Burkina/Diplomatie : « Les femmes diplomates utilisent leurs réseaux pour attirer des ressources au profit de l’économie », Wendegoudi Jacqueline Ouédraogo

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La Journée internationale des femmes dans la diplomatie est célébrée tous les 24 juin. À cette occasion, la conseillère des affaires étrangères et directrice de la promotion économique et des investissements de la diaspora au ministère des Affaires étrangères, Wendegoudi Jacqueline Ouédraogo, s’exprime sur les enjeux de la participation féminine dans les relations internationales. Entre avancées significatives, obstacles persistants et perspectives prometteuses, elle met en lumière le rôle stratégique des femmes diplomates dans la promotion de la paix, du développement économique et de l’autonomisation des femmes, y compris au sein de la diaspora. Une analyse qui invite à mieux comprendre comment la diplomatie féminine contribue aujourd’hui à transformer les dynamiques internationales et nationales.

Lefaso.net : Le 24 juin marque la Journée internationale des femmes dans la diplomatie. Pouvez-vous nous rappeler le contexte de l’institution de cette journée et expliquer en quoi elle constitue une opportunité pour promouvoir la place et le leadership des femmes dans les relations internationales ?

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Wendegoudi Jacqueline Ouédraogo : Je voudrais, avant tout propos, exprimer ma profonde gratitude aux premières autorités du ministère des Affaires étrangères, pour la confiance, en confiant à ma modeste personne ce poste de responsabilité. Mes remerciements vont aussi à l’ensemble de mes supérieurs hiérarchiques pour l’accompagnement constant dont j’ai bénéficié depuis le début de ma carrière diplomatique. Merci infiniment à tous.

Instituée par la résolution 76/269 adoptée par l’Assemblée générale des nations unies en 2022, la Journée internationale des femmes dans la diplomatie, célébrée chaque 24 juin, vise à promouvoir la participation pleine, égale et effective des femmes à tous les niveaux de la diplomatie. L’édition 2026, placée sous le thème « Leadership, égalité, promotion et quête de la paix », s’inscrit pleinement dans l’Objectif de développement durable nᵒ 5 relatif à l’égalité entre les sexes.

Cette journée est l’occasion de reconnaître la contribution des femmes à la paix, à la sécurité et au développement dans le monde, tout en mettant en lumière celles qui ont œuvré au rayonnement international de leurs pays. Au-delà de la représentativité, la présence des femmes dans les sphères diplomatiques enrichit les processus de négociation et de résolution des conflits grâce à des approches souvent plus inclusives et consensuelles, prenant davantage en compte les besoins des populations.

Elle permet également de valoriser les parcours des femmes diplomates, de démontrer leurs compétences et leur leadership, et d’inspirer les jeunes filles à s’orienter vers les métiers de la diplomatie et des relations internationales. Dans un contexte où, selon ONU Femmes, il faudrait encore près de 130 ans pour atteindre la parité dans les sphères du pouvoir politique et diplomatique de haut niveau, cette célébration rappelle l’urgence de poursuivre les efforts en faveur d’une représentation plus équilibrée et plus inclusive.

En tant que femme occupant un poste de responsabilité dans la promotion économique et les investissements de la diaspora, quel regard portez-vous sur l’évolution de la place des femmes dans la diplomatie et les relations internationales au Burkina Faso ?

Nous constatons une évolution positive. Historiquement, la diplomatie et les relations internationales ont été des domaines majoritairement occupés par les hommes. L’intégration des femmes dans ces métiers étant relativement récente, leur représentativité demeure encore en deçà des attentes, notamment aux plus hauts niveaux de responsabilité.

Cependant, au Burkina Faso, les avancées sont réelles et significatives. La reconnaissance croissante des compétences et du leadership des femmes se traduit par leur présence à pratiquement tous les niveaux de responsabilité au sein du ministère en charge des affaires étrangères.

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Aujourd’hui, des femmes occupent des fonctions de ministres, d’ambassadrices, de représentantes permanentes, de conseillères techniques, de chargées de mission, de directrices générales et bien d’autres postes stratégiques.

Cette évolution est le fruit de la vision et de l’engagement constants des autorités du ministère, qui œuvrent à renforcer la place des femmes à travers des politiques de recrutement, de formation et de promotion favorisant une meilleure représentativité.

Les perspectives sont donc encourageantes. Au regard des progrès enregistrés, nous pouvons espérer une présence féminine encore plus forte dans les métiers diplomatiques et les postes de décision. Je tiens à saluer les efforts des autorités qui permettent aux femmes d’exercer pleinement leurs responsabilités et forme le vœu que cette dynamique positive se poursuive et se consolide davantage.

