne d’une fragmentation croissante du paysage. Les grands ensembles végétaux continus observés au début des années 1990 sont progressivement devenus plus morcelés et plus dispersés. Les espaces naturels encore présents apparaissent de plus en plus isolés les uns des autres sous l’effet des transformations de l’occupation des terres.
Les analyses révèlent que les formations végétales denses ont subi la transformation la plus marquée. Leur superficie a diminué de près de 69 % entre 1990 et 2022, tandis que les grands massifs naturels ont progressivement laissé place à des fragments plus petits et moins connectés.
Les formations végétales claires présentent également un morcellement croissant. Dans plusieurs secteurs, les espaces naturels autrefois continus sont aujourd’hui subdivisés en une multitude de petits fragments dispersés dans le paysage.
Cette évolution traduit une perte progressive de la continuité écologique et une augmentation de l’isolement des habitats naturels.

Planche cartographique 1 : Illustration du processus de fragmentation des formations végétales entre 1990 et 2022
Une connectivité écologique de plus en plus fragilisée
La fragmentation réduit les connexions entre les espaces naturels. Lorsque les formations végétales sont divisées en fragments isolés, le déplacement de nombreuses espèces animales devient plus difficile. Les échanges biologiques diminuent progressivement et certains habitats perdent leur capacité à accueillir durablement certaines espèces. Cette perte de connectivité peut également limiter la régénération naturelle de la végétation et réduire la capacité des écosystèmes à s’adapter aux perturbations environnementales.
Ainsi, même lorsque des espaces naturels subsistent, leur isolement peut diminuer leur efficacité écologique. La figure 4 présente un exemple de relique végétale conservée au sein d’un paysage agricole dans un hameau de culture de la commune de Péni. Cette photographie illustre l’isolement progressif de certains fragments de végétation naturelle au sein d’espaces fortement transformés par les activités humaines.

Figure 4 : Exemple de relique végétale isolée au sein d’un paysage fortement anthropisé
Quels risques pour les populations et les ressources naturelles ?
Les formations végétales naturelles jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des territoires ruraux.
Elles contribuent à la protection des sols contre l’érosion, participent à la régulation du cycle de l’eau, favorisent le maintien de la biodiversité et fournissent aux populations de nombreuses ressources telles que le bois, les fruits sauvages, les plantes médicinales et le fourrage.
La fragmentation progressive de ces espaces risque de réduire ces services écologiques et d’accroître la vulnérabilité des populations rurales face aux changements environnementaux.
À long terme, cette situation pourrait compromettre la durabilité des ressources naturelles nécessaires aux activités agricoles, pastorales et forestières.
Ce qu’il faut retenir
✓ Les formations végétales denses ont perdu près de 69 % de leur superficie entre 1990 et 2022.
✓ Les espaces naturels encore présents sont de plus en plus fragmentés.
✓ Les grands ensembles végétaux continus deviennent rares dans le paysage.
✓ La fragmentation réduit les connexions entre les habitats naturels.
✓ Les services écologiques rendus aux populations peuvent être progressivement affectés.
✓ La préservation des reliques végétales constitue un enjeu majeur pour le développement durable de la région.
Pourquoi cela concerne les producteurs, les collectivités territoriales et les services techniques ?
Les transformations observées dans les paysages de l’Ouest du Burkina Faso concernent directement les producteurs, mais également les services techniques, les collectivités territoriales, les ONG et les décideurs impliqués dans la gestion durable des ressources naturelles. Les formations végétales naturelles jouent un rôle essentiel dans :
• la protection des sols contre l’érosion ;
• le maintien de la fertilité des terres agricoles ;
• la conservation de la biodiversité ;
• la régulation du cycle de l’eau ;
• l’approvisionnement des populations en bois, fourrage, fruits et plantes médicinales ;
• l’atténuation des effets du changement climatique.
La réduction et la fragmentation de ces espaces peuvent entraîner une dégradation progressive des ressources naturelles et compromettre leur capacité à soutenir durablement les activités économiques et le bien-être des populations.
Les résultats de cette étude fournissent ainsi des informations utiles pour orienter les politiques d’aménagement du territoire, les stratégies de conservation des ressources naturelles et les actions de restauration des écosystèmes dégradés.
Que peut-on faire pour préserver les ressources naturelles ?
La réduction de la fragmentation des paysages nécessite une action concertée des producteurs, des collectivités territoriales, des services techniques et des organisations de développement.
Parmi les solutions envisageables figurent :
• la protection des reliques forestières encore existantes ;
• la restauration des espaces dégradés ;
• la promotion de l’agroforesterie ;
• le maintien de corridors écologiques entre les espaces naturels ;
• l’intégration de la conservation des ressources naturelles dans les plans d’aménagement du territoire ;
• la sensibilisation des populations à l’importance des formations végétales pour le développement durable.
Conclusion
Entre 1990 et 2022, l’Ouest du Burkina Faso a connu une transformation profonde de ses paysages naturels. Les formations végétales denses ont fortement régressé et les espaces naturels restants sont devenus de plus en plus fragmentés. Au-delà de la diminution des superficies naturelles, cette fragmentation modifie le fonctionnement des écosystèmes, fragilise les connexions écologiques et peut affecter les services environnementaux dont dépendent les populations rurales.
Face à ces défis, la préservation des reliques végétales, la restauration des espaces dégradés et une meilleure intégration des enjeux environnementaux dans les politiques d’aménagement apparaissent essentielles pour assurer une gestion durable des ressources naturelles. La préservation de la continuité des formations végétales apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle pour maintenir les fonctions écologiques dont dépendent les populations rurales.
Fié TRAORɹ, Blaise OUÉDRAOGO¹ ² et Benewindé Jean-Bosco ZOUNGRANA³
¹ Laboratoire d’Étude et de Recherche sur les Milieux et les Territoires (LERMIT), Université Joseph Ki Zerbo, 06 BP 9507, OUAGADOUGOU, BURKINA FASO
² Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles, Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST), BP 8645, OUAGADOUGOU, BURKINA FASO
Auteur correspondant : Blaise OUÉDRAOGO, [email protected]
Références bibliographiques
TRAORÉ F., OUÉDRAOGO B. et ZOUNGRANA B.J.-B. (2025) – Dynamiques d’occupation des terres et fragmentation paysagère dans l’Ouest du Burkina Faso entre 1990 et 2022. Physio-Géo, vol. 22, p. 19-44.
Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique : « Traoré F., Ouédraogo B. et Zoungrana B. J.-B. Dynamiques d’occupation des terres et fragmentation paysagère dans l’Ouest du Burkina Faso entre 1990 et 2022. Physio-Géo, Volume 22, p. 19-44. »
