
Introduction
Les eaux usées constituent un problème majeur de santé publique qui touche en majorité la population vivant dans les pays en développement. L’accroissement de la population mondiale et l’urbanisation galopante des villes entraînent l’augmentation constante de la production des eaux usées qui sont généralement rejetées dans la nature sans aucun traitement préalable (Amadou, 2017). Toutefois, le manque d’accès à un assainissement adéquat expose les populations à des risques sanitaires (Mombo et al., 2007).
Les communautés et les villes du Burkina Faso ne sont pas en marge de cette problématique. Ainsi au sein, des villes, certaines institutions comme les Universités font face à cette contrainte à l’exemple des cités universitaires de la ville de Koudougou. En effet, l’intense activité de consommation d’eau dans ces cités universitaires génère quotidiennement d’importantes quantités d’eaux usées qui sont mal gérées en raison de l’absence d’un centre de traitement. Ce document de vulgarisation est élaboré dans le but de mettre en exergue la gestion actuelle des eaux usées générées dans les cités universitaires de la ville de Koudougou.
Il est adressé aux décideurs, à la Mairie de Koudougou, aux gestionnaires des cités universités, aux Sociétés prestataires de vidange et aux étudiants et à tout autre acteur sensible à cette question.
Méthodologie
2.1. Cadre géographique
La ville de Koudougou est comprise entre 2°21’51 » de longitude Ouest et 12°15’3 » de latitude Nord et cumule quatre (4) fonctions administratives : elle est une commune urbaine, le chef-lieu de la région de Nando, de la province du Boulkiemdé et du département de Koudougou. L’agglomération urbaine s’étale sur quinze (15) kilomètres avec une superficie d’environ 272 Km2 avant la communalisation intégrale du pays en 2006. Vingt-deux (22) villages administratifs ont été rattachés à la commune. Le cumul de sa superficie atteint 720 Km2 (Commune de Koudougou, 2018). La carte n°1 montre la localisation de la commune de Koudougou.
Carte n° 1 : localisation de la commune de Koudougou

2.2. Méthode et Matériels
L’approche méthodologique est basée sur la revue de littérature, les observations directes et la collecte des données quantitatives et qualitatives. Les enquêtes de terrain se sont déroulées en juin 2025. Les données qualitatives ont été collectées à l’aide d’un guide d’entretien auprès du gestionnaire des cités et restaurants universitaires, deux vidangeurs des eaux usées des cités. Tous les entretiens ont été enregistrés avec un dictaphone, retranscris et analysés selon la technique d’analyse du contenu. Quant aux données quantitatives, elles ont été collectées grâce à un questionnaire. Ce questionnaire a été d’administré par le logiciel Kobocollect à 120 étudiants résidents à raison de 30 étudiants par choix aléatoire dans chaque cité. Les données recueillies ont subi un dépouillement informatique. Le logiciel Word a été utilisé pour la saisie de texte, le logiciel Excel pour l’élaboration des tableaux et des graphiques.
Résultats et analyses
3.1. Système de production des eaux usées et fonctionnement des ouvrages d’assainissement
Les cités universitaires de Koudougou sont confrontées à des problèmes de gestion des eaux usées par manque de systèmes d’assainissement adéquats. Les eaux usées des douches, des buanderies et des aires de lavages sont retenues dans trente-un (31) fosses septique répartis comme suit : dix-sept (17) à la cité fasotex, sept (07) à la cité Ouédraogo, quatre (04) à la cité sylvestre et trois (03) à la cité Zoundi.
Le nombre élevé des résidents dans les cités, la faible capacité de rétention des fosses, le faible état de maintenance et d’entretien des installations sanitaire se répercutent sur le fonctionnement des ouvrages d’assainissement. En effet, les tuyauteries chargées de drainer l’eau des douches et des buanderies vers les fosses septiques se bouchent fréquemment ou se fissurent, tandis que les fosses se remplissent rapidement et laissent les eaux usées qui s’écoulent ou stagnent souvent dans les cités. Il est ainsi constaté des odeurs nauséabondes qui se dégagent, et une prolifération des moustiques, des mouches et des cafards.
Dans une faible mesure, une autre source de production des eaux usées sont les restaurants universitaires situées dans l’enceinte des Universités. La planche photographique n°1, illustre une buanderie, une fosse septique et une aire de lavage dans une cité quelques ouvrages d’assainissement dans les cités.