La diplomatie économique est aujourd’hui un levier majeur de développement. Comment les femmes diplomates peuvent-elles contribuer davantage à attirer les investissements et à renforcer les partenariats économiques au profit de leur pays ?

Oui, les femmes diplomates jouent un rôle important dans la promotion économique de leurs pays et contribuent activement à leur développement. Grâce à leurs réseaux professionnels, elles facilitent la mobilisation de ressources, attirent des investisseurs et créent des opportunités de partenariats économiques.
À travers leur présence au sein des organisations internationales et leur participation aux grands forums mondiaux, elles mettent leur leadership et leur capacité d’influence au service des intérêts de leurs pays. Elles prennent également part aux missions économiques de haut niveau et aux voyages d’affaires visant à renforcer la coopération et les échanges commerciaux.

Les femmes diplomates contribuent par ailleurs à la recherche de financements innovants, à la négociation d’accords économiques et commerciaux, tant au niveau bilatéral que multilatéral, ainsi qu’à la réflexion stratégique sur la diplomatie économique à travers leur participation à des groupes de réflexion et des cadres d’expertise. Leur engagement constitue ainsi un levier important pour le développement économique et le rayonnement international de leurs pays.

La diaspora burkinabè représente un potentiel important pour l’économie nationale. Quelles sont les principales initiatives mises en œuvre par votre direction pour encourager les investissements de nos compatriotes vivant à l’étranger ?

La diaspora burkinabè constitue un acteur stratégique du développement économique national. Au-delà des transferts financiers, elle contribue également à l’investissement productif, à l’entrepreneuriat, ainsi qu’au transfert de compétences, de technologies et de savoir-faire, participant ainsi à la création de richesses et d’emplois.

Conscient de ce potentiel, le ministère met en œuvre plusieurs actions concrètes pour renforcer et structurer la contribution de la diaspora. Parmi celles-ci figure la création récente du Guichet unique de la diaspora, destiné à faciliter et sécuriser les initiatives d’investissement des Burkinabè de l’extérieur.

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Par ailleurs, des efforts sont déployés pour mieux informer la diaspora sur les opportunités d’investissement dans les secteurs porteurs de l’économie nationale, afin d’orienter efficacement ses choix et ses projets.
Le ministère mène également des actions de sensibilisation en faveur d’un engagement accru de la diaspora dans le développement endogène du pays, tout en renforçant la coordination avec les structures et ministères concernés pour un meilleur accompagnement des initiatives portées par les Burkinabè de l’extérieur.

Au cours de votre carrière, avez-vous été confrontée à des défis spécifiques liés à votre statut de femme dans des espaces traditionnellement dominés par les hommes ? Comment les avez-vous surmontés ?

Il s’agit d’une situation impliquant un usager difficile, convaincu que le service pouvait répondre à une requête qui ne relevait pourtant pas de nos compétences. Face à la nécessité d’annoncer une mauvaise nouvelle, j’ai sollicité l’appui d’un collègue homme afin de faciliter la communication et d’atténuer la tension. C’est lui qui a finalement formulé la réponse à l’usager. Nous avons adopté une approche conjointe. Mon collègue et moi avons ainsi pris le temps d’expliquer calmement à l’usager les limites de nos attributions et les raisons pour lesquelles sa demande ne pouvait être satisfaite. Cette démarche concertée a permis de désamorcer la situation et de maintenir un climat d’écoute et de respect.

Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux obstacles qui freinent l’accès des femmes aux postes de décision dans les domaines de la diplomatie économique et de la coopération internationale ?

Les obstacles à l’accès des femmes aux postes de décision dans la diplomatie et la coopération internationale ne résultent pas de restrictions juridiques directes, notamment au regard de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. Ils découlent plutôt de facteurs structurels, sociaux, institutionnels et culturels profondément ancrés. À l’échelle mondiale, les données récentes de l’indice « Women in Diplomacy » montrent qu’en 2025, les femmes occupaient seulement 22,5 % des postes d’ambassadeurs et de représentants permanents. Très peu de pays atteignent la parité, ce qui illustre la persistance des inégalités de représentation.

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Parmi les principaux obstacles, on peut citer d’abord les normes sociales liées au rôle traditionnel assigné aux femmes, souvent considérées comme principales responsables des tâches familiales et domestiques.
Cette réalité rend parfois difficile la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, d’autant plus que les carrières diplomatiques exigent une forte mobilité et une grande disponibilité.

S’y ajoutent les stéréotypes de genre, qui limitent encore trop souvent la reconnaissance des compétences féminines et leur accès aux fonctions de leadership. À cela s’ajoute, dans certains contextes, l’insuffisance de dispositifs de mentorat et de coaching permettant d’accompagner les jeunes femmes diplomates et de valoriser les parcours des pionnières.

