Veuvage : « La douleur ne va jamais finir, c’est juste une adaptation ». Témoignage anonyme d’une jeune veuve

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À l’occasion de la Journée internationale des veuves, célébrée chaque 23 juin, les regards se tournent vers ces millions de femmes confrontées à la perte de leur conjoint et aux défis qui en découlent. Ratifiée par les nations unies, cette journée vise à sensibiliser sur la pauvreté, les injustices et les discriminations auxquelles les veuves sont souvent confrontées. Au Burkina Faso, elles sont nombreuses dans cette situation, surtout dans le contexte sécuritaire actuel. Une d’entre elles ayant souhaité garder l’anonymat livre un témoignage sur le deuil, la solitude, le regard des autres et le long chemin vers la résilience. Après avoir perdu son époux de suite de maladie en moins de deux ans de mariage, elle raconte sa reconstruction qui est encore en cours.

Lefaso.net : A quel moment avez-vous réalisé que vous avez perdu votre époux ?

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Témoin anonyme : Je pense que j’ai réalisé que c’était vrai et que je ne reverrai plus mon mari six mois après le drame. C’est vrai que j’étais là et que tout s’est passé devant moi. Mais les premiers mois, j’étais dans un élan de protection. Je me suis tout simplement dit qu’il était en voyage et qu’il allait revenir au pays. Donc, pendant les premiers mois, j’étais dans le déni. Le déni est passé très longtemps après l’évènement. Et savoir que je n’allais plus le revoir était douloureux à vivre.

Et le temps que vous avez réalisé ça, au-delà du fait que tu l’aimerais, qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

C’est la solitude qui a été le plus difficile parce que nous étions un couple très fusionnel. On passait beaucoup de temps ensemble, on faisait beaucoup de choses ensemble. Donc, le fait de me retrouver dans des situations où j’aimerais lui parler. J’ai gardé le réflexe de vouloir l’appeler, lui parler ou partager certaines choses avec lui. Me rendre compte qu’il n’est plus là et qu’il ne pourra pas donner son avis, c’était le plus difficile. J’ai vraiment eu du mal à m’adapter à cela.

Comment est-ce que vous avez été traitée par votre entourage après la situation et comment est-ce que les gens vous voient aujourd’hui ?

Oui, le regard que les gens portent sur moi a changé ! Ce n’est pas négatif et je peux comprendre les gens aussi. Mais c’est surtout un regard de compassion et de pitié. Chaque fois qu’on me voyait au début, on disait : « Oh, voici celle qui a perdu son mari », « Oh la pauvre, comment elle va faire ». Et à cause de mon jeune âge, c’était très excessif. Même quand on me demandait et que j’expliquais la situation, tout de suite ce que je voyais, c’était de la compassion, de la pitié. Forcément, j’ai remarqué que les gens ne vont pas avoir un comportement normal ou naturel envers moi. Dans le meilleur des cas, les gens essayent d’éviter certains sujets pour ne pas trop me brusquer ou pour ne pas trop me frustrer. Donc, forcément le regard change sur toi dans le veuvage.

Est-ce que vous avez dû développer une autre façon de vivre ou est-ce que vous avez continué à vivre comme avant le deuil ?

Non ! On ne peut absolument pas continuer à vivre comme on vivait quand on traverse ça.
Forcément, il y a beaucoup de choses qui ont changé. D’abord, il y a l’adaptation. J’ai dû m’adapter à ma nouvelle vie, m’adapter à la nouvelle situation. Au-delà même du fait que je n’étais plus mariée, c’est le fait de ne plus avoir cette personne à côté et que cette personne ne pourra plus t’aider comme il faut. J’ai développé certaines aptitudes. C’est surtout la résilience que j’ai intégrée. Et puis la patience parce que ça m’a appris à être très patiente avec moi-même, très patiente avec mon entourage. En plus je ne vis pas comme les autres parce que j’ai ce choc caché que je porte en moi.

Est-ce que vous pensez que les procédures administratives ou culturelles facilitent le veuvage dans notre société ?

Absolument pas ! Le veuvage n’est pas du tout facile pour les femmes de notre société. Je suis une femme et c’est dans ce contexte que je m’inscris. Ce n’est pas du tout facile et encore moins pour des femmes qui sont très jeunes. En étant jeune, on ne s’y attend absolument pas dans un jeune mariage. Et le fait d’être jeune fait que tout le monde te prend comme une personne à materner. On trouve que tu n’as pas le pouvoir d’intervenir ou de prendre certaines décisions. Donc, c’est très compliqué ! Côté paperasse administrative, c’est compliqué ! Côté coutumier, c’est compliqué ! Même le côté familial, c’est très compliqué ! Ce n’est pas du tout facile le veuvage pour les femmes dans notre contexte.

Est-ce que malgré tout ça, quand vous regardez dans le rétroviseur, vous êtes fiers de vous ?

Oui, quand je me regarde dans le rétroviseur, je suis très fière de moi parce que je suis debout. Donc, forcément, je sais que j’ai pu un peu gérer, même si le quotidien demeure encore difficile. Mais je suis assez fière de moi ! Ce n’était pas évident de retrouver la force de me lever chaque jour et de vivre sans lui. Et je remercie le Seigneur qui m’a fortifié.

Est-ce qu’il y a un message que vous souhaiteriez transmettre à des femmes qui traversent cette période actuellement et qui souhaitent s’en remettre ?

Je pense que c’est de se donner du temps de guérir avant tout. Il faut beaucoup de patience, donc il faut se donner du temps et écouter ses émotions. Il faut vivre la situation. Il ne faut pas essayer de refouler, comme moi je l’ai fait parce que j’ai refoulé ça, c’est six mois après, et il faut vivre la situation. Il faut accepter la situation et la vivre. Et quand je dis la vivre, c’est vraiment la vivre au quotidien, accepter la situation au quotidien et se donner du temps.

Ce n’est que le temps qui peut permettre d’accepter car la douleur ne va jamais finir, c’est juste une adaptation. Donc, il faut se donner du temps pour s’adapter à la situation. Je souhaite beaucoup de courage à toutes celles qui ont traversé ou qui traversent cette situation. Et le message également, c’est de dire aux familles d’instaurer des cadres sains pour accompagner les femmes qui traversent cette situation. Il faut en parler, il ne faut pas en faire un tabou, il faut vraiment en discuter avec tact. C’est le principal message que j’ai à passer. Et courage à toutes les personnes en deuil.

Farida Thiombiano
Lefaso.net

The Insider
Author: The Insider

Rédacteur et développeur web

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