Planche n°1 : quelques ouvrages d’assainissement dans une des cités universitaires.
Cliché NANA Rihanata, 2025
3.2. Estimation de la quantité d’eaux usées produites dans les cités universitaires.
Le débit d’eaux usées n’est pas rigoureusement identique au volume d’eau consommé, parce que la totalité de cette eau ne finit pas dans les fosses septiques ou dans les égouts. De même, l’eau usée peut être un mélange d’eau résiduaire et d’eau pluviale, tout comme une partie de ces eaux peut s’infiltrer.
Les cités universitaires de Koudougou comptent au total 1011 résidents répartis comme suit : 433 résidents dans la cité Fasotex, 351 à la cité Ouédraogo, 141 dans la cité Sylvestre et 86 résidents à la cité Zoundi. Dans les études d’assainissement urbain en Afrique de l’Ouest, la production d’eau usée domestique est estimée à 75l/ habitant et par jour (ONU Habitat, 2023). Cette valeur est souvent utilisée comme une base de calcul pour dimensionner les infrastructures d’assainissement et pour estimer la quantité d’eaux usées à traiter. Sur cette base le volume d’eau collectivement produit dans les cités est de 75 825 L (75,83 m3). Cette quantité importante quotidienne d’eau usée produite n’arrive pas à être bien prise en charge au niveau des ouvrages d’assainissement existants dans les Cités universitaire, comme le montre la planche photographique n° 2.

Planche photographique n°2 : Eaux usées stagnantes dans des conduits ouverts
Cliché NANA Rihanata, 2025
3.3. Les impacts environnementaux de la gestion des eaux usées des cités
La gestion défectueuse des eaux usées dans les cités est à l’origine d’un certain nombre de problèmes qui affectent l’équilibre environnemental. Les nuisances identifiées vont de la pollution olfactive à la prolifération de gîtes vecteurs. Ces nuisances se manifestent par le débordement des fosses septiques, et les stagnations des eaux usées, par des odeurs nauséabondes et parfois suffocantes qui s’échappent des fosses septiques.
Après vidanges ces eaux sont déversées sans traitement dans les champs non loin des habitations, ou soit dans des dépotoirs non contrôlé hors de la ville, (Photo n° 3). Ces modes d’évacuations constituent au aussi une source de pollution par contamination des sources d’eau potable et la pollution des sols.

Photographie n°3 : vidange des eaux usées dans un champ
Cliché NANA Rihanata, 2025
Ils constituent dès lors, potentiellement des risques de propagation de certaines pathologies d’origine hydrique sur les sites de maraîchage, pour l’agriculteur et/ou le maraîcher et toutes les personnes qui travaillent sur ces sites et pour les consommateurs des légumes et fruits et autres productions issues de ces champs ou jardins maraîchers.
Conclusion
Cette recherche révèle que les cités et restaurants universitaires de Koudougou présente un état d’insalubrité liée à la défaillance du système de gestion des eaux usées. Dans les quatre (04) cités universitaires, ce sont au total mille onze (1011) résidents qui génèrent les eaux usées. La production d’eaux usées journalière est de 75 825 L (75,8m3), n’est toutefois pas bien gérée. Ainsi ont été constaté des odeurs nauséabondes et la présence de moustiques et autres insectes qui résultent de la stagnation des eaux usées. Cette situation expose les résidents à des nuisances qui peuvent porter atteinte à leur état de santé.
La mise en place d’un centre de traitement, la maintenance et le suivi régulier des ouvrages d’assainissement est primordiale pour une meilleure gestion des eaux usées et l’amélioration du cadre de vie au sein des cités universitaires
NANA Rihanata1*, ZONGO Zakaria1, DAMA/ZONGO Mariam Myriam2.
1 Université Norbert ZONGO, Laboratoire Sciences Humaines et Sociales (LABOSHS), Département de Géographie, Koudougou, Burkina-Faso ;
2 Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA), Ouagadougou, Burkina Faso/Université Norbert ZONGO, Laboratoire Sciences Humaines et Sociales (LABOSHS), Département de Géographie, Koudougou, Burkina-Faso.
(*) Auteur correspondant : NANA Rihanata ; [email protected]
Références
Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique : « Rihanata NANA, ZONGO Zakaria, Mariam Myriam ZONGO/DAMA. La Gestion des eaux usées des cités et restaurants universitaires à Koudougou (Burkina Faso). Revue RE-LECTURE D’AFRIQUE Vol 2 (N° Spécial, 10 ans – ACAREF Août 2025, pp.) : 98-115.
Adamou, Z. (2017), Contribution à l’amélioration de la gestion des eaux usées sur les sites industriels : Cas de la China National Petroleum Corporation Niger Petroleum S.A (CNPCNP S.A) sur le bloc d’Agadem, 2ie master ,77p
Mombo, J. B., & Edou, M. (2007). « Assainissement et explosion urbaine au Gabon ». Villes en parallèle, vol.40 n°1, pp 196-225.
Commune de Koudougou (2018), Plan Communal de Développement de Koudougou 2018-2022, 231 p.
ONU-Habitat (2023), Rapport mondial sur l’assainissement et la gestion des eaux usées dans les villes et les établissements humains, 192 p.