Face à ces défis, des efforts sont engagés à plusieurs niveaux. Au plan international, des cadres comme la Commission de la condition de la femme (CSW), la Commission des droits de l’homme (CDH) et ONU Femmes œuvrent à la réduction des inégalités de représentation. Au niveau national, le ministère des Affaires étrangères veille à promouvoir la participation des femmes à travers leur positionnement à des postes de responsabilité, notamment par des politiques de promotion de l’égalité, y compris des mécanismes de quota et la mise en œuvre d’une diplomatie sensible au genre.

Comment la diplomatie économique peut-elle être mise à contribution pour promouvoir davantage l’entrepreneuriat féminin et l’autonomisation économique des femmes burkinabè, y compris celles de la diaspora ?

La diplomatie économique occupe une place essentielle, car elle contribue à transformer l’économie locale, à favoriser l’inclusion et à réduire la pauvreté. Dans ce cadre, elle constitue un levier important pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin et renforcer l’autonomisation des femmes burkinabè, y compris celles de la diaspora. Elle permet notamment de faciliter l’accès des femmes aux marchés et aux financements internationaux, d’encourager l’intégration des entreprises féminines dans les chaînes de valeur mondiales, et de soutenir des réformes commerciales et juridiques sensibles au genre. Elle s’appuie également sur des mécanismes de mentorat et de mise en réseau pour renforcer les capacités des femmes entrepreneures.

Plus concrètement, plusieurs leviers d’action peuvent être mobilisés. Il s’agit d’abord de faciliter l’accès au financement des investissements, en exploitant les cadres multilatéraux pour négocier des lignes de crédit en faveur des femmes entrepreneures, notamment avec des institutions comme la Banque africaine de développement. Ensuite, la diplomatie économique peut favoriser l’intégration commerciale et l’accès aux marchés en plaidant pour l’inclusion de clauses sensibles au genre dans les accords commerciaux, y compris dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et en facilitant l’accès des femmes aux marchés publics internationaux. Par ailleurs, l’inclusion des femmes entrepreneures dans les délégations et missions économiques permet de renforcer leur visibilité, de développer leurs réseaux et de favoriser les opportunités de mentorat à l’échelle internationale.

Enfin, un accent particulier est mis sur le plaidoyer pour lever les obstacles structurels à leur autonomisation économique, notamment en matière d’accès à la terre et aux ressources productives, ainsi que sur l’utilisation des réseaux diplomatiques pour accompagner la formalisation des entreprises féminines. Ce travail est appuyé par des partenaires internationaux tels que l’OIT, l’OMC, le Centre du commerce international et la Banque africaine de développement.

À l’occasion de cette Journée internationale des femmes dans la diplomatie, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles et aux jeunes femmes qui aspirent à faire carrière dans la diplomatie, les relations internationales ou la promotion des investissements ?

Aux femmes et jeunes filles qui aspirent à une carrière dans la diplomatie, je les invite d’abord à investir dans la formation, tant initiale que continue. Il est essentiel de se perfectionner régulièrement afin d’actualiser ses compétences et de saisir les opportunités professionnelles qui se présentent dans ce domaine exigeant. Il est également important de s’appuyer sur des valeurs personnelles fortes telles que l’intégrité, la loyauté, le sens du devoir et le patriotisme, car le diplomate a pour mission première de défendre les intérêts de son pays sur la scène internationale.

Au-delà des compétences techniques, le développement de l’intelligence émotionnelle est indispensable pour mieux gérer les situations complexes et les interactions humaines inhérentes à la pratique diplomatique. De même, un développement personnel équilibré, inspiré notamment des principes de la pyramide de Maslow, permet de concilier vie professionnelle, familiale et sociale. Les femmes disposent par ailleurs d’atouts précieux, notamment leur capacité d’adaptation et leur sens de l’organisation, qui constituent des atouts dans un environnement professionnel exigeant. Toutefois, la réussite en diplomatie repose avant tout sur le travail, la rigueur, la persévérance et la résilience.

Dans un milieu encore perçu comme largement masculin, il est important de créer et de renforcer un environnement favorable à la reconnaissance des compétences féminines, à travers la qualité du travail, l’engagement et le professionnalisme. Enfin, il convient de souligner que le gouvernement du Burkina Faso, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Objectif de développement durable nᵒ 5 relatif à l’égalité entre les sexes, multiplie les actions visant à promouvoir la participation des femmes dans les sphères de décision, y compris dans la diplomatie, à travers des politiques de recrutement, de formation et de promotion de l’égalité des chances.

Interview réalisée par Hamed Nanéma
Lefaso.net

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Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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